> Consulter > Environnement & Technique n°170 - Octobre 1997

Eau : ne baissons pas la garde

Eau : ne baissons pas la garde

Un grand magazine titrait et s'interrogeait récemment sur l'efficacité, pour ne pas dire sur la productivité d'un grand service public, l'Éducation nationale.

Il ne s'agissait pas de comparer comme chaque année les performances au bac des lycées «populaires » et des lycées « bourgeois » mais bien d'examiner les effets à long terme d'une politique sur la majorité de notre population.

Dans notre domaine, grâce à son capital hydrographique, aux comités de bassin, aux agences de l'eau, au principe pollueur-payeur, à une législation en avance sur la plupart de nos partenaires européens, à des professionnels publics et privés de niveau international, notre pays dispose, en apparence, d'un outil global adapté aux challenges de protection des ressources et de lutte contre les pollutions.

De grands chantiers en cours ou récemment terminés en particulier dans de grandes collectivités, Rennes, Rouen, Annecy, Bordeaux, Toulon, Metz, Nantes, Siaap (Colombes- Valenton...) pour le traitement des eaux usées, à Paris et au Sedif pour l'alimentation en eau potable, pourraient laisser supposer la poursuite d'une politique dynamique et réaliste.

Même si tous les membres de nos syndicats professionnels souffrent gravement depuis 1995 d'une récession continue et drastique de leurs prises de commandes reflétant la réalité du marché, mes interrogations du moment ne trouvent pas leur origine dans un réflexe corporatiste mais bien dans une position privilégiée de guetteur soucieux du long terme:
- Le service public de l'eau, délégué ou non, reste-t-il dans l'esprit de tous, élus, consommateurs, prestataires, un grand service public lié à un besoin basique ainsi qu'à une grande exigence de santé publique?
- Les débats ouverts en France depuis 1995 sur le prix de l'eau, sur l'organisation du service, sur la décentralisation, sur les marchés publics et autres n'ont-ils pas introduit une confusion des esprits au point d'encourager les décideurs de ne pas décider?
- La situation économique générale n'incite-t-elle pas certains élus, responsables aujourd'hui du service public de l'eau, à oublier les vertus du principe « l'eau doit payer l'eau » au profit d'un discours amalgamant fiscalité et prix d'un service dans lequel réapparaît la fameuse péréquation du prix de l'eau?
- Les seuls débats publics en cours, s'agit-t-il encore de débats, ne sont-ils pas rythmés par les incidents épisodiques, pollution des plages en été, qualité de l'eau à Paris, protection des captages, « plombiers » de Bruxelles par exemple et ordonnancés trop souvent par la superficialité d'une certaine presse?

Nos entreprises s'inquiètent d'une telle situation dans laquelle les procédures s'alourdissent, les programmes prennent du retard, le moins-disant remplace le mieux-disant au dépend de la créativité traditionnelle de ce secteur d'activité (appel d'offres sur performance) ; le formalisme et le juridique tétanisent le technique et le politique au lieu de le sécuriser. Chacun en cette période « navigue au plus près»; dans le même temps l'eau et la politique de l'eau en France y perdent de leur clarté, en dynamisme, en respect des échéances, en un mot, en perspective.

Notre société limitée (temporairement ?) dans sa création de richesse, imposera tôt ou tard à ses élus de sortir de cette période de consensus mou et d'aborder objectivement à la fois la gestion des crises et celles du long terme par un propos clair basé sur la notion de « risques relatifs»; si tel est le cas, la qualité de l'eau potable - découlant directement de la politique assainissement - ne pourra que retrouver une place prioritaire dans la politique de la ville et de l'espace rural, en raison des conséquences majeures en matière de santé publique en cas de négligences au quotidien mais surtout de la prise en compte insuffisante des nouvelles pollutions chroniques connues des techniciens.

Élus, agences de l'eau, techniciens, entrepreneurs et prestataires de ce secteur, nous sommes responsables d'un service indispensable proposé globalement au consommateur à son juste prix.

Sortons de cette période étrange où plus un responsable n'ose indiquer que l'eau potable est un bien distribué sans grève ni interruption depuis 50 ans, ou le système géré par les agences de l'eau a permis de rattraper le retard de notre pays, système que copient de nombreux pays du monde, dans lequel nos spécialistes publics ou privés remportent des succès croissants grâce à leur savoir-faire technologique et leur professionnalisme.

Osons suggérer à la collectivité nationale de ne pas limiter ses efforts pour l'eau de façon à éviter dans quelques années la situation que nous connaissons pour les déchets voire pour la pollution de l'air avec quelques crises médiatiques en prime!

Encourageons les maires de France, à l'occasion de leurs prochains congrès à aborder à nouveau avec courage les aspects eau potable et assainissement liés à la santé publique pour laquelle le mal est toujours plus fort (et cher !) que le remède!
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Dans le même temps aidons ces maires ainsi que les conseils généraux à déterminer les priorités!
- Encourageons ces maires à affirmer que le service de l'eau est de qualité en France mais qu'il reste encore et toujours à faire ! Même si l'année 1997 voit relancé un certain nombre d'opérations pour des villes moyennes, la question de l'avancement du VIIème plan des agences de l'eau doit être posée.
- Soutenons les initiatives des élus locaux et nationaux, de la Direction de l'eau, des agences de l'eau et des organismes professionnels en charge de la gestion déléguée, qui inlassablement informent les consommateurs, font se rencontrer les spécialistes, les associations et harmonisent les situations en Europe ! Saluons les nouvelles aides et incitations qualitatives des agences de l'eau.
- Enfin, posons à nos enfants la question de savoir si le service de l'eau et de l'assainissement, garant de leur bien-être et de leur santé constitue un bon thème d'avenir et «mérite » d'être facturé plus ou moins cher en moyenne que le service des télécommunications ou quelques places à un concert de U2.

En un mot, dès qu'il s'agit de l'eau de France, ne gaspillons ni l'eau ni l'argent mais ne baissons pas la garde!

Gérard Hussenet
Président du Syndicat national des industries du traitement des eaux résiduaires (Sniter)

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