Comment développer le recyclage ?
Tous les États de la planète font leur possible
pour que la quantité de déchets recyclés soit
croissante.

Au sein de l'Union Européenne, la directive Emballage oblige
au recyclage des déchets d'emballages tant ménagers
qu'industriels. Les diverses transpositions en droits nationaux de
cette directive ont conduit à mettre des financements en
place pour le recyclage des déchets d'emballages
ménagers.

Hier, ces déchets n'étaient pas recyclés car
ce traitement n'était pas viable économiquement,
aujourd'hui, grâce à l'internalisation du coût
de la fin de vie, le recyclage peut se faire. Toute cette belle
mécanique est en train de se gripper, faute d'avoir
prévu une augmentation corrélative des
débouchés, à l'industrie du recyclage.
L'intégrisme du recyclage, tel qu'il est pratiqué par
nos voisins allemands, les a conduit à des exportations
massives de matières premières secondaires (MPS) dans
le monde entier, déséquilibrant les marchés et
provocant un effondrement des prix mondiaux, essentiellement des
papiers/cartons et plastiques.

Au plan français, la situation n'est guère meilleure.
En effet, le système mis en place par les
sociétés agréées (Adelphe,
Eco-Emballages), créé une concurrence déloyale
aux entreprises de récupération/recyclage. Ces
dernières exclues du marché des collectivités
locales pour trier les déchets ménagers, se voient
fermer l'accès à leurs débouchés, ces
derniers privilégiant les déchets d'emballages
ménagers au titre de la garantie de reprise, qu'en tant que
filière, ils ont donné.

Ainsi, en France, plus les tonnages d'emballages ménagers
recyclés augmentent, plus les tonnages de DIB
recyclés baissent. C'est un effet de substitution qui se
produit, faute d'avoir créé les
débouchés associés aux nouvelles sources de
déchets à recycler. L'ensemble de ces
paramètres va avoir, dans les années à venir,
des conséquences dont la gravité va aller croissant
avec le développement du recyclage. Ce qui a fait dire
«
trop de recyclage tue
le recyclage ».

Des entreprises de récupération/recyclage sont
confrontées à l'impératif de produire des MPS
de meilleure qualité avec des déchets toujours plus
mêlés, diffus..., et cette activité devrait
être exercée à perte. Les cours actuels ne
permettent plus de financer l'exploitation.
Une solution
Il nous semble que la seule solution qui permette de concilier
les objectifs de développement du recyclage pour
protéger l'environnement, de maintenir une activité
économiquement viable et l'emploi, et donc de
développement durable, serait de créer des
débouchés proportionnels au taux de recyclage
souhaité.

Aujourd'hui, alors que l'administration Française est dans
une démarche de verdissement, le Code des marchés
publics est un frein aux appels d'offres pour les produits
recyclés, car restreignant le champ de la concurrence.

Il faut créer une obligation de consommation de produits
incorporant une part de MPS. La première étape
pourrait consister à obliger les donneurs d'ordres publics
à ne commander que des objets contenant des matières
recyclées. Cette obligation ne doit pas se faire aux
dépens de la qualité des objets achetés.

Il faudrait ensuite profiter de l'effet d'entraînement pour
que les acheteurs privés suivent cet exemple.

C'est, en conclusion, par une réforme du Code des
marchés publics que passe le développement du
recyclage. Ce code est en révision, il est donc urgent d'en
profiter.

Ce n'est pas en obligeant à recycler que le recyclage va se
développer, c'est en obligeant à consommer des MPS
que l'on obtiendra une croissance forte du recyclage.
Par Jean-Luc
Tisseuil