Brûler or not brûler ?
Olivier GUICHARDAZ
Chef de la rubrique “Déchets”
Faut-il brûler les déchets, ou brûler — en place publique — l’incinération et la valorisation énergétique ? Une récente étude des Amis de la Terre britanniques, assortie d’un communiqué de la branche française, a ranimé sinon la flamme, du moins la polémique. L’incinération produirait une énergie « prétendument verte » qui générerait « plus de CO2 que le gaz naturel ». A l’heure où la menace du changement climatique se fait de plus en plus précise, sinon dans les faits (c’est commencé depuis longtemps), du moins dans les esprits, voilà de quoi effrayer l’écologiste qui sommeille en chaque consommateur.
« On m’aurait donc menti ? Non contente de polluer avec ses cendres et ses fumées, l’incinération réchaufferait le climat, en plus de mon appartement et de l’eau de ma douche !? » La méthanisation, à l’inverse, permettrait la production « d’énergie renouvelable » à partir de biodéchets.
Demi-mensonge répondant à une demi-vérité. La chaleur et l’électricité produites par l’incinération n’ont jamais été uniquement renouvelables, car les plastiques des ordures résiduelles viennent bien de pétrole fossile. Mais la méthanisation seule n’a jamais permis ni d’éliminer ces plastiques, ni à plus forte raison de les valoriser. Elle laisse ce soin… à l’incinération.
Alors, aura-t-on toujours besoin du feu pour valoriser certains déchets ?
A Bruxelles, dans son projet de nouvelle directive cadre sur les déchets, la Commission européenne remet en cause la priorité du recyclage sur la valorisation énergétique. En France et en Europe, des industriels et des collectivités s’efforcent de fabriquer du combustible à partir de déchets, pour produire une énergie plus ou moins « verte » selon la biomasse qu’ils contiennent.
La crise énergétique semble avoir bousculé quelques anciens repères. Partagée entre désir de préserver les ressources, besoins énergétiques et inquiétudes climatiques, l’Europe du déchet paraît se chercher un cap. Quel feu la guidera ? Les études d’impacts, les analyses de cycles de vie, l’empreinte écologique ? Les politiques auront-ils encore leur mot à dire, éventuellement contre les techniciens ?