> Consulter > Environnement & Technique n°232 - Décembre 2003

Les enjeux de la question climat

Les enjeux de la question climat

Une nouvelle question environnementale majeure fait irruption et bouleverse notre vision du monde, l'effet de serre. Elle n'est pas nouvelle puisque son principe a été établi dès 1892. Mais il a fallu attendre le milieu des années 80 pour que soit vérifiée avec la reconstitution des archives climatiques depuis 150 000 ans la corrélation entre température terrestre et teneur de l'atmosphère en gaz carbonique. Aussitôt, la mobilisation des communautés scientifiques, puis politiques et médiatiques a été rapide, puisque dès 1992 était conclue la Convention sur les changements climatiques dans le cadre de l'Onu. Depuis cette impulsion, en même temps que la question du climat gagne en importance, les divergences s'a pprof ondissent. La négocia tion du Protocole de Kyoto a duré 4 ans, pour être confrontée - l'accord laborieusement trouvé à Marrakech fin 2001 - à un refus américain.

Comme souvent le secteur industriel est montré du doigt. Les sources concentrées de pollution attirent plus l'attention que les sources diffuses. En pratique, le secteur industriel réagit vite. Les entreprises élaborent des bilans carbone et travaillent à l'amélioration des procédés. L'émission de gaz à effet de serre est surtout forte dans les activités industrielles amont, celles de la première transf ormation des matières premières qui font appel à des procédés thermiques. Mais ces entreprises, aux marges étroites, sont les plus soumises à la concurrence internationale. Après 4 ans d'âpres négociations, un dispositif innovant se stabilise. Entre la tentation de l'État de tout résoudre par la fiscalité et celle des entreprises d'invoquer la liberté d'entreprendre, un schéma émerge avec la directive européenne sur les permis négociables. L'État fixe des quotas d'émissions, que les entreprises peuvent mettre en oeuvre en investissant soit chez elles, soit chez les autres via un marché d'échange. Une extension de ce mécanisme est à l'étude avec les certificats d'économie d'énergie au menu de la prochaine loi sur l'énergie. L'obligation pèsera alors sur les vendeurs d'énergie, à charge pour eux de soutenir les efforts d'économies d'énergie de leurs clients, les entreprises, les collectivités et les ménages. La réponse à l'effet de serre n'est donc pas qu'affaire de techniques, c'est aussi une question qui percute les comportements et les mécanismes de décision de notre société. Force est aujourd'hui de constater que la prise en charge de cette question déterminante de l'effet de serre n'est pas homo gène. Alors que les besoins de chaleur des bâtiments représentent un tiers des émissions, on attend toujours un plan massif de réhabilitation des constructions anciennes. De même, le secteur des transports ne s'engage pas dans les mutations indispensables alors que sa contribution est déjà de près 40 % des émissions de gaz carbonique.

Le Premier Ministre a fixé le cap : diviser par 4 nos émissions à l'horizon d'ici 2050. C'est un défi qui est posé aux techniciens. De nombreux travaux internationaux montrent que ce défi est gagnable. Cela passe par une attention permanente à cette ressource rare qu'est l'énergie en cherchant à améliorer des rendements et à réaliser des économies d'énergie ainsi que par un développement massif des énergies renouvelables. La recherche doit s'atteler aux points durs que constituent le développement du véhicule électrique ou hybride, l'intégration des modules photovoltaïque dans la peau des bâtiments ou la séquestration du carbone. Les réductions des émissions des pays du nord doivent contrebalancer celles qui vont résulter du développement des pays du sud. Rien n'indique en effet que ce siècle sera pacifique si rien n'est fait pour construire un développement économe et propre.

Pierre Radanne

chargé de mission à la Mission interministérielle de l'effet de serre,
ancien président de l'Ademe

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