Développement durable : La participation des citoyens passe par de bonnes pratiques de concertation
Environnement & Technique n°253 - Janvier-Février 2006
Le Département de l'Hérault est engagé de façon volontariste dans une démarche de développement durable depuis 1998. Chargée de l'Agenda 21 Départemental, et militante de la démocratie participative, je me trouve aujourd'hui en questionnement non sur les valeurs mais sur les pratiques. Au moment de présenter nos hypothèses aux citoyens, quasiment chacune est contestée.
Par Monique PÉTARD
Conseillère Générale de l’Hérault Déléguée à l'Agenda 21
Présidente de la commission “environnement - agenda 21 - tourisme”
Pour moi, la participation des citoyens est une des conditions sine qua non du développement durable. Il s'agit en effet d'une ré-appropriation des enjeux et des problématiques du territoire par tous ses acteurs pour permettre son développement vers la durabilité.
Sous le vocable “démocratie participative” il y a cependant toutes sortes d'attentes et de comportements. Il me semble que les élus ont un ardent devoir de repositionner l'action politique en terme de finalités et de recherche de l'intérêt général. Il s'agit d'annoncer clairement les objectifs, de s'imposer le “devoir de restitution” tout au long de l'action, de partager la connaissance.
Du côté des citoyens, une soif de participation réelle assortie d'une remise en cause de la démocratie représentative, va du souhait de transparence des politiques publiques à l'implication dans le processus.
J'observe :
- Des organisations militantes qui souhaitent en réalité faire sauter le système représentatif au profit de la “démocratie directe”. Lors des débats, elles placent le citoyen en position d'expert, lui disant « jugez vous-même, faites confiance à votre bon sens ». A mon avis, c'est faire de la démogagie.
- Des associations spécialisées dans tel ou tel domaine, s'improvisent contre experts, focalisant leur contestation sur des aspects techniques. Elles empêchent la libre circulation de la parole, le partage de la connaissance.
- Certains groupes de pression ont un caractère ponctuel et limité.Groupes de “défense de”, ils ne représentent que leurs adhérents et non toute la population et estiment que le regroupement d'intérêts privés constitue l'intérêt général.
Nous sommes entre 2 écueils. D’un côté, une participation mal définie où la parole de l'expert remplace celle du citoyen, qui assiste passif aux rencontres d'information et où la technostructure tire l'élu vers l'aspect gestionnaire et rentable des projets qui arrivent trop bouclés pour être discutés ! De l’autre, un “Forum permanent” où l'objectif est de tenir bon sur son point de vue, tout en démontrant que l'autre à tort.
Comment trouver les bonnes pratiques et la bonne échelle dans un département d'un million d'habitants ? J'opterais pour une démarche de “concertation”. Pourquoi ? - Pour évaluer ce que l'on fait ;
- Pour lutter contre l'essoufflement institutionnel ;
- Pour produire du sens partagé et du futur désiré.
C'est à dire pour faire vivre vraiment la démocratie.
Cette concertation constitue la préparation à la décision que prendront les élus à l'aide des citoyens, des experts et des finances dont ils disposent.
La mise en place de cette concertation implique :
- De partager les connaissances :
après une présentation des orientations, recueillir des avis, des pistes novatrices, percevoir un climat ;
- De définir progressivement le projet : en confrontant ces premières pistes à l'avis d'experts indépendants ;
- En présentant ceux-ci aux citoyens pour recueillir des ajustements (pas de remise en cause de l'ensemble).
La décision finale est prise par les élus, car elle relève de leur responsabilité.
Concerter nous oblige à revoir notre façon de gouverner l'action publique, c'est un moment nécessaire à la conduite du projet et un processus de mobilisation.