Eau : ne baissons pas la garde
Un grand magazine titrait et s'interrogeait récemment sur
l'efficacité, pour ne pas dire sur la productivité
d'un grand service public, l'Éducation nationale.
Il ne s'agissait pas de comparer comme chaque année les
performances au bac des lycées «
populaires » et
des lycées « bourgeois » mais bien d'examiner
les effets à long terme d'une politique sur la
majorité de notre population.
Dans notre domaine, grâce à son capital
hydrographique, aux comités de bassin, aux agences de l'eau,
au principe pollueur-payeur, à une législation en
avance sur la plupart de nos partenaires européens, à
des professionnels publics et privés de niveau
international, notre pays dispose, en apparence, d'un outil global
adapté aux challenges de protection des ressources et de
lutte contre les pollutions.
De grands chantiers en cours ou récemment terminés
en particulier dans de grandes collectivités, Rennes, Rouen,
Annecy, Bordeaux, Toulon, Metz, Nantes, Siaap (Colombes-
Valenton...) pour le traitement des eaux usées, à
Paris et au Sedif pour l'alimentation en eau potable, pourraient
laisser supposer la poursuite d'une politique dynamique et
réaliste.
Même si tous les membres de nos syndicats professionnels
souffrent gravement depuis 1995 d'une récession continue et
drastique de leurs prises de commandes reflétant la
réalité du marché, mes interrogations du
moment ne trouvent pas leur origine dans un réflexe
corporatiste mais bien dans une position privilégiée
de guetteur soucieux du long terme
:
- Le service
public de l'eau, délégué ou non, reste-t-il
dans l'esprit de tous, élus, consommateurs, prestataires, un
grand service public lié à un besoin basique ainsi
qu'à une grande exigence de santé publique
?
- Les
débats ouverts en France depuis 1995 sur le prix de l'eau,
sur l'organisation du service, sur la décentralisation, sur
les marchés publics et autres n'ont-ils pas introduit une
confusion des esprits au point d'encourager les décideurs de
ne pas décider
?
- La situation
économique générale n'incite-t-elle pas
certains élus, responsables aujourd'hui du service public de
l'eau, à oublier les vertus du principe « l'eau doit
payer l'eau » au profit d'un discours amalgamant
fiscalité et prix d'un service dans lequel
réapparaît la fameuse péréquation du
prix de l'eau
?
- Les seuls
débats publics en cours, s'agit-t-il encore de
débats, ne sont-ils pas rythmés par les incidents
épisodiques, pollution des plages en été,
qualité de l'eau à Paris, protection des captages,
« plombiers » de Bruxelles par exemple et
ordonnancés trop souvent par la superficialité d'une
certaine presse
?
Nos entreprises s'inquiètent d'une telle situation dans
laquelle les procédures s'alourdissent, les programmes
prennent du retard, le moins-disant remplace le mieux-disant au
dépend de la créativité traditionnelle de ce
secteur d'activité (appel d'offres sur performance) ; le
formalisme et le juridique tétanisent le technique et le
politique au lieu de le sécuriser. Chacun en cette
période « navigue au plus près
»
; dans le même
temps l'eau et la politique de l'eau en France y perdent de leur
clarté, en dynamisme, en respect des
échéances, en un mot, en perspective.
Notre société limitée (temporairement ?)
dans sa création de richesse, imposera tôt ou tard
à ses élus de sortir de cette période de
consensus mou et d'aborder objectivement à la fois la
gestion des crises et celles du long terme par un propos clair
basé sur la notion de « risques relatifs
»
; si tel est le cas,
la qualité de l'eau potable - découlant directement
de la politique assainissement - ne pourra que retrouver une place
prioritaire dans la politique de la ville et de l'espace rural, en
raison des conséquences majeures en matière de
santé publique en cas de négligences au quotidien
mais surtout de la prise en compte insuffisante des nouvelles
pollutions chroniques connues des techniciens.
Élus, agences de l'eau, techniciens, entrepreneurs et
prestataires de ce secteur, nous sommes responsables d'un service
indispensable proposé globalement au consommateur à
son juste prix.
Sortons de cette période étrange où plus un
responsable n'ose indiquer que l'eau potable est un bien
distribué sans grève ni interruption depuis 50 ans,
ou le système géré par les agences de l'eau a
permis de rattraper le retard de notre pays, système que
copient de nombreux pays du monde, dans lequel nos
spécialistes publics ou privés remportent des
succès croissants grâce à leur savoir-faire
technologique et leur professionnalisme.
Osons suggérer à la collectivité nationale
de ne pas limiter ses efforts pour l'eau de façon à
éviter dans quelques années la situation que nous
connaissons pour les déchets voire pour la pollution de
l'air avec quelques crises médiatiques en prime
!
Encourageons les maires de France, à l'occasion de leurs
prochains congrès à aborder à nouveau avec
courage les aspects eau potable et assainissement liés
à la santé publique pour laquelle le mal est toujours
plus fort (et cher !) que le remède
!

Dans le même temps aidons ces maires ainsi que les
conseils généraux à déterminer les
priorités
!
- Encourageons
ces maires à affirmer que le service de l'eau est de
qualité en France mais qu'il reste encore et toujours
à faire ! Même si l'année 1997 voit
relancé un certain nombre d'opérations pour des
villes moyennes, la question de l'avancement du VIIème plan
des agences de l'eau doit être posée.
- Soutenons les
initiatives des élus locaux et nationaux, de la Direction de
l'eau, des agences de l'eau et des organismes professionnels en
charge de la gestion déléguée, qui
inlassablement informent les consommateurs, font se rencontrer les
spécialistes, les associations et harmonisent les situations
en Europe ! Saluons les nouvelles aides et incitations qualitatives
des agences de l'eau.
- Enfin, posons
à nos enfants la question de savoir si le service de l'eau
et de l'assainissement, garant de leur bien-être et de leur
santé constitue un bon thème d'avenir et «
mérite »
d'être facturé plus ou moins cher en moyenne que le
service des télécommunications ou quelques places
à un concert de U2.
En un mot, dès qu'il s'agit de l'eau de France, ne
gaspillons ni l'eau ni l'argent mais ne baissons pas la garde
!
Gérard Hussenet
Président du Syndicat national des industries du
traitement des eaux résiduaires (Sniter)