Le printemps des énergies renouvelables
Le débat national sur les énergies qui s'ouvre
dans une ambiance très martiale, donnera-t-ilnaissance
à ce « bouquet énergétique » tant
attendu par nos concitoyens, dans lequel lesénergies
renouvelables joueront enfin un rôle significatif ? Cela
paraît une évidence à la lecturedes
différents sondages, qui placent la protection de
l'environnement parmi les premièrespréoccupations des
Français, et les énergies renouvelables comme moyen
privilégié poursatisfaire demain, nos besoins en
énergie.
Ce décalage persistant entre le souhait de la population
et la situation énergétique réelle (notrepays
est dans le peloton de queue pour l'utilisation des énergies
renouvelables, si nousexcluons la grande hydraulique) devrait
normalement trouver une traduction dans le « débat
»et surtout dans
la loi de programmation qui lui fera suite.
Il y a un peu plus de vingt ans, un débat,
expédié en une après-midi, fut organisé
àl'Assemblée nationale (au cours duquel le
gouvernement dut engager sa responsabilité).
Pourcontrebalancer la mise en place d'un important programme
nucléaire, il fut décidé de créer
uneagence de la maîtrise de l'énergie dotée de
quelques moyens, qui au fil des ans se sont réduitscomme
peau de chagrin. Aujourd'hui le risque est grand de voir se
répéter le même scénario,même si
le contexte est radicalement différent.
Les maîtres d'ouvrages qui, à l'image de la
population, sont de plus en plus nombreux àenvisager le
recours aux énergies renouvelables, sont plus motivés
par les réductions desémissions de gaz à effet
de serre que par les économies financières comme cela
était le casdans les années 80.
Et il n'y a pas que les mentalités qui ont
évoluées, les techniques disponibles sont
maintenantarrivées à maturité. Il suffit pour
s'en convaincre d'examiner le cas particulier de
l'énergiesolaire qui sous deux formes différentes
trouve toute sa place dans les bâtiments à
hautequalité environnementale.
L'énergie solaire thermique, est un moyen efficace de
produire l'eau chaude sanitaire dans debonnes conditions
économiques. Les techniques ont atteint un tel niveau de
fiabilité que lesprofessionnels sont capables de garantir
l'énergie solaire produite annuellement par uneinstallation
collective. Partout en France, il est possible de réduire de
moitié le poste « eauchaude sanitaire »
grâce au soleil. Pour les maisons individuelles
l'énergie solaire peut mêmecontribuer de façon
significative au chauffage des locaux, et cela dans d'excellentes
conditionsde confort.
Les perspectives de marché dans ce secteur sont
très importantes. Pour stabiliser les émissionsde
CO2
liées
à la seule production d'eau chaude sanitaire, il sera
nécessaire d'installer unmillion de mètre
carré de capteurs solaires par an en 2010, soit quarante
fois plusqu'aujourd'hui.
Les aides publiques de l'Ademe dans le cadre du Plan Soleil
auquel est associés la quasi-totalité des conseils
régionaux, permettent pour l'instant d'accompagner la
croissance dumarché, mais il conviendra de rechercher
à terme des financements stables, moins dépendantsdes
budgets de l'État. C'est à cette condition que les
industriels pourront engager lesimportants investissements
nécessaires pour réduire les prix.
Le photovoltaïque destiné à produire de
l'électricité solaire sur le réseau
connaît unengouement grandissant. Il est vrai que cette
technique n'est pas soumise aux mêmelimitations que l'eau
chaude, il est ainsi possible d'installer un
générateur solaire sur presquetous les
bâtiments, l'électricité produite étant
revendue au réseau. Restent les
démarchesadministratives, véritable parcours du
combattant, propre à des décourager les
prétendants lesplus motivés. Dans ce domaine la
future loi sur les énergies devrait autoriser la
collectivité àacheter l'électricité
solaire à un niveau plus élevé ce qui
permettrait de supprimer les aides auxinvestissements. Cette
approche a fait ses preuves outre-Rhin, où le marché,
sans proportionavec le nôtre, connaît une belle
croissance malgré un contexte économique
difficile.
La méthode qui a consisté à attendre qu'une
technologie fasse ses preuves chez nos voisinseuropéens,
avant d'être adoptée chez nous, n'est pas la bonne.
Elle conduit inévitablement àune
sous-industrialisation du secteur, comme c'est aujourd'hui le cas
pour l'éolien, et réduitconsidérablement les
chances de nos industriels sur les marchés
internationaux.
Pour que le débat sur les énergies soit complet il
devra aussi intégrer la dimension industrielledes
énergies renouvelables.
André JOFFRE
PDG du BET
Tecsol
Président
d'Enerplan (association des professionnels du solaire)