Gestion des déchets et maîtrise de l’énergie
P our des élus locaux chargés de la gestion des
déchets, les décisions à prendre sont
particulièrement complexes. Il faut tenir compte d'un
très grand nombre de critères et trouver une
cohérence globale. Quel choix techniques ? Quel impact sur
l'environnement ? Peut on récupérer correctement
l'énergie ? Quel est le moyen de prévenir
l'émission de dioxines
? Comment le principe pollueur-payeur doit il-jouer ?
Peut-on avoir une action sur la réduction des déchets
? Comment impliquer au mieux le citoyen dans la collecte
sélective ? Quel débouché pour le compost ?
Combien d'emplois peuvent être créés dans la
gestion des déchets ? Marché public ou
délégation de service public ? Comment anticiper sur
les futures directives européennes
?
On conçoit que la solution ne sera pas la même
partout, et qu'une analyse fine des conditions locales n'aboutira
pas toujours aux mêmes conclusions.
Il est frappant d'observer que les critères
énergétiques ne sont pas toujours pris en compte dans
les analyses d'impact sur l'environnement. Or, les principes du
développement durable concernent au premier chef la
préservation des ressources énergétiques de la
planète.
Voici trois exemples où le raisonnement cohérent
doit prendre en compte à la fois l'énergie et
l'environnement.
Le transport prend de l'importance. Plus le
procédé multifilière est complexe, plus il
contient du transport : augmentation du nombre des collectes,
transport jusqu'au centre de tri, puis aux usines de recyclage,
transport des matières organiques à l'usine de
compostage, puis du compost chez les agriculteurs, transport des
autres déchets et des refus à l'usine
d'incinération, puis du mâchefer, des Refiom, etc. La
chaîne de transport se rallonge, les distances augmentent, et
on ne peut plus faire l'impasse sur les consommations
d'énergie, les pollutions et les nuisances
engendrées. Il faudrait vérifier que les
économies d'énergie et de pollutions dues au
recyclage et à la valorisation énergétique ne
sont pas compensées par l'augmentation de ces transports
tous azimuts.
La question du carton peut se poser. Entre le recyclage d'un
carton ondulé usagé et son incinération avec
cogénération, il est parfois nécessaire de
regarder les impacts de près. En effet, la fabrication de la
pâte à papier utilise souvent du bois comme
combustible en cogénération, le bois est une
matière première renouvelable et abondante sous nos
climats, et la combustion du bois et des papiers-cartons n'aggrave
pas l'effet de serre. Selon que la valorisation
énergétique du carton récupère ou non
la chaleur, selon le combustible utilisé pour fabriquer la
pâte à papier, selon les distances et les modes de
transport, le bilan global énergie- matière
première-effet de serre peut être favorable à
la valorisation énergie ou à la valorisation
matière.
Le choix de la valorisation des matières plastiques ne
peut évacuer un raisonnement énergétique,
parce que les plastiques sont du pétrole transformé.
Quand on transporte des matières plastiques usagées,
c'est-à-dire du pétrole, sur un camion qui marche au
pétrole, pour aller dans une usine qui fabriquera de
nouvelles matières plastiques en dépensant du
pétrole, il faut vérifier que le bilan
énergétique n'est pas négatif.
Les méthodes d'analyses du cycle de vie doivent se
développer et se simplifier. Il est aujourd'hui
nécessaire de procurer aux élus, souvent seuls et
perplexes au moment de prendre les décisions, des
informations les plus pertinentes pour choisir en toute
connaissance de cause.
Camille Durand
Maire de
Saint-Jean-de-Boiseau, premier vice-président du district de
l'agglomération nantaise, président d'Amorce