L'impact des activités humaines sur les océans

Cartographie tirée de Vertitude N° 29
Écosystèmes marins : une pression anthropique croissante

Les couleurs indiquent le degré d'influence des activités humaines sur les écosystèmes marins, du plus faible impact (en bleu) au plus élevé (en rouge). Les maximums s'observent dans des secteurs très localisés, mais la majorité de l'océan mondial est classée en orange “moyen haut”.
Crédit : © B. S. Halpern avec Google Earth
Une étude réalisée par une équipe de chercheurs américains et publiée le 15 février dernier dans la revue Science* confirme l’ampleur des bouleversements anthropiques sur les océans.
L’équipe de Benjamin Halpen du National center for ecological analysis and synthesis a ainsi pris en compte 17 impacts humains sur les écosystèmes marins comme la pêche, la navigation commerciale, le changement climatique ou bien encore la pollution sur tous les océans et les mers.
Une démarche inédite qui a permis de bâtir une carte mondiale de l’impact humain sur les écosystèmes marins, en globalisant les problématiques et en regroupant les données km2 par km2.
Les résultats ont surpris les chercheurs en révélant une pression humaine bien plus importante que prévue. Ainsi, les seules régions océaniques presque intactes aujourd’hui se trouvent autour des deux pôles. Tous les autres écosystèmes marins sont pollués et leur ressource entamée. Des étendues d’eau que l’on pensait éloignées au point d’être hors de portée de l’être humain sont fortement impactées, comme plusieurs régions occidentales du Pacifique. La mer du Nord, la Méditerranée, la mer Rouge, le golfe Persique, ainsi que les mers au large du sud et de l’est de la Chine sont particulièrement touchés.
* A Global Map of Human Impact on Marine Ecosystems - Science 15 February 2008 : Vol. 319. no. 5865, pp. 948 - 952
La vie marine face au réchauffement global
Si les activités humaines influent sans aucun doute sur l’équilibre océanique, il est difficile de se faire une idée complète de ce que deviendront les écosystèmes sous le nouvel équilibre.
Au départ de la vie en mer, comme pour les végétaux terrestres, il y a la lumière prodiguée par le soleil, et des sels nutritifs : nitrates, phosphates, fer, etc. Alors que sur les continents les débris végétaux pourrissent sur le sol et alimentent de nouvelles plantes, en mer, les particules mortes sédimentent vers les grands fonds. Ce mouvement entraîne sans cesse les sels nutritifs incorporés dans la matière organique depuis la couche de surface vers la profondeur. La vie ne serait donc pas possible en mer si, par endroits, le mélange engendré par la turbulence, ou des courants, ne ramenait pas ces sels nutritifs en surface.
Le mélange turbulent est surtout actif aux hautes latitudes. En effet, les eaux y sont froides et denses en surface, et les vents forts y favorisent le brassage avec les eaux profondes. Ce brassage peut même être tellement profond que les algues planctoniques, qui suivent les mouvements de l’eau, passent davantage de temps à l’obscurité qu’à la lumière, ce qui limite leur croissance. Au contraire, dans les régions tropicales, le rayonnement solaire intense réchauffe l’eau de surface, qui, par suite, est moins dense que l’eau profonde, dont elle est séparée par une couche où la température décroît rapidement : la thermocline. Généralement située vers 30 à 150 m de profondeur, la thermocline est un obstacle à la remontée des sels nutritifs, qui ne parviennent à la couche de surface que lentement, par diffusion.
La fertilité des mers côtières davantage liée à l’évolution des pratiques humaines
À la suite du réchauffement du climat, la température de la couche océanique de surface tend à augmenter beaucoup plus vite que celle de l’eau sous-jacente, ce qui a pour effet de renforcer la thermocline dans son rôle de barrière. Dans les régions tropicales, ceci tend à diminuer la production végétale océanique, et, par suite, les ressources marines vivantes. On observe d’ailleurs déjà que l’étendue des zones les plus pauvres, vers 30 ° de latitude, a augmenté au cours des dix dernières années. Au contraire, dans les régions où le brassage trop profond est la cause d’un bilan lumière/obscurité défavorable, ce renforcement de la thermocline accroît la stabilité de la couche superficielle, créant ainsi des conditions plus propices à la production végétale. Les conséquences du réchauffement climatique sur la vie marine sont donc complexes et variables d’une région à l’autre.
Les mécanismes exposés ci-dessus sont ceux qui régissent les eaux du large, où, notamment, a lieu la pêche thonière. Près des côtes, où sont concentrées pour l’essentiel les ressources marines, l’évolution est moins facile à prédire. Les courants y interagissent avec la côte pour favoriser des remontées de sels nutritifs, comme au large du Pérou. La réponse de ces systèmes au changement global n’est guère connue. D’autre part, les rivières apportent aux océans des sels nutritifs, qui résultent de l’érosion des sols, des effluents domestiques, et des excédents d’engrais de l’agriculture. La fertilité des mers côtières est donc davantage liée à l’évolution des pratiques humaines qu’au changement climatique. Enfin, l’absorption d’une grande quantité de gaz carbonique par les océans tend à les acidifier. On connaît l’effet de cette acidification sur la chimie des carbonates, mais on ignore à peu près tout de l’effet direct de cette acidification sur la vie marine.
Yves Dandonneau, Directeur de recherches à l’IRD, Laboratoire d’Océanographie et du Climat par Expérimentation et Analyse Numérique.
Cartographie de l'impact des activités humaines sur les océans


Crédit : NCEAS
Seulement 4 % des océans restent intacts.
+ 1/3 des océans est très affecté par les activités humaines soit environ 2 millions de km2 (quatre fois la France métropolitaine)
0 km2 sans aucun impact négatif humain
Pêche : les prises effectives représentent 157 % de la ressource à se reproduire (1)
1 - The Fishprint of Nations 2006