> Consulter > Environnement & Technique n° 198 - Juillet-Août 2000

Comment développer le recyclage ?

Comment développer le recyclage ?

Un problème

Tous les États de la planète font leur possible pour que la quantité de déchets recyclés soit croissante.

Au sein de l'Union Européenne, la directive Emballage oblige au recyclage des déchets d'emballages tant ménagers qu'industriels. Les diverses transpositions en droits nationaux de cette directive ont conduit à mettre des financements en place pour le recyclage des déchets d'emballages ménagers.

Hier, ces déchets n'étaient pas recyclés car ce traitement n'était pas viable économiquement, aujourd'hui, grâce à l'internalisation du coût de la fin de vie, le recyclage peut se faire. Toute cette belle mécanique est en train de se gripper, faute d'avoir prévu une augmentation corrélative des débouchés, à l'industrie du recyclage. L'intégrisme du recyclage, tel qu'il est pratiqué par nos voisins allemands, les a conduit à des exportations massives de matières premières secondaires (MPS) dans le monde entier, déséquilibrant les marchés et provocant un effondrement des prix mondiaux, essentiellement des papiers/cartons et plastiques.

Au plan français, la situation n'est guère meilleure. En effet, le système mis en place par les sociétés agréées (Adelphe, Eco-Emballages), créé une concurrence déloyale aux entreprises de récupération/recyclage. Ces dernières exclues du marché des collectivités locales pour trier les déchets ménagers, se voient fermer l'accès à leurs débouchés, ces derniers privilégiant les déchets d'emballages ménagers au titre de la garantie de reprise, qu'en tant que filière, ils ont donné.

Ainsi, en France, plus les tonnages d'emballages ménagers recyclés augmentent, plus les tonnages de DIB recyclés baissent. C'est un effet de substitution qui se produit, faute d'avoir créé les débouchés associés aux nouvelles sources de déchets à recycler. L'ensemble de ces paramètres va avoir, dans les années à venir, des conséquences dont la gravité va aller croissant avec le développement du recyclage. Ce qui a fait dire«trop de recyclage tue le recyclage ».

Des entreprises de récupération/recyclage sont confrontées à l'impératif de produire des MPS de meilleure qualité avec des déchets toujours plus mêlés, diffus..., et cette activité devrait être exercée à perte. Les cours actuels ne permettent plus de financer l'exploitation.

Une solution

Il nous semble que la seule solution qui permette de concilier les objectifs de développement du recyclage pour protéger l'environnement, de maintenir une activité économiquement viable et l'emploi, et donc de développement durable, serait de créer des débouchés proportionnels au taux de recyclage souhaité.

Aujourd'hui, alors que l'administration Française est dans une démarche de verdissement, le Code des marchés publics est un frein aux appels d'offres pour les produits recyclés, car restreignant le champ de la concurrence.

Il faut créer une obligation de consommation de produits incorporant une part de MPS. La première étape pourrait consister à obliger les donneurs d'ordres publics à ne commander que des objets contenant des matières recyclées. Cette obligation ne doit pas se faire aux dépens de la qualité des objets achetés.

Il faudrait ensuite profiter de l'effet d'entraînement pour que les acheteurs privés suivent cet exemple.

C'est, en conclusion, par une réforme du Code des marchés publics que passe le développement du recyclage. Ce code est en révision, il est donc urgent d'en profiter.

Ce n'est pas en obligeant à recycler que le recyclage va se développer, c'est en obligeant à consommer des MPS que l'on obtiendra une croissance forte du recyclage.
Par Jean-Luc Tisseuil

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