> Consulter > Environnement & Technique n°295 - Avril 2010

Il faut voir comme on nous parle

Bruno MORTGAT,
Rédacteur en chef

On vit vraiment dans un monde effrayant. Et encore, s’il n’y avait que les tremblements de terre, les tempêtes et les inondations… Au moins, ce sont des phénomènes concrets, et même si l’homme concourt éventuellement à leur gravité, on ne peut pas lui reprocher d’en être la cause directe.

Mais il n’y a pas que ça. Il faut aussi vivre dans un stress permanent, avec la peur de toutes sortes de phénomènes virtuels liés à l’incertitude de l’avenir sous l’effet des promesses ou annonces alarmistes, rassurantes, culpabilisantes, infantilisantes, voire carrément ridicules qu’on nous débite à tours de bras pour nous pousser vers la religion du développement durable. Certes, il faut agir, mais ce n’est pas une raison pour nous prendre pour des demeurés.

Juste un ou deux exemples, parmi des milliers. Ni plus ni moins significatifs que les autres : juste pour illustrer ce qui nous abrutit quotidiennement, au lieu de nous motiver.

On a récemment rapporté dans la presse (Times et Le Monde), que le groupe Areva développe un « nouveau type de réacteur capable d’éliminer les déchets nucléaires ». A ce propos, les quotidiens citent sa présidente Anne Lauvergeon, qui aurait déclaré « Nous voulons rendre l’énergie nucléaire acceptable au plan environnemental et social. » Vous parlez d’un scoop ! D’abord, on avait plutôt l’habitude de l’entendre dire que c’était déjà le cas. Mais c’est bien connu, pour vendre une nouvelle technologie, il faut bien dire qu’elle est meilleure que la précédente. En outre, quoi de neuf sous le soleil, puisque ce principe était déjà mis en œuvre dans Superphénix il y a déjà un quart de siècle ? Avec la polémique à 10 milliards d’euros que l’on sait.

Autre exemple, on nous survend les énergies renouvelables comme la solution à tous nos problèmes. Je n’en conteste pas l’intérêt, mais il ne se passe pas trois jours sans que je reçoive à mon domicile un appel téléphonique pour me vendre une pompe à chaleur, des fenêtres ou des panneaux solaires avec comme premier argument qu’il faut faire quelque chose pour la planète (ou qu’il faut profiter du crédit d’impôt et des tarifs d’achats de l’électricité pour faire un « bon investissement »). Quand le vendeur réalise que mon logement est bien isolé ou que ma toiture est mal orientée, il n’insiste pas, mais conclut d’un air désolé « Ah, dommage, vous ne pouvez (plus) rien faire pour la planète » !

J’avoue que j’hésite entre le suicide et éclater de rire. Mais j’opte pour une troisième voie, et je chante avec Souchon :
On nous panneau solaire
On nous centrale nucléaire
Oh le mal qu’on peut nous faire…
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