La Chine veut traiter ses boues d’épuration
La Chine cherche des solutions économiques et écologiques pour le traitement de grands volumes de boues d’épuration, alors qu’un nouveau règlement fixe des paramètres clés pour leur traitement et leur élimination. A deux mois du salon chinois Eptee/Ifat(1), zoom sur ce marché en plein développement.Bruno MORTGATCes dernières années, la Chine est devenue l’un des plus importants marchés au monde pour le traitement des eaux usées. Selon les données du ministère chinois de la Protection de l’Environnement, plus de 20 milliards d’euros ont été investis dans le pays depuis la fin de l’année 2008 dans la construction d’environ 1550 stations d’épuration. Ensemble, ces installations traitent 86 millions de tonnes d’eaux usées par jour. Toutefois, ces efforts sont encore loin de satisfaire les autorités du pays : Le vice-ministre de la Protection de l’environnement Wu Xiaoqing a ainsi reconnu que « malgré le niveau élevé des dépenses sur la dépollution des principaux lacs et rivières, peu de progrès ont été faits et la pollution des eaux devient maintenant un frein au développement économique et une menace pour la santé de la population ».

La demande chinoise pour des technologies de traitement thermique des boues est en forte croissance. © Innoplana
La Chine poursuit donc sa recherche de solutions appropriées pour l’élimination de cette pollution impopulaire. « Un pas important a été franchi avec l’adoption d’une réglementation plus claire via une série de directives en 2007. Ces textes aident à classifier les boues d’épuration et à définir les traitements possibles pour les différents types », explique Michael Leinhos, directeur général de Kocks Consulter, une société allemande spécialisée dans le marché des eaux usées. « Par exemple, les boues d’épuration ne peuvent désormais plus être mises en décharge si elles ont une siccité inférieure à 40 %, un niveau relativement élevé. Cela permet d’éviter aux exploitants de décharges des problèmes de stabilité, par exemple. » Les systèmes actuellement utilisés pour déshydrater les boues, par l’intermédiaire de centrifugeuses, avec parfois avec l’ajout d’agents auxiliaires pour faciliter le processus, ne permettent d’atteindre qu’une siccité d’environ 20 à 25 %, ce qui est désormais insuffisant.
La co-combustion privilégiéeLa valorisation des boues dans l’agriculture et leur utilisation pour des travaux d’aménagement paysager sont également strictement réglementée par le nouveau paquet de directives. Les facteurs limitant sont ici les teneurs en métaux lourds ou autres substances nocives dans les boues. « Dans les principaux bassins de population de Chine, les boues d’épuration sont si gravement polluées qu’elles ne peuvent en aucun cas être utilisées en agriculture, et dans certains cas, elles ne peuvent même pas être éliminées dans des décharges ordinaires, note Günter Traub, expert Chine de la banque allemande KFW. Dans ce cas, la seule solution pour faire face semble être l’incinération. » De fait, en raison de l’absence de véritable alternative, la co-combustion sera probablement l’un des moyens privilégiés pour traiter les boues d’épuration chinoises. Ainsi, note Günter Traub, « pour au moins quatre des huit derniers projets de traitement des eaux usées à l’étude pour un financement par la KFW, c’est une co-combustion des boues dans des centrales électriques au charbon qui était prévue. Tous ces projets sont actuellement en phase d’appel d’offres, ou déjà en construction. »
Il apparait ainsi clairement pour les entreprises étrangères qu’un marché très prometteur est en train de s’ouvrir pour les fournisseurs de technologies en matière de déshydratation et séchage des boues, ainsi que pour le traitement des fumées dans les installations de combustion.
Note :1. IFAT China + EPTEE CWS, du 5 au 7 Mai 2010 à Shanghai. En savoir plus :
www.ifat-china.com et
www.eptee.comInnoplana remporte le contrat du traitement des boues de Suzhou
Innoplana,
filiale de Degrémont (groupe Suez Environnement) a annoncé le 22
février qu’elle équipera la première station de traitement des boues de
la province du Jiangsu, située dans un parc industriel de Suzhou, dans
le delta du Yangzi. Celle-ci sera équipée de trois lignes de sécheurs
thermiquestotale Innodry 2E, d’une capacité d’évaporation de 11350 kg
H2O/h, soit une capacité
de traitement annuelle de 85 125 tonnes
de boues. Chaque ligne de séchage traitera 100 tonnes de boues
déshydratées (20 % de siccité) par jour pour produire un granulat
combustible compris entre 65 et 90 % de siccité. Intégrés dans un
système d’économie circulaire, les sécheurs utiliseront la chaleur
produite par la centrale thermique à charbon voisine et lui renverront
les condensats pour recyclage. Les granulats produits seront en outre
utilisées comme combustible dans cette centrale thermique. La station
sera mise en service en 2011. Il s’agit de la deuxième référence pour
Innoplana en Chine, après le contrat pour le traitement des boues d’une
station d’épuration à Chongqing.
La désulfuration des fumées en progrès
Zhou Shengxian, le ministre chinois de la Protection de l'Environnement a présenté le 25 janvier un bilan d’étape du 11e plan quinquennal (2006 - 2010) concernant la protection de l’environnement. Il en ressort que les objectifs quinquennaux de réduction des émissions de dioxyde de souffre et des rejets de DCO ont été atteints avec un an d’avance. La concentration moyenne en dioxyde de soufre est en baisse de 10,4% par rapport à 2008 dans les principales villes chinoises. C’est le résultat d’un équipement rapide des centrales à charbon en unités de désulfuration : la production d’électricité « désulfurée » est ainsi passée de 102 GW en 2006 à 411 GW en 2009. Un effort qui doit se poursuivre en 2010, avec la construction d’au moins 50 GW de capacité supplémentaire.