Enjeux climatiques et manque de sensibilisation du grand public
À l'heure où le gouvernement dresse le second
bilan de son programme national de luttecontre le changement
climatique, il est utile de revenir sur ce que représentent
les enjeuxclimatiques et les objectifs que nous devons nous fixer
pour le demi-siècle à venir.
L'humanité rejette aujourd'hui plus de 6 GteC par an, les
puits océaniques et continentaux encaptent la moitié.
Pour stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre
dans l'atmosphère,tant que les puits fonctionnent de la
même façon, il faut donc ramener nos émissions
à 3 GteC,soit les diviser par plus de 2. De plus, les
conséquences de l'accroissement de l'effet de serresont
très inertes : lentes à se déclencher, et
lentes à disparaître.
Les conditions d'occurrence des phénomènes
(augmentation de la température, élévation
duniveau des océans...) conduisent les scientifiques et
l'OCDE à identifier pour les éviter unscénario
dont l'ordre de grandeur est une réduction de moitié
des émissions mondialesactuelles dans le
demi-siècle.
Les émissions des États sont très
dispersées. Ainsi les États industrialisés
ayant davantage demoyens, de technologies, de rejets, et une
démographie beaucoup moins dynamique voire enrecul, une
division par 2 des émissions mondiales signifie pour eux une
division de leursémissions par 3 à 5 dans le
même temps.
Or, la consommation énergétique mondiale tend
à augmenter de 50% entre 1990 et 2020, et cefondée
sur 87% de combustible fossile. Selon l'AIE, nous pouvons tendre
vers 25 à 40% denotre consommation assurée par des
énergies renouvelables ; le nucléaire, qui
assureaujourd'hui 7 à 8% de la fourniture d'énergie
mondiale, pourrait peut-être doubler dans debonnes conditions
de sécurité d'ici 2030, si les questions de la
gestion des déchets et de laprolifération
nucléaire sont résolues. Ceci porterait la part
d'énergie fossile à 50% environ denotre consommation
de l'époque, ce qui compte tenu de l'accroissement net des
demandes nefait que stabiliser nos émissions de gaz à
effet de serre au niveau actuel.
Pour les diviser par deux, il faut donc réduire dans la
même proportion nos consommationsénergétiques
globales, par un saut qualitatif en technologie et en
organisation.
L'efficacité énergétique, notamment
vis-à-vis des procédés et organisations
dépendant dupétrole, devient donc un
paramètre-clef de la compétition économique
des entreprises et dessociétés pour les 30 ans qui
viennent, pour des raisons de climat et de tensions
pétrolières.
De même, la recherche en efficacité
énergétique, substitution énergétique
et captation des gaz(d'abord autres que le CO2) à effet de
serre, qui existe et se structure, doit changer dedimension
très rapidement.
En outre, les objectifs d'indépendance
énergétique et d'efficacité climatique
doiventconditionner au moins partiellement les investissements
structurants lourds ; en particulier, lesprogrammes
d'infrastructures de transports doivent préparer la
réalisation d'une économierobuste et sobre par
rapport au pétrole, ce qui suppose de faire du
développementcommunautaire des réseaux ferroviaires,
fluviaux et de cabotage maritime une prioritéeffective des
investissements de transports.
Parallèlement, les signaux économiques qui
structurent à moyen terme les perspectives desacteurs
publics et privés doivent préparer la transition, en
donnant un coût aux gaz émis et/ouun prix à
l'énergie consommée qui soient progressivement
adaptés ; la directive taxation del'énergie et la
directive permis négociables sont complémentaires
dans cette perspective.
Enfin, la sensibilisation du grand public à
l'évolution indispensable à moyen terme de nosmodes
de vie est une grave carence aujourd'hui des politiques
climatiques. Cette carence rendplus difficile en particulier
l'action des collectivités locales. Le débat national
sur les politiquesénergétiques serait aussi une
occasion de discuter avec tous les groupes d'acteurs
del'articulation entre leurs demandes en termes d'offres ou de
consommations énergétiques, ennature et en
quantité, et des responsabilités de l'État qui
doivent encadrer ces perspectives.
Dominique Dron, Présidente de
la Mission Interministérielle de l'effet de serre (MIES)