Les enjeux de la question climat
Une nouvelle question environnementale majeure fait irruption et
bouleverse notre vision du monde, l'effet de serre. Elle n'est pas
nouvelle puisque son principe a été établi
dès 1892. Mais il a fallu attendre le milieu des
années 80 pour que soit vérifiée avec la
reconstitution des archives climatiques depuis 150 000 ans la
corrélation entre température terrestre et teneur de
l'atmosphère en gaz carbonique. Aussitôt, la
mobilisation des communautés scientifiques, puis politiques
et médiatiques a été rapide, puisque
dès 1992 était conclue la Convention sur les
changements climatiques dans le cadre de l'Onu. Depuis cette
impulsion, en même temps que la question du climat gagne en
importance, les divergences s'a pprof ondissent. La négocia
tion du Protocole de Kyoto a duré 4 ans, pour être
confrontée - l'accord laborieusement trouvé à
Marrakech fin 2001 - à un refus américain.

Comme souvent le secteur industriel est montré du doigt. Les
sources concentrées de pollution attirent plus l'attention
que les sources diffuses. En pratique, le secteur industriel
réagit vite. Les entreprises élaborent des bilans
carbone et travaillent à l'amélioration des
procédés. L'émission de gaz à effet de
serre est surtout forte dans les activités industrielles
amont, celles de la première transf ormation des
matières premières qui font appel à des
procédés thermiques. Mais ces entreprises, aux marges
étroites, sont les plus soumises à la concurrence
internationale. Après 4 ans d'âpres
négociations, un dispositif innovant se stabilise. Entre la
tentation de l'État de tout résoudre par la
fiscalité et celle des entreprises d'invoquer la
liberté d'entreprendre, un schéma émerge avec
la directive européenne sur les permis négociables.
L'État fixe des quotas d'émissions, que les
entreprises peuvent mettre en oeuvre en investissant soit chez
elles, soit chez les autres via un marché d'échange.
Une extension de ce mécanisme est à l'étude
avec les certificats d'économie d'énergie au menu de
la prochaine loi sur l'énergie. L'obligation pèsera
alors sur les vendeurs d'énergie, à charge pour eux
de soutenir les efforts d'économies d'énergie de
leurs clients, les entreprises, les collectivités et les
ménages. La réponse à l'effet de serre n'est
donc pas qu'affaire de techniques, c'est aussi une question qui
percute les comportements et les mécanismes de
décision de notre société. Force est
aujourd'hui de constater que la prise en charge de cette question
déterminante de l'effet de serre n'est pas homo gène.
Alors que les besoins de chaleur des bâtiments
représentent un tiers des émissions, on attend
toujours un plan massif de réhabilitation des constructions
anciennes. De même, le secteur des transports ne s'engage pas
dans les mutations indispensables alors que sa contribution est
déjà de près 40 % des émissions de gaz
carbonique.

Le Premier Ministre a fixé le cap : diviser par 4 nos
émissions à l'horizon d'ici 2050. C'est un
défi qui est posé aux techniciens. De nombreux
travaux internationaux montrent que ce défi est gagnable.
Cela passe par une attention permanente à cette ressource
rare qu'est l'énergie en cherchant à améliorer
des rendements et à réaliser des économies
d'énergie ainsi que par un développement massif des
énergies renouvelables. La recherche doit s'atteler aux
points durs que constituent le développement du
véhicule électrique ou hybride, l'intégration
des modules photovoltaïque dans la peau des bâtiments ou
la séquestration du carbone. Les réductions des
émissions des pays du nord doivent contrebalancer celles qui
vont résulter du développement des pays du sud. Rien
n'indique en effet que ce siècle sera pacifique si rien
n'est fait pour construire un développement économe
et propre.
Pierre Radanne
chargé
de mission à la Mission interministérielle de l'effet
de serre,
ancien
président de l'Ademe