> Consulter > Environnement & Technique n°312 - Décembre 2011

L’éco-innovation accessible pour les PME

Elément pilier du développement durable, l’éco-conception est une démarche qui s’impose de plus en plus pour limiter les abus de la société de consommation sur l’environnement. Mais, elle doit nécessairement reposer sur des approches fiables et normalisées comme les ACV. D’où, la nécessité du couplage ACV & Eco-Conception.

Khalil KHALIFA,
Bruno VERGNE, ACV+
Olivier CAMP, GRI, Eseo


Le processus de conception repose sur une démarche minutieuse, structurée et documentée qui doit prendre en compte les performances et les fonctions attendues des produits, l’évaluation des coûts et les enjeux environnementaux. Par ailleurs, les concepteurs recourent à une autre procédure appelée la revue de conception, ayant pour objet de vérifier que les objectifs de la conception ont été atteints. L’éco-conception doit nécessairement s’intégrer à la fois dans ces deux processus. Pour s’assurer du respect des objectifs en termes de maîtrise des enjeux environnementaux, en particulier pour éviter les déplacements de pollution, elle doit s’appuyer sur des approches fiables. L’ACV représente une approche clé pour faire de l’éco-conception. Elle permet l’identification des points faibles et des points forts du système étudié mais aussi de s’assurer qu’un choix apparemment écologique ne résulte pas en un déplacement de pollution d’une étape du cycle de vie vers une autre ou d’un impact vers un autre. Une difficulté est que l’ACV requiert beaucoup de données et que les outils existants nécessitent des compétences spécifiques pour une modélisation correcte du cycle de vie. L’entreprise a par ailleurs souvent du mal à interpréter une étude ACV car les notions utilisées lui sont étrangères ou portent sur des activités qui n’entrent pas dans son champ de compétence. Les experts du métier eux-mêmes considèrent souvent que l’ACV et l’Eco-Conception demeurent encore deux opérations séparées.

Des outils insuffisament fiables

Pour pallier à ce manque en matière de couplage, des approches et outils simplifiés comme le « Bilan Produit » de l’Ademe, les « check-lists », les « questionnaires » ont été proposés. L’avantage de ces méthodes simplifiées réside dans le fait qu’elles manipulent certaines données qui parlent aux concepteurs comme le poids, les substances dangereuses, la pression du transport, la durée de vie, et la présence ou l’absence de filières de traitement de fin de vie. Mais, elles fournissent des résultats qui ne sont pas suffisamment fiables pour prendre une bonne décision d’investissement. La suspicion d’effet greenwashing planera toujours sur les entreprises, car elles risquent d’investir pour se donner une image écologique responsable sans avoir eu l’assurance qu’elles ont mené des actions qui sont réellement favorables pour l’environnement. Le couplage entre les ACV et l’éco-conception s’avère donc nécessaire. Mais l’outil d’ACV doit répondre à un certain nombre d’exigences qui vont au-delà des simples calculs des impacts classiques.


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Cahiers des charges

Pour une bonne prise de décision lors de la conception des produits, les industriels ont besoin d’outils qui ont les caractéristiques suivantes :
• Crédibilité : la vérifiabilité des affirmations nécessite un minimum de transparence. Au-delà de l’affichage des sources des données, l’outil doit également proposer des solutions qui facilitent l’interprétation des résultats par exemple, par l’utilisation des bases de données statistiques ou des analyses de sensibilités multicritères…
• Complétude : les résultats des calculs d’impacts environnementaux fournis par les outils d’ACV existants ne représentent qu’une composante du processus d’évaluation environnementale. On mesure mal avec ces outils la partie cachée de ce processus d’évaluation. Par exemple, un produit peut être totalement recyclable, mais la filière de recyclage peut ne pas exister.
• Conduite du changement : l’entreprise doit acquérir de nouvelles compétences et prendre le temps de former ses ressources humaines clés afin de mobiliser son personnel et ses sous-traitants. Un travail partagé serait bien plus rentable, mais se heurte souvent aux problèmes d’interfaçage des outils ACV existants avec les systèmes d’information de l’entreprise.
• Réglementation : les appels d’offre des institutions gouvernementales et des collectivités contiennent souvent des clauses environnementales, encourageant les entreprises à plus de responsabilité environnementale et à la vente de produits éco-conçus. En Europe, le droit de l’environnement se complète peu à peu et de nombreux directives et règlements peuvent donner à ces clauses un caractère obligatoire, comme par exemple la directive Emballages 94/62/CE qui limite les teneurs maximales de certains métaux lourds dans les emballages en Europe.
• Préconisations : l’ACV aboutit généralement à des préconisations en termes d’amélioration du bilan environnemental du produit ou service étudié. Il est important que ces préconisations soient intégrées dans l’outil afin de valider leur niveau de prise en compte lors des améliorations ultérieures.

