Faut-il opposer développement industriel à sécurité, santé et protection de l’environnement ?
Nul ne peut vraiment contester les aspirations de chacun
à l'amélioration se son confort de vie.Nul ne peut
non plus contester l'ampleur de la contribution historique de
l'industrie à cetteamélioration. Il n'est pas besoin
de chercher longtemps dans son quotidien pour mesurer
cettecontribution. Les réactions du public et de la classe
politique au dramatique accident de l'usineAZF de Toulouse montrent
toutefois combien nous avons tendance à rejeter l'industrie
commeune source inacceptable de nuisances et de risque.
Faut-il absolument opposer le développement de
l'industrie à la sécurité, la santé et
laprotection de l'environnement ? Rien n'est moins évident
à mes yeux. Il serait tout à fait fauxde
prétendre que l'industrie dans son ensemble, ses
salariés, ses dirigeants et ses actionnaires,n'ont aucun
souci de l'environnement ni de la sécurité des
personnes et des biens.L'intégration des trois volets
environnement, économique et social de la démarche
dudéveloppement durable n'est plus seulement un concept
intellectuel mais une réalité pour lesentreprises les
plus performantes. Comme le montre la multiplication des indices
boursiersspécifiques, les investisseurs institutionnels
eux-même intègrent de plus en plus la
performanceenvironnementale et sociale des entreprises dans leurs
choix d'investissements.
Faut-il pour autant nier l'accident de Toulouse et ses
dramatiques conséquences ?Certainement pas et tel n'est pas
mon propos, mais déplacer les usines à la campagne,
ou piredans des pays en voie de développement, ne constitue
sans doute pas une réponse appropriée etrelève
plus du refus de s'attaquer au traitement du risque pour ne voir
que ses conséquences.Ne faut-il pas s'attacher à
travailler en profondeur les conditions de la cohabitation
entrel'industrie et son environnement et à dépasser
la première réaction naturelle du
«d'accord,mais pas dans mon jardin»
? Ce travail ne peut
conduire qu'au progrès, alors qu'un rejet desusines dans des
ghettos n'inciterait certainement pas aux efforts
nécessaires pour uneindispensable amélioration
continue de la performance en matière d'environnement et
desécurité.
L'Association française des ingénieurs et
techniciens de
l'environnement (Afite) se veutrésolument une association de
protection de l'environnement. Tous ses adhérents exercent
leuractivité professionnelle dans les métiers de
l'environnement. Toutes les actions qu'elle aentreprises au cours
de ses vingt dernières années démontrent son
attachement aux valeursenvironnementales. Sa
représentativité est reconnue par tous les acteurs
des secteurs public,para-public et privé. Elle s'est par
contre toujours refusée à opposer le progrès
et ledéveloppement industriel à la protection de
l'environnement. Ce positionnement lui a
souventconféré une image, à l'opposé
des associations «écologistes», de suppôt
de l'industrie,montrant bien la tendance naturelle à
l'affrontement et au rejet dans le domaine del'environnement,
plutôt qu'à une recherche en commun de
l'amélioration et du progrès.
Souhaitons que l'accident de Toulouse soit un catalyseur pour
cette recherche et ce travaild'amélioration continue, et non
la cause d'une exacerbation des oppositions entre l'industrie etson
environnement.
Par Dominique Bernard