> Consulter > Environnement & Technique n°181 - Novembre 1998

Gestion des déchets et maîtrise de l’énergie

Gestion des déchets et maîtrise de l'énergie

P our des élus locaux chargés de la gestion des déchets, les décisions à prendre sont particulièrement complexes. Il faut tenir compte d'un très grand nombre de critères et trouver une cohérence globale. Quel choix techniques ? Quel impact sur l'environnement ? Peut on récupérer correctement l'énergie ? Quel est le moyen de prévenir l'émission de dioxines? Comment le principe pollueur-payeur doit il-jouer ? Peut-on avoir une action sur la réduction des déchets ? Comment impliquer au mieux le citoyen dans la collecte sélective ? Quel débouché pour le compost ? Combien d'emplois peuvent être créés dans la gestion des déchets ? Marché public ou délégation de service public ? Comment anticiper sur les futures directives européennes?

On conçoit que la solution ne sera pas la même partout, et qu'une analyse fine des conditions locales n'aboutira pas toujours aux mêmes conclusions.

Il est frappant d'observer que les critères énergétiques ne sont pas toujours pris en compte dans les analyses d'impact sur l'environnement. Or, les principes du développement durable concernent au premier chef la préservation des ressources énergétiques de la planète.

Voici trois exemples où le raisonnement cohérent doit prendre en compte à la fois l'énergie et l'environnement.

Le transport prend de l'importance. Plus le procédé multifilière est complexe, plus il contient du transport : augmentation du nombre des collectes, transport jusqu'au centre de tri, puis aux usines de recyclage, transport des matières organiques à l'usine de compostage, puis du compost chez les agriculteurs, transport des autres déchets et des refus à l'usine d'incinération, puis du mâchefer, des Refiom, etc. La chaîne de transport se rallonge, les distances augmentent, et on ne peut plus faire l'impasse sur les consommations d'énergie, les pollutions et les nuisances engendrées. Il faudrait vérifier que les économies d'énergie et de pollutions dues au recyclage et à la valorisation énergétique ne sont pas compensées par l'augmentation de ces transports tous azimuts.

La question du carton peut se poser. Entre le recyclage d'un carton ondulé usagé et son incinération avec cogénération, il est parfois nécessaire de regarder les impacts de près. En effet, la fabrication de la pâte à papier utilise souvent du bois comme combustible en cogénération, le bois est une matière première renouvelable et abondante sous nos climats, et la combustion du bois et des papiers-cartons n'aggrave pas l'effet de serre. Selon que la valorisation énergétique du carton récupère ou non la chaleur, selon le combustible utilisé pour fabriquer la pâte à papier, selon les distances et les modes de transport, le bilan global énergie- matière première-effet de serre peut être favorable à la valorisation énergie ou à la valorisation matière.

Le choix de la valorisation des matières plastiques ne peut évacuer un raisonnement énergétique, parce que les plastiques sont du pétrole transformé. Quand on transporte des matières plastiques usagées, c'est-à-dire du pétrole, sur un camion qui marche au pétrole, pour aller dans une usine qui fabriquera de nouvelles matières plastiques en dépensant du pétrole, il faut vérifier que le bilan énergétique n'est pas négatif.

Les méthodes d'analyses du cycle de vie doivent se développer et se simplifier. Il est aujourd'hui nécessaire de procurer aux élus, souvent seuls et perplexes au moment de prendre les décisions, des informations les plus pertinentes pour choisir en toute connaissance de cause.

Camille Durand
Maire de Saint-Jean-de-Boiseau, premier vice-président du district de l'agglomération nantaise, président d'Amorce

pro-environnement
Copyright
Plan du site