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Maîtrise de l’énergie dans les exploitations agricoles

La consommation d’énergie constitue souvent une lourde charge pour les exploitations agricoles, dont un grand nombre sont en situation fragile dans la conjoncture actuelle. Des initiatives nationales, mais aussi régionales tentent de créer les conditions d’une meilleure maîtrise de ce poste, avec pour objectif corollaire de réduire les impacts climatiques et environnementaux du secteur.

Dossier coordonné par le Comité de liaison énergies renouvelables (CLER)(1)


Bilan du Plan de performance énergétique pour l’année 2009

Le Plan de performance énergétique (PPE), lancé en 2009 par le ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche (Maap) dans le cadre du plan de relance de l’économie, est une traduction concrète de l’objectif du Grenelle de l’environnement visant à « accroître la maîtrise énergétique des exploitations afin d’atteindre un taux de 30 % d’exploitations agricoles à faible dépendance énergétique d’ici 2013 ».


Christine FORTIN, chargée de mission au bureau de la biomasse et de l’énergie, ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche


Ce plan pluriannuel (2009-2013) répond à un double enjeu, environnemental et économique, dans la mesure
où il a vocation :
— à améliorer l’évaluation de la consommation d’énergie du secteur agricole ;
— à diffuser massivement les diagnostics de performance énergétique des exploitations ;
— à améliorer l’efficacité énergétique au niveau de l’agroéquipement et de la production agricole ;
— à développer les énergies renouvelables sur les exploitations.

Ces actions vont permettre aux exploitants de réduire leurs charges liées au poste énergie, et ainsi d’accroître la compétitivité des exploitations. En 2009, le MAAP a consacré 37 M? au PPE. Cet engagement financier a eu un effet de levier important puisqu’il a permis de générer près de 200 M? d’investissements.
Le bilan du PPE réalisé par l’Agence de service et de paiement(2) pour 2009 montre que :
— 1 800 diagnostics énergétiques ont été financés. Ceux-ci viennent s’ajouter aux diagnostics déjà réalisés par ailleurs. Pour réaliser ces diagnostics, plus de 530 diagnostiqueurs ont été reconnus par les services du Maap en département. Une expérimentation Maap-APCA(3)- EDF a également été lancée afin d’estimer les économies d’énergie générées par la réalisation d’un diagnostic énergétique et de tenter de valoriser ces économies dans le cadre du dispositif des certificats d’économie d’énergie (cette expérimentation sera finalisée en 2010). Par ailleurs, le Maap a décidé d’apporter son soutien financier à l’Ademe pour la conception d’un outil de diagnostic énergétique reconnu par l’ensemble de la profession agricole, dénommé Dia’terre. Cet outil sera opérationnel à l’automne 2010. Enfin, une réflexion avec les partenaires du développement et de la formation agricoles a été initiée dans le but de diffuser massivement les diagnostics dans le monde agricole : les formations collectives au diagnostic seront encouragées à partir de 2010. L’articulation du diagnostic avec la formation doit permettre de réduire le coût du diagnostic restant à la charge des agriculteurs ;
— 1 790 dossiers d’investissements économes en énergie ont été engagés au niveau des exploitations agricoles, auxquels le Maap a consacré 17,8 Millions d'euros. À titre d’exemples, le PPE a ainsi permis l’acquisition, par les exploitants agricoles, de 370 pré-refroidisseurs de lait, de 150 récupérateurs de chaleur sur tank à lait, de 170 échangeurs de chaleur de type air-air, de 55 chaudières à biomasse…
— 81 projets de méthanisation agricole ont été retenus au titre d’un appel à candidatures national, pour lesquels le Maap a consacré 18,1 Millions d'euros. Le succès de cet appel à projets tient également au travail préalable de sensibilisation et d’expertise technico-économique réalisé par l’Ademe sur le terrain. Ces projets font actuellement l’objet d’une évaluation au sein du ministère ;
le dispositif du PPE a également permis l’acquisition de 11 bancs d’essai moteur, répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain (crédits Maap engagés : 1 Million d'euros). Sur cette même thématique, une classification énergétique des tracteurs neufs a été élaborée par le Cemagref (4). Un travail similaire est en cours pour les tracteurs d’occasion, à l’initiative de la FNCUMA(5).
Ainsi le Plan de performance énergétique accompagne les exploitations agricoles, mais aussi les Cuma et, à l’avenir, les entreprises de travaux agricoles, forestiers et ruraux vers un modèle de développement plus sobre en énergie.
L’inscription des secteurs agricole et forestier dans un processus de transition énergétique est essentielle pour conserver la compétitivité du secteur. Elle constitue une porte d’entrée dans le développement durable.

