Faut-il repenser l'enseignement sur l'eau à l'Université ?
La formulation de la question entraîne déjà
une réponse positive, pourquoi ? L'eau n'est pas un produit
ordinaire : elle est la vie, ne s'use pas, se recycle
éternellement etparticipe à la quasi totalité
des mécanismes humains et naturels. Les exigences de la
sociétéactuelle imposent toujours plus de
quantité, de qualité et d'information auxquelles le
jeuneprofessionnel issu de l'université est confronté
et pour lesquelles il n'a pas été
toujourspréparé. L'étudiant, lancé sur
le marché du travail, n'a souvent qu'une vision
fragmentée etstrictement académique de l'eau qui
l'empêche de globaliser les situations. Ainsi le
jeunehydrogéologue, saura modéliser une nappe, mais
sait-il intégrer dans sa démarche lescontraintes des
autres professionnels et les exigences du consommateur ?
Mêmes types dequestions pour le juriste, l'économiste
ou le médecin ! Ont-ils été
préparés à une visionpanoramique de la gestion
de l'eau ? L'enseignement universitaire se prive encore trop
souventde compétences extérieures indispensables
à la préparation des jeunes générations
démuniesface au marché du travail.

Alors comment repenser l'enseignement de l'eau ?

Faut-il donner des connaissances approfondies ou une vision globale
?

Ma vision de l'enseignement de l'eau et de la recherche à
haut niveau est tripartite.

La première partie concerne la connaissance théorique
et fondamentale de ce « produit ».Connaître le
plus possible pour dominer le sujet. Il faut décortiquer la
connaissance de l'eau,l'approfondir sans cesse, en connaître
ses infimes détails et ses plus fines
propriétés. Le savoirde l'eau ne s'arrête pas
au sortir de l'Université ou de la grande école. Il
doit s'étendre tout aulong de la vie professionnelle. Un
collaborateur inculte ou désinformé constitue une
faiblesseet un danger pour l'entreprise face à la
concurrence.

La deuxième partie concerne les applications liées
à l'eau. Cet aspect est trop souvent
négligédans l'enseignement traditionnel, pour ne pas
dire déprécié par certains universitaires soit
parmanque d'intérêt ou de connaissance des besoins
soit par une inadaptation à s'ouvrir aumonde. Passer «
de la théorie à l'application » dans le domaine
de l'eau constitue pourbeaucoup une épreuve. Peut-on forger
le décideur de demain, si l'étudiant d'aujourd'hui
n'estpas préparé à intégrer cette
dimension ?

Enfin, la troisième partie concerne l'information et le
« faire savoir » des compétences dans ledomaine
de l'eau. Peut-on aujourd'hui impulser, mieux gérer,
développer, sans s'appuyer sur lacommunication interne et
externe à l'entreprise ou destinée au citoyen et au
monde
?

Associer ces trois types d'approches est difficile. Peu
d'enseignants et de chercheurs peuventassurer avec réussite
cette synthèse sans échanges avec l'extérieur.
Pourquoi ne pas fortementamplifier le flux à double sens :
université-industrie ou monde professionnel ? Pourquoi ne
pasfaire plus souvent appel à la compétence des
spécialistes du monde industriel ; pourquoi ne pasfavoriser
l'insertion momentanée des universitaires dans les
structures privées ?

Je laisse à chacun la liberté de son analyse sur
cette vision.
Professeur Raoul Caruba, directeur du
Réseau méditerranéen Unitwin/ Chaires Unesco
sur les ressources en eau