> Consulter > Environnement & Technique n°225 - Avril 2003

Le printemps des énergies renouvelables

Le printemps des énergies renouvelables

Le débat national sur les énergies qui s'ouvre dans une ambiance très martiale, donnera-t-ilnaissance à ce « bouquet énergétique » tant attendu par nos concitoyens, dans lequel lesénergies renouvelables joueront enfin un rôle significatif ? Cela paraît une évidence à la lecturedes différents sondages, qui placent la protection de l'environnement parmi les premièrespréoccupations des Français, et les énergies renouvelables comme moyen privilégié poursatisfaire demain, nos besoins en énergie.

Ce décalage persistant entre le souhait de la population et la situation énergétique réelle (notrepays est dans le peloton de queue pour l'utilisation des énergies renouvelables, si nousexcluons la grande hydraulique) devrait normalement trouver une traduction dans le « débat»et surtout dans la loi de programmation qui lui fera suite.

Il y a un peu plus de vingt ans, un débat, expédié en une après-midi, fut organisé àl'Assemblée nationale (au cours duquel le gouvernement dut engager sa responsabilité). Pourcontrebalancer la mise en place d'un important programme nucléaire, il fut décidé de créer uneagence de la maîtrise de l'énergie dotée de quelques moyens, qui au fil des ans se sont réduitscomme peau de chagrin. Aujourd'hui le risque est grand de voir se répéter le même scénario,même si le contexte est radicalement différent.

Les maîtres d'ouvrages qui, à l'image de la population, sont de plus en plus nombreux àenvisager le recours aux énergies renouvelables, sont plus motivés par les réductions desémissions de gaz à effet de serre que par les économies financières comme cela était le casdans les années 80.

Et il n'y a pas que les mentalités qui ont évoluées, les techniques disponibles sont maintenantarrivées à maturité. Il suffit pour s'en convaincre d'examiner le cas particulier de l'énergiesolaire qui sous deux formes différentes trouve toute sa place dans les bâtiments à hautequalité environnementale.

L'énergie solaire thermique, est un moyen efficace de produire l'eau chaude sanitaire dans debonnes conditions économiques. Les techniques ont atteint un tel niveau de fiabilité que lesprofessionnels sont capables de garantir l'énergie solaire produite annuellement par uneinstallation collective. Partout en France, il est possible de réduire de moitié le poste « eauchaude sanitaire » grâce au soleil. Pour les maisons individuelles l'énergie solaire peut mêmecontribuer de façon significative au chauffage des locaux, et cela dans d'excellentes conditionsde confort.

Les perspectives de marché dans ce secteur sont très importantes. Pour stabiliser les émissionsde CO2liées à la seule production d'eau chaude sanitaire, il sera nécessaire d'installer unmillion de mètre carré de capteurs solaires par an en 2010, soit quarante fois plusqu'aujourd'hui.

Les aides publiques de l'Ademe dans le cadre du Plan Soleil auquel est associés la quasi-totalité des conseils régionaux, permettent pour l'instant d'accompagner la croissance dumarché, mais il conviendra de rechercher à terme des financements stables, moins dépendantsdes budgets de l'État. C'est à cette condition que les industriels pourront engager lesimportants investissements nécessaires pour réduire les prix.

Le photovoltaïque destiné à produire de l'électricité solaire sur le réseau connaît unengouement grandissant. Il est vrai que cette technique n'est pas soumise aux mêmelimitations que l'eau chaude, il est ainsi possible d'installer un générateur solaire sur presquetous les bâtiments, l'électricité produite étant revendue au réseau. Restent les démarchesadministratives, véritable parcours du combattant, propre à des décourager les prétendants lesplus motivés. Dans ce domaine la future loi sur les énergies devrait autoriser la collectivité àacheter l'électricité solaire à un niveau plus élevé ce qui permettrait de supprimer les aides auxinvestissements. Cette approche a fait ses preuves outre-Rhin, où le marché, sans proportionavec le nôtre, connaît une belle croissance malgré un contexte économique difficile.

La méthode qui a consisté à attendre qu'une technologie fasse ses preuves chez nos voisinseuropéens, avant d'être adoptée chez nous, n'est pas la bonne. Elle conduit inévitablement àune sous-industrialisation du secteur, comme c'est aujourd'hui le cas pour l'éolien, et réduitconsidérablement les chances de nos industriels sur les marchés internationaux.

Pour que le débat sur les énergies soit complet il devra aussi intégrer la dimension industrielledes énergies renouvelables.

André JOFFRE
PDG du BET Tecsol
Président d'Enerplan (association des professionnels du solaire)

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