> Consulter > Environnement & Technique n°252 - Décembre 2005

L’hydrogène est-il une solution aux problèmes énergétiques et environnementaux ?

Par Thierry ALLEAU

Président de l’Association française de l’hydrogène (AFH2)

Notre environnement se dégrade inéluctablement sous l’influence d’un effet de serre grandissant mais l’épuisement programmé de nos ressources fossiles n’arrivera pas assez tôt pour nous contraindre à résoudre ce grave problème pourtant déjà très perceptible : cyclones de plus en plus violents, fonte des glaces, sécheresses, inondations ….

Quelles que soient les dates retenues pour les “peak oil”et “peak gas”, tous les prévisionnistes s’accordent à dire que nous sommes condamnés à dépendre fortement des ressources fossiles jusque vers la fin de ce siècle (de 85 % aujourd’hui à environ 60 % en 2050) : si rien n’est fait pour retenir le CO2 ainsi produit, c’est une augmentation moyenne de la température de 1,5 à 4 degrés qui nous attend en 2050, avec son cortège de dérèglements climatiques probablement dramatiques.

Comment concilier cette contrainte avec une demande d’énergie croissante (et justifiée) des pays en voie de développement ? La réponse en trois points est connue, acceptée mais encore faut-il la mettre en œuvre :

- exploiter les fossiles en l’accompagnant d’une séquestration du CO2 (abaissement des émissions d’un “facteur 4” d’ici 2050, comme l’a récemment déclaré le Premier Ministre),

- développer l’usage des deux énergies alternatives, à savoir les renouvelables et probablement le nucléaire,

- améliorer les efficacités énergétiques.

L’hydrogène, le plus simple et le plus performant des combustibles dé-carbonés, trouve-t-il sa place dans toutes les stratégies possibles de mise en œuvre de cette réponse ?

Certes l’hydrogène n’existe pas à l’état naturel et son utilisation fait peur.Mais l’hydrogène est le plus abondant des atomes sur terre (sous forme d’eau et d’hydrocarbures, essentiellement) et il a été très largement utilisé dans le gaz de ville (50 % de son contenu) au milieu du siècle dernier sans pour autant avoir causé plus de dégâts que le gaz naturel aujourd’hui ! L’usage de l’hydrogène est répandu en particulier dans les industries chimiques et sa fabrication (émettrice de CO2), son transport, sa distribution, et sa mise en œuvre sont maîtrisés. Passer de l’hydrogène-chimie à l’hydrogène-énergie avec des masses de plusieurs ordres de grandeur supérieures n’est pas simple, mais la R&D dans ce domaine est active depuis quelques décennies avec des dépenses qui atteignent aujourd’hui 1 Md € / an. C’est à la fois assez pour avoir la certitude technologique que cette voie est réaliste, mais trop peu en regard de l’immensité du travail qui reste à accomplir pour en généraliser l’usage (en particulier via les piles à combustible).

Quels sont les deux principaux freins au développement de l’hydrogène-énergie couramment évoqués ? Trop cher et trop dangereux.

Trop cher ? Par rapport au prix de l’énergie aujourd’hui, certes ! Mais ne rêvons pas, l’énergie demain, à euros constants, sera plus onéreuse ! Aujourd’hui, l’hydrogène gazeux au détail est trois fois plus cher que l’essence sortie de raffinerie, mais meilleur marché que l’essence TIPP incluse. De plus, ce coût ne prend pas en compte les progrès à venir.

Trop dangereux ? Tout vecteur d’énergie est dangereux et le risque zéro n’existe pas.Mais la sécurité et la sûreté d’utilisation de l’hydrogène font l’objet de nombreux développements et il apparaît déjà qu’il est moins dangereux que l’essence, le gaz naturel ou le fioul. L’essentiel est d’identifier tous les risques pour prévoir les éventuels accidents et parer les conséquences statistiquement les plus probables.

Répondant à tous les critères d’un développement durable, les trois vecteurs qui habilleront le paysage énergétique de la deuxième moitié de ce siècle seront alors et très probablement :

l’électricité, un hydrocarbure issu de la biomasse et l’hydrogène.

Désormais, il n’est plus possible de se satisfaire de déclarations : où en est, en France par exemple, le plan d’application du “facteur 4” ?

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