La réponse Siec

Le système d’information Siec a été développé pour faciliter l’éco-conception en tenant compte de toutes ces exigences. C’est le premier et unique logiciel à ce jour à permettre le couplage ACV et éco-conception. Sa méthodologie (la roue Siec) et ses principales caractéristiques ont été décrites dans deux précédents articles (Cf « Logiciel d’ACV : innovation dans le couplage ACV & éco-conception », E&T n° 302, décembre 2010 - http://bit.ly/rU2smp, et « L’éco-conception démocratisée par un logiciel », E&T n° 309, septembre 2011 - http://bit.ly/rBR3wS).

Rappelons simplement qu’il permet une modélisation simplifiée et accessible au non expert du cycle de vie du produit, tenant compte des spécificités de chacune de ses étapes. L’outil permet en outre de vérifier la compatibilité réglementaire du produit (chaque secteur peut intégrer ses exigences réglementaires et en évaluer le respect) ainsi que la prise en compte des préconisations.
L’analyse de sensibilité multicritères permet à l’utilisateur d’évaluer facilement l’incidence de scénarios concernant la logistique amont, la distribution, l’utilisation et la fin de vie sur l’ensemble du cycle de vie. Le logiciel contient et s’appuie sur de nombreuses sources de données ACV, comme les bases de données Eco-Invent(1), Buwal(2), ELCD(3), NREL(4). Grâce au système Pivot qui sera décrit plus loin, il héberge également des bases de données statistiques (Corinair(5), Air-Chief(6), Bilan Carbone(7)) et l’utilisateur peut ajouter des données spécifiques à son activité.

La modélisation du cycle de vie dans Siec suit le découpage suivant :
- la fabrication + la logistique amont ;
- la distribution ;
- l’utilisation + la logistique utilisation ;
- la fin de vie + la logistique de fin de vie. Chaque étape de l’ACV fait l’objet d’un traitement spécifique pour faciliter sa modélisation par un public qui n’est pas spécialisé dans les ACV (voir double-page précédente).
 
Système Pivot

Le système Pivot permet d’intégrer dans l’outil Siec les enjeux environnementaux spécifiques à chaque
projet quel que soit le secteur d’activité : industries mécaniques, BTP, électronique, industries agro-
alimentaires, procédés industriels… Il présente également d’autres avantages tels que l’utilisation des bases de données statistiques pour effectuer des diagnostics, l’utilisation des bases de données matériaux pour accompagner l’utilisateur dans l’éco-conception de son produit, etc.

Evaluation dans Siec

Siec a été conçu comme un outil pouvant contribuer à une prise de décision éclairée. Nous allons présenter dans les paragraphes suivants les grandes lignes de la démarche d’évaluation telle qu’elle est proposée dans cet outil.
L’évaluation est une étape qui existe dans la plupart des outils d’ACV. Elle se limite dans ces derniers aux calculs des impacts classiques. Dans Siec, l’évaluation environnementale comprend de nombreux volets :
- O E I L (Outil d’évaluation des indicateurs localisés) : à chaque étape du cycle de vie, il est possible de visualiser les différentes évaluations environnementales et d’éco-conception ;
- diagnostic : il permet de confronter les évaluations qui s’appuient sur l’utilisation des modules ACV aux données statistiques environnementales fournies par des organismes spécialisés (IPCC, Corinair, Airchief, etc.). L’utilisateur peut ainsi s’assurer qu’aucun enjeu important n’a été omis dans son analyse ;
- évaluation des impacts classiques en utilisant les bases de données classiques : présente dans tous les logiciels d’ACV, elle dispose ici d’une fonctionnalité supplémentaire qui permet à l’utilisateur de filtrer à tout moment les indicateurs qu’il souhaite observer ;
- évaluation des impacts en utilisant des bases de données imposées : grâce au Pivot, il est possible d’associer à tout élément du cycle de vie (matériau, procédé, énergie, transport, traitement etc.) des propriétés environnementales issues de textes réglementaires. Ainsi, l’évaluation peut être effectuée suivant les données spécifiques d’une norme ;
- interprétation des résultats : le logiciel permet de sauvegarder, à chaque étape de cycle de vie, différents scénarios qui permettront d’effectuer des analyses de sensibilité multicritères.

Pour l’éco-conception, Siec présente trois types d’indicateurs :
- indicateurs communs : ils regroupent des indicateurs génériques et environnementaux (taux de collecte, PCI, rejets dans l’eau, le sol etc.) utiles pour l’éco-conception des produits ;
- indicateurs spécifiques aux étapes de cycle de vie : selon l’étape de cycle de vie des indicateurs spécifiques sont calculés comme le taux de valorisation pour l’étape de fin de vie ou les ratios volumique et massique des emballages par rapport au produit dans l’étape de distribution, etc. ;
- indicateurs « utilisateurs » : Ils permettent d'intégrer les enjeux spécifiques à chaque secteur d'activité. L’utilisateur a le choix de définir des propriétés dites « agrégeables » ou « non-agrégeables » selon le type de données nécessaires dans son processus de conception.

