> Consulter > Environnement & Technique n°241 - Novembre 2004

L’information géographique pour maîtriser les risques industriels et technologiques

L’information géographique pour maîtriser les risques industriels et technologiques


La prise en compte des risques entre de façon croissante dans notre culture. Le citoyen, l’élu, le gestionnaire, considèrent cette problématique avec de plus en plus d’acuité. Les catastrophes naturelles et industrielles de ces dernières années ont renforcé cette prise de conscience. Dans une société où industries et technologies ne riment plus uniquement avec progrès, mais aussi parfois avec risque, il est capital de mieux prévoir, analyser, gérer les situations engendrées par les aléas qui peuvent nous menacer.
Les technologies de l’information géographique (TIG) ont fait ces dernières années des avancées spectaculaires : en les mobilisant, nous pourrions répondre plus efficacement aux exigences de la maîtrise des risques industriels et technologiques.
Trois axes d’interventions me semblent essentiels : l’implantation ou l’extension des sites industriels à risques et les études d’impacts qu’elles impliquent, la gestion de la crise, et enfin, l’étude et la recherche.
Nous le savons, un ensemble de règles urbanistiques, environnementales ou de sécurité, contraignent l’implantation ou l’extension des sites industriels ou technologiques. Or ces règles ont quasiment toutes une référence spatiale. Les TIG permettent d’intégrer sur un référentiel commun l’ensemble des éléments de contraintes et de les compléter par un ensemble de données utiles à la décision (elles mêmes localisables). Les choix d’implantations ou d’extensions peuvent alors se baser sur un mode opératoire respectueux de la législation (zonage, localisation…), permettant la prise en compte de paramètres multiples (vent, hydrographie…), visualisés sur un support de communication compréhensible et discutable par le plus grand nombre : la cartographie numérique. En termes d’analyse des aléas et des impacts, les mêmes potentialités sont envisageables. Le recueil et le partage de l’information peuvent être grandement facilités par l’utilisation de la référence géographique. La formulation des études d’impacts est alors plus claire.
En situation de crise, la localisation des enjeux (biens et personnes) est primordiale. Disposer dans ces situations, d’un système d’information à référence spatiale offrant des garanties de localisation des opérations de secours à mettre en place est nécessaire. Les applications intégrant les TIG se sont multipliées ces dernières années. L’édition 2004 du concours des Géo d’Or qui récompense chaque année les applications innovantes du domaine lors du salon Géo Événement, portait sur le thème des risques majeurs. Elle a bien démontré toute la pertinence de l’exploitation de ces outils en situation de crise. Une application de télé-alerte, liant les technologies de communication à celle de la localisation y fut d’ailleurs récompensée. Les chaînes de traitement de l’information reliant les équipes de terrain aux postes de commandements des secours intégrera de plus en plus la localisation précise des enjeux dans les systèmes de gestion de crise.
Enfin, l’information géographique, exploitée en tant que donnée d’analyse et de modélisation des phénomènes ouvre de grandes perspectives à la R&D. Des modèles de propagation de nuages toxiques sont par exemple développés et intégrables en tant que données géographiques dans les systèmes de traitement de l’information. Les paramètres d’éloignement, de diffusion, d’intégration paysagère des sites industriels sont également modélisables dans un environnement géographiquement fidèle à la réalité. Le secteur de l’urbanisme, de l’aménagement, de la sécurité civile, principaux acteurs de la maîtrise du risque industriel intégreront de façon croissante ces potentialités dans leurs pratiques.
Avec le support des TIG se développent aujourd’hui des systèmes d’information qui renforcent les outils opérationnels de gestion des risques industriels et technologiques : connaissance sur les sites, conservation de la mémoire des événements, gestion patrimoniale, suivi du contrôle, gestion des crises. Les citoyens, mieux informés, légitimement plus exigeants, ne comprendraient pas que l’on puisse laisser passer de telles opportunités d’analyse et de gestion, tant elles peuvent apporter à tous, les outils nécessaire à une meilleure prise en compte des risques industriels et technologiques.
Le secteur de l’information géographique se structure de plus en plus et les usages qu’il génère se multiplient. La mise en œuvre nationale du référentiel géographique à grande échelle (RGE) est en cours et devrait être totalement finalisée pour 2008. Les acteurs de la maîtrise des risques industriels et technologiques, déjà impliqués dans l’exploitation des TIG pour une bonne partie d’entre eux, ont tout à gagner à renforcer encore cette nouvelle donne qui profite du développement global des technologies de l’information et de la communication.

Dominique CAILLAUD

pro-environnement
Copyright
Plan du site