Notes :
1. Dossier extrait du dossier spécial « Agriculture et énergie : moins consommer, mieux produire », CLER Infos n°76, mai-juin 2010.
2. Agence dont la mission est d’accompagner les décideurs du secteur public dans la mise en oeuvre de leurs politiques.
3. Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture.
4. Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement, originellement Centre national du machinisme agricole, du génie rural, des eaux et des forêts.
5. Fédération Nationale des Coopératives d’Utilisation de Matériel Agricole en commun.



Vers 100 exploitations et coopératives agricoles exemplaires


La Région Provence-Alpes-Côte d’Azur a lancé en juillet 2008 un appel à projets en direction des exploitations et coopératives agricoles. Ce dispositif, qui s’inscrit dans la démarche Action globale innovante pour la région (Agir), a été élaboré suite à une période d’expérimentation sur 12 exploitations en collaboration avec des «têtes de réseau» agricoles de la région.

Loïc DUQUY-NICOUD, chargé de mission Agir, Conseil régional Paca


Ces têtes de réseau ont présenté un plan d’actions pour l’accompagnement de leurs adhérents tout au long de la démarche :
– réalisation d’un diagnostic global de l’exploitation sur les thématiques suivantes: maîtrise de l’énergie, énergies renouvelables, eau, déchets, agroenvironnement, approche socio-économique ;
– élaboration avec l’exploitant d’un plan d’action chiffré en coût et en économies d’énergies générées ;
– montage du dossier de demande de subvention à la Région ;
– suivi des actions réalisées (comptage des consommations, mises à jour des diagnostics…) ;
– valorisation des plans d’actions : organisation de visites des exploitations, actions de communications à
destination des adhérents.
Sept têtes de réseau ont été sélectionnées pour accompagner les agriculteurs dans leur démarche : la Chambre d’Agriculture du Var, la Chambre d’Agriculture des Bouches-du-Rhône, Bio de Provence, la Fédération Régionale des Coopératives Agricoles, la Maison Régionale de l’Élevage, GR CIVAM, CRIPT Paca.

Le diagnostic :un état zéro de l’exploitation
Les techniciens des têtes de réseau rencontrent l’exploitant pour réaliser le diagnostic de l’exploitation et rassemblent toutes les informations relatives à l’impact de l’exploitation sur l’environnement. Ces données sont ensuite traitées à l’aide d’outils tels que les logiciels Planète et Dialecte. Ce diagnostic a une valeur capitale pour présenter un état zéro de l’exploitation et identifier ses principaux postes de consommation.

45 plans d’action validés
Le plan d’action a pour objet de concrétiser les recommandations du diagnostic et d’agir en premier lieu sur les postes de consommation les plus importants en tenant compte de l’acceptabilité économique des investissements. 45 plans d’actions ont été validés par les services de la Région. Ces plans d’actions répondent à des objectifs fixés par la région en matière de réduction des consommations d’énergies directes et indirectes (-20 %) et de production d’énergie renouvelable (+ 20 %).

Des investissements retenus variés :
— maîtrise de l’énergie : économiseurs de carburant, éco-construction (isolation, puits provençaux, etc.) ;
— énergies renouvelables : panneaux photovoltaïques, solaires thermiques, chaufferie-bois ;
— économies d’eau et traitement des effluents : systèmes d’irrigation économes, phytorémédiation, récupération des eaux de pluie… ;
— réduction des intrants : désherbage mécanique, semoir semis direct… ;
— déchets : paillage biodégradables, équipement de compostage, broyeur pour utilisation de bois raméal fragmenté…
Les investissements sont soutenus par la région à hauteur de 40 % maximum suivant le niveau de performance atteint avec un plafond de dépenses de 50 000 euros HT. Les investissements concernant les énergies renouvelables sont soutenus hors-assiette éligible.

