> Consulter > Environnement & Technique n°221 - Novembre 2002

Enjeux climatiques et manque de sensibilisation du grand public

Enjeux climatiques et manque de sensibilisation du grand public

À l'heure où le gouvernement dresse le second bilan de son programme national de luttecontre le changement climatique, il est utile de revenir sur ce que représentent les enjeuxclimatiques et les objectifs que nous devons nous fixer pour le demi-siècle à venir.

L'humanité rejette aujourd'hui plus de 6 GteC par an, les puits océaniques et continentaux encaptent la moitié. Pour stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère,tant que les puits fonctionnent de la même façon, il faut donc ramener nos émissions à 3 GteC,soit les diviser par plus de 2. De plus, les conséquences de l'accroissement de l'effet de serresont très inertes : lentes à se déclencher, et lentes à disparaître.

Les conditions d'occurrence des phénomènes (augmentation de la température, élévation duniveau des océans...) conduisent les scientifiques et l'OCDE à identifier pour les éviter unscénario dont l'ordre de grandeur est une réduction de moitié des émissions mondialesactuelles dans le demi-siècle.

Les émissions des États sont très dispersées. Ainsi les États industrialisés ayant davantage demoyens, de technologies, de rejets, et une démographie beaucoup moins dynamique voire enrecul, une division par 2 des émissions mondiales signifie pour eux une division de leursémissions par 3 à 5 dans le même temps.

Or, la consommation énergétique mondiale tend à augmenter de 50% entre 1990 et 2020, et cefondée sur 87% de combustible fossile. Selon l'AIE, nous pouvons tendre vers 25 à 40% denotre consommation assurée par des énergies renouvelables ; le nucléaire, qui assureaujourd'hui 7 à 8% de la fourniture d'énergie mondiale, pourrait peut-être doubler dans debonnes conditions de sécurité d'ici 2030, si les questions de la gestion des déchets et de laprolifération nucléaire sont résolues. Ceci porterait la part d'énergie fossile à 50% environ denotre consommation de l'époque, ce qui compte tenu de l'accroissement net des demandes nefait que stabiliser nos émissions de gaz à effet de serre au niveau actuel.

Pour les diviser par deux, il faut donc réduire dans la même proportion nos consommationsénergétiques globales, par un saut qualitatif en technologie et en organisation.

L'efficacité énergétique, notamment vis-à-vis des procédés et organisations dépendant dupétrole, devient donc un paramètre-clef de la compétition économique des entreprises et dessociétés pour les 30 ans qui viennent, pour des raisons de climat et de tensions pétrolières.

De même, la recherche en efficacité énergétique, substitution énergétique et captation des gaz(d'abord autres que le CO2) à effet de serre, qui existe et se structure, doit changer dedimension très rapidement.

En outre, les objectifs d'indépendance énergétique et d'efficacité climatique doiventconditionner au moins partiellement les investissements structurants lourds ; en particulier, lesprogrammes d'infrastructures de transports doivent préparer la réalisation d'une économierobuste et sobre par rapport au pétrole, ce qui suppose de faire du développementcommunautaire des réseaux ferroviaires, fluviaux et de cabotage maritime une prioritéeffective des investissements de transports.

Parallèlement, les signaux économiques qui structurent à moyen terme les perspectives desacteurs publics et privés doivent préparer la transition, en donnant un coût aux gaz émis et/ouun prix à l'énergie consommée qui soient progressivement adaptés ; la directive taxation del'énergie et la directive permis négociables sont complémentaires dans cette perspective.

Enfin, la sensibilisation du grand public à l'évolution indispensable à moyen terme de nosmodes de vie est une grave carence aujourd'hui des politiques climatiques. Cette carence rendplus difficile en particulier l'action des collectivités locales. Le débat national sur les politiquesénergétiques serait aussi une occasion de discuter avec tous les groupes d'acteurs del'articulation entre leurs demandes en termes d'offres ou de consommations énergétiques, ennature et en quantité, et des responsabilités de l'État qui doivent encadrer ces perspectives.

Dominique Dron, Présidente de la Mission Interministérielle de l'effet de serre (MIES)

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