> Consulter > Environnement & Technique n°270 - Octobre 2007

En route vers l’éco-économie

Par Benoît de GUILLEBON,
directeur de l’Apesa, ancien auditeur du CHEE&DD


« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »
disait Rabelais il y a 500 ans. Aujourd’hui, il pourrait rajouter « et ruine de notre planète ».
Après des décennies de croissance exponentielle sur une terre que nous imaginions inépuisable, nous sommes aujourd’hui confrontés à la réalité de ressources finies, à un impact fort de notre activité sur la biodiversité, à une évolution rapide du climat dont nous sommes en grande partie responsables. A cela s’ajoute une croissance démographique importante et un accroissement des inégalités.
La réponse à ces enjeux majeurs me parait être une évolution rapide vers l’éco-économie, une économie écologique et soutenable comme l’a définie Lester Brown. Cette évolution se fait à deux niveaux : dans l’action de tous les jours des individus et des entreprises mais aussi dans l’évolution de la perception globale des enjeux.
Certes, il est nécessaire d’infléchir notre manière de fonctionner de tous les jours. De ce point de vue, le mouvement fort qui voit se développer l’éco-conception, les éco-technologies, l’économie de la fonctionnalité, l’écologie industrielle, est absolument nécessaire.
Certains industriels ne s’y sont pas trompés. J’en veux pour preuve, les slogans « Green is Green » de General Electric, ou plus récemment « E= moins de CO2 » d’EDF, qui traduisent bien la vision d’entreprises qui, pour continuer à faire du profit (le rôle de toute entreprise), « verdissent » leur offre de produits et services. Il me parait clair que l’ensemble des entreprises devra rapidement intégrer cette nouvelle donne, sous peine de se sortir du marché à moyen terme. D’autant plus que les populations sont de plus en plus sensibles aux enjeux du développement durable et recherchent produits et services qui répondent à ces enjeux : on peut même dans certains cas constater un retard de l’offre par rapport aux attentes Eco-économiques des consommateurs.

Mais ce mouvement ne doit pas correspondre à un simple phénomène de régulation dans une économie classique. Il nous faut aussi changer de paradigme. De nombreux auteurs l’ont dit : il est indispensable d’intégrer l’avenir de notre planète dans notre vie de tous les jours. J’en citerai quelques uns. Joel de Rosnay parle de passer « de l’egocitoyen à l’ecocitoyen ». Elisabeth Laville propose de « repenser la raison d’être et la finalité de l’entreprise ». Patrick Viveret a montré comment la dictature de l’argent et du PIB était en train de nous faire perdre de vue quelle était notre vraie richesse (les relations entre les hommes, le contact avec la nature).
Alors, au-delà des outils que sont l’ISO 14 000, les Agendas 21, les éco-technologies…, il nous faut prendre à bras le corps l’enjeu de la « culture » d’un développement durable, en diffusant au plus grand nombre, en commençant par les dirigeants, ce concept réellement nouveau de l’éco-économie : une économie plus équitable, plus vivable, plus viable.
A ce titre, on peut citer l’initiative prise par un groupe de personnalités autour de Jacques Bregeon, de créer il y a 12 ans ce qui est devenu le Collège des Hautes Etudes de l’Environnement et du Développement Durable. Lieu de rencontres, d’échanges et de réflexion, le CHEE&DD est sans doute un des outils qui permet aux décideurs de réellement s’approprier la culture d’un développement durable.
Il nous faut aujourd’hui démultiplier et amplifier ce mouvement pour toucher le plus grand nombre si nous voulons rentrer de plain pied dans l’éco-économie.

Références :
Lester Brown, Eco-Economie, 2003,
Joel de Rosnay, l’Homme Symbiotique, 1995,
Elisabeth Laville, l’Entreprise Verte, 2007
Patrick Viveret, Reconsidérer la richesse, 2002
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