Une collaboration nécessaire entre les acteurs
Cet appel à projets a nécessité une appropriation de la part de tous : agriculteurs, têtes de réseau, services de la région. Rôle de chacun des acteurs, méthode de travail, assimilation des nouveaux outils : autant de facteurs qu’il a fallu ajuster tout au long de la démarche. Des réunions inter-réseaux ont régulièrement lieu pour suivre l’évolution du dispositif et apporter les adaptations nécessaires. Elles ont mis en évidence le besoin d’organiser des journées thématiques spécifiques : matériel de froid, consommation de carburant des tracteurs, etc. Ainsi, les têtes de réseau ont pu partager entre elles des retours d’expériences techniques permettant de renforcer la qualité de leur travail sur les projets présentés. En effet, le travail collectif est une des priorités de la démarche Agir.

En savoir plus :  lduquy@regionpaca.fr


Énergie et effet de serre en agriculture : expérimentation d’une démarche d’analyse à l’échelle des territoires

Le projet de loi Grenelle II prévoit de rendre obligatoire la réalisation de PCET (Plans climat énergie territoriaux) pour les régions, départements et collectivités de plus de 50 000 habitants, d’ici décembre 2012. Or, les premiers diagnostics réalisés dans les zones rurales montrent que la part des émissions de GES (gaz à effet de serre) du secteur agricole peut représenter 40 à 50% des émissions totales. La mise en oeuvre de PCET dans ces zones suppose donc une analyse fine des impacts du secteur agricole.
Jérôme MOUSSET, chef du service Agriculture et forêts, direction productions et énergies durables, Ademe


L’objectif du projet(6) est de mettre au point un outil et une démarche d’aide à la construction d’un plan d’action local de l’agriculture sur les enjeux énergétiques et climatiques au regard du potentiel de production agricole. Cette démarche s’inscrit en complémentarité avec le volet Agriculture du Bilan carbone territoire et l’outil Dia’terre de diagnostics énergie – effets de serre des exploitations agricoles, actuellement en cours de développement.

De la production végétale à la transformation

La construction de la démarche nécessite dans un premier temps la mise au point d’un outil d’analyse de l’agriculture à l’échelle d’un territoire. L’Ademe a engagé la mise au point d’un outil à partir d’un travail méthodologique réalisé avec A. Riedacker (Inra) en 2007. L’analyse distingue deux étapes : une étape de production végétale (production de phytomasse par la photosynthèse) et une deuxième étape de conversion de la biomasse en autre produit ou énergie (élevage, transformation alimentaire). La conception d’un prototype a été confiée à Solagro et Bio IS. L’ensemble du projet est suivi au sein d’un comité de pilotage associant des représentants des ministères, des organisations agricoles (APCA, Inra, Cuma, Instituts techniques…) et des organismes en charge de la forêt.

Trois indicateurs à l’échelle d’un territoire
Les principaux objectifs opérationnels de l’outil sont, à l’échelle d’un territoire, de mettre en relation trois type d’indicateurs :
— les consommations d’énergie de l’agriculture (efficacité pour les énergies fossiles) ;
– les émissions de GES : CO2, CH4, N2O (efficacité contre l’effet de serre) ;
— la production de matière première agricole (efficacité territoriale).
Les calculs sont réalisés à partir de données d’entrée globales telles que les surfaces de production sur le territoire, les cheptels animaux et divers paramètres de production. Les intrants, et notamment les consommations d’énergie fossiles, sont estimés à partir de coefficients moyens (données statistiques, études), ajustables aux spécificités du territoire par l’utilisateur. Les émissions de GES sont calculées à partir de la méthode IPCC(7).

Parmi les principales sorties de l’outil :
— la consommation d’énergie directe par poste (cultures, serres, séchage, irrigation, élevage…) ;
– la consommation d’énergie indirecte par poste (engrais, produits phytosanitaires, aliments pour animaux, matériels…) ;
— le bilan azote du territoire de type Corpen permettant de calculer un solde azote ;
— les émissions de GES par type d’élevage (bovin lait, bovin viande, ovins, porcins…) et par culture ;
— les variations de stockage de carbone dans les sols lors de changement d’utilisation des terres.

