> Consulter > Environnement & Technique n°294 - Mars 2010
Choisir Crisunic, c’est économiser des vies
Bruno MORTGAT,
Rédacteur en chef
Les crises énergétique et climatique sont tellement liées que beaucoup pensent qu’il s’agit de la même chose. C’est faux, car leurs conséquences seront très différentes. Dans le premier cas, nous n’aurons plus d’énergies fossiles et devrons leur trouver une alternative. Dans le second cas, c’est toute la biodiversité de la terre (Homme compris), qui devra s’adapter à de nouvelles conditions de vie.
Toutefois, l’effet de serre anthropique est lié à la combustion des énergies fossiles, ce qui rend possible de lutter simultanément contre les deux crises. D’où l’idée communément admise qu’en utilisant des énergies « propres » et en améliorant notre efficacité énergétique, nous résoudrons à la fois le problème du climat et celui de l’épuisement des réserves… Fort de ce credo, établir un lien entre crise climatique et crise économique parait tellement évident que de nombreux hommes politiques, quel que soit leur bord, ont compris qu’ils pouvaient agir utilement et même faciliter leur élection en faisant la promotion des énergies renouvelables et des éco-technologies.
Tout aussi évident, bien que beaucoup moins populaire, est le lien entre la crise des ressources et la crise sécuritaire. Il n’y a qu’à chercher les gisements d’énergie fossile ou de matériaux rares à la surface de la planète pour trouver les zones de tensions, de conflits, voire de génocides. Au nom de la Realpolitik, il n’est pas rare qu’un pouvoir – public ou privé- soutienne une dictature en échange de ses ressources, et cyniquement, on pourrait ajouter que c’est un moindre mal quand d’autres Etats (ou les mêmes, d’ailleurs) n’hésitent pas à partir en guerre très loin de chez eux pour s’assurer le contrôle de réserves ou de zones de transit potentielles.
De fait, la simple perspective d’une crise énergétique a toujours été amplement suffisante pour émouvoir les Etats, mais beaucoup moins l’opinion publique, qui a longtemps préféré ne pas savoir comment l’essence arrivait à la pompe (ou le gaz à la maison) du moment que la facture n’était pas trop salée. A contrario, la crise climatique semble avoir concerné l’opinion beaucoup plus vite que les Etats, de sorte qu’il semble beaucoup plus facile de convaincre le citoyen lambda de réduire sa consommation de gaz ou de pétrole si c’est pour rejeter moins de CO2 que si c’est pour éviter des conflits meurtriers au Moyen-Orient, en Afrique, dans le Caucase ou en Asie Centrale.
Climat, énergie, ressources, sécurité, économie…
S’il fallait encore mettre en lumière des arguments pour convaincre de l’urgence et de l’unicité de la crise, celui de la résolution potentielle de crises sécuritaires grâce à la relocalisation de nos sources d’énergies serait loin d’être le plus négligeable.
A condition toutefois de ne pas perdre de vue que pour l’instant, et quoi qu’ils en disent, c’est presque toujours à la crise énergétique que les gouvernants accordent la primauté et que pour le climat, la biodiversité et la démographie, cela risque de ne pas être suffisant.