> Consulter > Environnement & Technique n°184 - Mars 1999

L’apprenti sorcier

L'apprenti sorcier

Pollueur-payeur est un concept des années 1970. Au niveau socio-économique, le concept devient pollueur-consommateur-payeur. Les entreprises ont « internalisé » le surcoût de l'environnement et répercuté celui-ci sur les prix de vente des produits. Seules les ruptures de concurrence entre les pays européens et d'autres pays moins rigoureux, peuvent créer des distorsions commerciales intolérables. La réussite de ce concept, en milieu industriel, est due en partie à son application sous la forme dépollueur-investisseur grâce à des taxes finalisées pour renforcer les circuits courts de redistribution comme l'ont fait avec succès les agences de l'eau, ex-agences de bassin, pendant 25 ans. Une autre raison du succès est la politique volontariste des grands groupes industriels, et des grands distributeurs de devancer les réglementations, par des éco-outils comme les normes Iso 14001, et les écolabels sur les produits.

L'usage par l'État, du principe pollueur-payeur, par le biais des prélèvements, des taxes et des impôts peut créer des effets pervers contre l'environnement. A qui la pollution atmosphérique profite le plus ? L'automobiliste ou le budget de l'état qui récupère annuellement près de quarante milliards d'euros (environ 260 milliards de francs). En environnement, il est plus aisé d'éliminer les mauvais choix que de définir les meilleurs parcours pour optimiser les multiples ressources, contraintes et intérêts des multiples acteurs et statuts concernés. Les avantages d'un produit de substitution peuvent masquer des effets pervers, et amener des impacts plus graves que ceux du produit éliminé.

La taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) a été instaurée en France par la budgétisation de cinq taxes fiscales et parafiscales concernant le bruit, l'air, les déchets et les huiles usagées. Elle apparaît dans un contexte international incertain ; les Nord Américains et les Japonais s'opposent au concept d'écotaxe pour lui préférer le droit d'acheter des « bulles de pollution ». L'Europe, voudrait définir des écotaxes sur la consommation énergétique et/ou sur la production de CO2.

Cette TGAP apparaît aux industriels, comme un pur produit des financiers de Bercy, pour abonder le budget de l'État ; le grand perdant est le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, qui aura joué à l'apprenti sorcier en proposant au « budget » cette «écotaxe ».

1. Quelle valeur aura cette écotaxe si elle n'est pas d'emblée européenne et ne contraint pas les pays des autres régions du monde à tenir compte de l'environnement avec la même rigueur et des coûts économiquement semblables pour les consommateurs?

2. L'élaboration d'une écotaxe s'appuie-t'elle sur une analyse précise des filières de production ? Comment cette écotaxe tiendra t'elle compte des efforts et performances volontaires des entreprises, des apports des certifications Iso 14001 et des choix préférentiels des écoproduits distingués par un écolabel européen?

3. Ne faut-il pas introduire des écotaxes négatives pour avantager commercialement ceux qui font mieux pour l'environnement, comme le souhaitent les Italiens?

4. La diversité est un « paramètre ressource » fondamental des écosystèmes artificialisés, peut- on raisonnablement imaginer qu'une seule écotaxe, générale, devienne une panacée?

Ces quatre questions soulignent l'improvisation et l'inadaptation de cette émergence « à petits pas » de l'écotaxe.

Les « petits pas », en « bout de tuyau » traduisent simplement la pathologie d'une société incapable d'organiser les débats et les changements nécessaires. La TGAP peut et devrait faire l'objet d'une recherche de consensus, en ouvrant le grand débat professionnel que le concept d'écotaxe mérite. Cela implique de ne pas mettre les industriels et tous les autres acteurs concernés devant le fait accompli, mais de les associer à l'élaboration et à la gestion des écotaxes.

Pr Jacques Vigneron
Responsable du DESS Relations publiques de l'environnement

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