Compatibilité par rapport aux réglementations et aux préconisations

A partir des propriétés associées à tout élément du cycle de vie (matériau, procédé, énergie, transport, etc.), il est possible de définir des compatibilités réglementaires qui s’appliquent soit à une propriété (ex. : origine du bois, puissance de veille, …), soit à une sortie (ex. : consommation d’énergie spécifique, contenu recyclé, taux de valorisation, impact sur l’effet de serre, …). De même, dans le but d’améliorer sans cesse les performances environnementales du système étudié, il est possible de définir des compatibilités par rapport aux préconisations ayant été formulées dans les recommandations de l’étude ACV qui a été menée.

Autres modules disponibles dans Siec

Siec contient de nombreux autres modules ayant pour finalité de faciliter son utilisation. Parmi ces modules, on peut citer :
- interopérabilité : afin de faciliter la collecte et la saisie des données dans Siec, l’utilisateur peut importer dans l’outil des données issues d’un fichier Excel, d’un fichier CAO et bientôt des systèmes d’informations de type ERP ;
- tableur spécifique : l’expression numérique de certains flux résulte très souvent d’une modélisation plus ou moins complexe. Pour éviter à l’utilisateur de devoir utiliser un outil externe pour effectuer ses calculs, Siec intègre dans son système un tableur qui été développé pour cet effet ;
- gestion des libellés : les dénominations des processus ACV sont souvent difficiles à exploiter dans les rapports ou la production de graphiques. Par ailleurs leur signification n’est pas toujours très explicite. C’est pourquoi, Siec permet à l’utilisateur d’utiliser des libellés pour renommer en apparence les modules ACV (le nom originel étant conservé dans le système) sans qu’il soit obligé de faire des copies.
- préférences : le système de gestion des préférences permet à l’utilisateur de personnaliser l’environnement de Siec (choix par défaut des modules ACV ou des impacts à calculer, etc.)

Notes
1. Eco-Invent : Base de données commerciale développée par le Swiss Centre for Life Cycle Inventories.
2. Buwal : Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage en Suisse.
3. ELCD : European Reference Life Cycle Database.
4. NREL : National Renewable Energy Laboratory de l’US EPA.
5. La méthodologie Corinair a été initialement développée dans le cadre du programme Corine lancé par la Commission des Communautés Européennes en 1985. Son nom provient de la contraction du nom de ce programme et du domaine d’intérêt relatif à la réalisation d’inventaires d’émissions de polluants dans l’air (Corine-Air rebaptisé ultérieurement en Core Inventory Air).
6. Air Chief : base données américaine développée par l’agence US EPA et spécialisée dans les polluants atmosphériques.
7. Bilan Carbone : Base de données développée par l’Ademe qui se limite aux gaz à effet de serre (en cours d’insertion dans Siec).


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Environnement & Technique n°312 - Décembre 2011 > Sommaire
  1. Environnement & Technique 312 en PDF
  2. Soit dit en passant : Petites Annonces
  3. Collecte des déchets : 2011, année pneumatique
  4. Le traitement mécano-biologique des déchets (TMB) condamné avant d’être jugé ?
  5. Nitrates : Rappel à l’ordre de la Commission européenne
  6. Vers une stratégie nationale de lutte contre l'érosion littorale
  7. Tribune : HQE en pointe
  8. Spécial POLLUTEC Les innovations, nouveaux produits et services
  9. Spécial POLLUTEC Prix Entreprises et Environnement les lauréats 2011
  10. Special POLLUTEC PTIE Place aux technologies propres
  11. Facturation incitative : des méthodes, mais quels résultats ?
  12. Bilan de la composition des composts au sein de l’Association Rhône Alpes Qualité Compost
  13. Après la Grèce, le compost.
  14. La gazéification comme alternative à l’incinération des déchets à haut PCI
  15. Techniques alternatives d’assainissement pluvial : un patrimoine en danger ?
  16. Quand le traitement des effluents produit de l’énergie
  17. Huiles et gaz de schistes : de fracturation, en abrogation en confusion
  18. Bois-énergie : Anticiper et prévenir les tensions sur l’approvisionnement en biomasse
  19. Les isotopes stables en forensie environnementale
  20. REACH, des initiatives d’aides aux entreprises
  21. Clarification des obligations et des responsabilités en matière de FDS au regard du règlement REACH
  22. L’éco-innovation accessible pour les PME
  23. Dernières tendances internationales en matière de reporting social et environnemental
  24. Bibliothèque : les ouvrages du mois
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