Des scénarios pour mettre en œuvre des actions
A partir du diagnostic de la situation initiale, les utilisateurs peuvent construire et tester des scénarii pour évaluer et hiérarchiser les actions à mettre en œuvre. Chaque scénario ou action est comparé à la situation initiale sur les trois types d’indicateurs (consommation d’énergie, émissions de GES et production agricole). Parmi les actions à simuler, on peut noter trois types d’évolutions :
— modifications techniques sur l’énergie directe (isolation des bâtiments, économie de fioul sur les engins, énergies renouvelables…) ;
— modifications de pratiques agricoles (amélioration de la gestion de la fertilisation azotée, simplification du
travail du sol, méthanisation…) ;
— modifications de systèmes de production (développement de prairies, développement des légumineuses, plantation de haies…).

Une expérimentation à diverses échelles
L’Ademe et le comité de pilotage ont souhaité réaliser une série de tests dans différentes situations réelles
(cf. ci-contre). L’outil est actuellement testé sur neuf sites permettant de différencier les types d’agriculture (élevage, culture, vigne…), l’échelle d’analyse (région, département, pays, canton, parc naturel régional). Chaque expérimentation est conduite par les acteurs locaux avec la direction régionale de l’Ademe et coordonnée par les bureaux d’étude ISL et Oréade Brèche. Les objectifs sont d’améliorer l’outil, identifier les difficultés d’utilisation, vérifier la pertinence des résultats comme outil d’aide à la réflexion et à la construction d’un plan d’action.

Des premiers résultats riches d’enseignements

Les premiers résultats de l’expérimentation donnent de nombreux enseignements. Ils montrent par exemple la pertinence de la démarche pour accompagner un groupe de réflexion sur un territoire et identifier les enjeux. En chiffrant les actions testées, les simulations permettent quelquefois de revoir la priorité des actions à conduire.
L’expérimentation montre également des difficultés, notamment pour l’accès aux données nécessaires. Ce niveau de difficulté est croissant pour les plus petits territoires. Un inventaire des sources de données utilisables sera réalisé. On note également une difficulté sur l’analyse des espaces forestiers. L’expérimentation met également en évidence la nécessité d’attacher une grande importance à la pédagogie pour la compréhension
des résultats. Les interactions entre l’agriculture et les impacts sur l’effet de serre sont multiples et complexes. Ce type d’outil doit aussi être le moyen de mieux comprendre ces interactions et la spécificité du secteur agricole. Les résultats de l’expérimentation seront diffusés à l’automne 2010. Un plan de diffusion de la méthode est actuellement en cours de réflexion en intégrant ces résultats.

Notes :
6. À l’origine dénommé Climaterre, son nom est en cours de modification.
7. Intergouvernemental Panel on Climate Change. Source : Arthur Riedacker (Inra)

En savoir plus : jerome.mousset@ademe.fr


Environnement & Technique n°298 - Juillet - Aout 2010 > Sommaire
  1. Soit dit en passant / D’une catastrophe à l’autre
  2. Pour une évaluation des performances des procédés de production d’eau potable
  3. Ressource en eau : des atteintes de plus en plus complexes
  4. Désenvasement et traitement par essorage des sédiments du port de Honfleur
  5. Sedif : le contrat avec Veolia Eau officialisé
  6. Loi Grenelle 2 et déchets, tout passe, sauf
  7. Traitement des déchets : les sénateurs prônent le pragmatisme
  8. L’Europe se passera (pour l’instant) d’une directive
  9. Zeta granule des déchets verts en combustible
  10. Tribune - Qualité de l’air interieur : Des valeurs guides aux systemes de traitement
  11. Le drôle de scénario auquel l’Ademe et le CNRS ont contribué
  12. Les jus de compost a l’honneur en Rhône-Alpes
  13. Economies d’eau en collectivité : des potentialités largement inexploitées
  14. Collectivités : objectif zero phyto
  15. Dessalement d’eau de mer par atomisation combiné avec la production d’EnR
  16. Charbon actif dans les stations de traitement d’eau - Réactivation ou remplacement
  17. Les innovations qui boostent les performances des bâtiments
  18. Batiment : Le contrat de performance énergétique
  19. Maîtrise de l’énergie dans les exploitations agricoles
  20. L’analyse du risque foudre
  21. Loi Grenelle 2 : les principales dispositions (part I)
  22. Marché du carbone : Evolution et extension du système européen de quotas
  23. Reporting intégré : une évolution dans les remontées d’informations des entreprises
  24. Bibliothèque 298 - Juillet-Aout 2010
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