> Consulter > Environnement & Technique n°231 - Novembre 2003

Faut-il repenser l'enseignement sur l'eau à l'Université ?

Faut-il repenser l'enseignement sur l'eau à l'Université ?

La formulation de la question entraîne déjà une réponse positive, pourquoi ? L'eau n'est pas un produit ordinaire : elle est la vie, ne s'use pas, se recycle éternellement etparticipe à la quasi totalité des mécanismes humains et naturels. Les exigences de la sociétéactuelle imposent toujours plus de quantité, de qualité et d'information auxquelles le jeuneprofessionnel issu de l'université est confronté et pour lesquelles il n'a pas été toujourspréparé. L'étudiant, lancé sur le marché du travail, n'a souvent qu'une vision fragmentée etstrictement académique de l'eau qui l'empêche de globaliser les situations. Ainsi le jeunehydrogéologue, saura modéliser une nappe, mais sait-il intégrer dans sa démarche lescontraintes des autres professionnels et les exigences du consommateur ? Mêmes types dequestions pour le juriste, l'économiste ou le médecin ! Ont-ils été préparés à une visionpanoramique de la gestion de l'eau ? L'enseignement universitaire se prive encore trop souventde compétences extérieures indispensables à la préparation des jeunes générations démuniesface au marché du travail.

Alors comment repenser l'enseignement de l'eau ?

Faut-il donner des connaissances approfondies ou une vision globale ?

Ma vision de l'enseignement de l'eau et de la recherche à haut niveau est tripartite.

La première partie concerne la connaissance théorique et fondamentale de ce « produit ».Connaître le plus possible pour dominer le sujet. Il faut décortiquer la connaissance de l'eau,l'approfondir sans cesse, en connaître ses infimes détails et ses plus fines propriétés. Le savoirde l'eau ne s'arrête pas au sortir de l'Université ou de la grande école. Il doit s'étendre tout aulong de la vie professionnelle. Un collaborateur inculte ou désinformé constitue une faiblesseet un danger pour l'entreprise face à la concurrence.

La deuxième partie concerne les applications liées à l'eau. Cet aspect est trop souvent négligédans l'enseignement traditionnel, pour ne pas dire déprécié par certains universitaires soit parmanque d'intérêt ou de connaissance des besoins soit par une inadaptation à s'ouvrir aumonde. Passer « de la théorie à l'application » dans le domaine de l'eau constitue pourbeaucoup une épreuve. Peut-on forger le décideur de demain, si l'étudiant d'aujourd'hui n'estpas préparé à intégrer cette dimension ?

Enfin, la troisième partie concerne l'information et le « faire savoir » des compétences dans ledomaine de l'eau. Peut-on aujourd'hui impulser, mieux gérer, développer, sans s'appuyer sur lacommunication interne et externe à l'entreprise ou destinée au citoyen et au monde?

Associer ces trois types d'approches est difficile. Peu d'enseignants et de chercheurs peuventassurer avec réussite cette synthèse sans échanges avec l'extérieur. Pourquoi ne pas fortementamplifier le flux à double sens : université-industrie ou monde professionnel ? Pourquoi ne pasfaire plus souvent appel à la compétence des spécialistes du monde industriel ; pourquoi ne pasfavoriser l'insertion momentanée des universitaires dans les structures privées ?

Je laisse à chacun la liberté de son analyse sur cette vision.

Professeur Raoul Caruba, directeur du Réseau méditerranéen Unitwin/ Chaires Unesco sur les ressources en eau

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