> Consulter > Environnement & Technique n°193 - Janvier-février 2000

Marée noire et tempête : deux catastrophes, deux raisons d’appliquer des idées neuves

Marée noire et tempête : deux catastrophes, deux raisons d'appliquer des idées neuves

L'Erika transportait du fuel lourd. Ce combustible est un déchet. Après raffinage du pétrole brut, il reste 10 à 15 % du tonnage sous forme de produits très lourds et visqueux, dont la combustion est difficile puisque les chauffagistes doivent le réchauffer à plus de 100 degrés pour pouvoir le brûler. Ce déchet est très polluant puisqu'il contient de 3 à 4 % de soufre.

Que faisons-nous du fioul lourd issu de nos raffineries (environ 10 millions de tonnes) ? Nous en consommons (de moins en moins) dans l'industrie et le chauffage urbain, et nous en exportons de plus en plus (déjà plus de la moitié) dans des pays comme l'Italie, ou en Asie ou en Afrique peu exigeantes en matière d'environnement. Bref, nous nous débarrassons chez les autres du rebut de notre mode de vie. Et cela ne peut qu'augmenter.

En effet, les quantités de fioul lourd iront croissant. Le développement massif du trafic routier augmente la demande d'essence et de gazole, donc la quantité de résidus du raffinage. Parallèlement, le surdimensionnement de la production d'électricité nucléaire et des contrats gaziers entraîne la disparition progressive du fioul lourd comme combustible. Par ailleurs, nous voulons, avec raison, un air de moins en moins pollué, et les réglementations européennes imposent des fumées de moins en moins soufrées. À défaut d'une réflexion urgente et de propositions alternatives, cela conduira inéluctablement au quasi-abandon de l'usage du fioul lourd en France. Allons-nous continuer à l'expédier purement et simplement chez les autres et dans des conditions inacceptables?

Une des règles de base d'un développement durable et solidaire devrait être pour le fioul lourd, comme pour les déchets ménagers, l'application du principe de proximité : « ce que je produis, je m'en occupe chez moi, je n'envoie pas mes poubelles ailleurs ».

Une solution existe : brûler le fioul lourd chez nous en le dépolluant (ce qui écartera les risques de marée noire, au moins celles provoquées par ce type de produit). Des chaufferies industrielles et urbaines peuvent assurer cette combustion, mais elles doivent être équipées de traitement de fumées. Pour le chauffage urbain, le coût des équipements de désulfuration n'a pas à être répercuté dans les charges de chauffage de l'habitat social des quartiers défavorisés: les carburants pour les voitures et les camions doivent donc assumer le coût de leurs déchets, par une extension de la taxe générale sur les activités polluantes, dont le produit devra financer le traitement des fumées du fioul lourd.

Ces chaufferies urbaines peuvent utiliser aussi d'autres combustibles comme le bois, disponible en grandes quantités, même lorsque les tempêtes n'abattent pas des millions d'arbres. Plusieurs villes (Grenoble, Autun, Dole, Sedan) ont récemment adopté cette énergie renouvelable pour leurs chaufferies urbaines. Enfin, les chaufferies de forte puissance peuvent produire, par cogénération, de l'électricité et de la chaleur avec un excellent rendement énergétique. Une décentralisation de la production d'électricité est de nature à réduire la fragilité de notre réseau de distribution électrique, beaucoup trop centralisé et, comme on vient de le voir, particulièrement vulnérable aux tempêtes.

En assurant la promotion de centrales électriques décentralisée et de réseaux de chaleur utilisant du fioul lourd désulfuré et des sous-produits forestiers ou de l'industrie du bois, on contribue à résoudre deux questions environnementales : l'élimination de nos déchets pétroliers dans des conditions environnementales convenables et une exploitation/entretien plus réguliers de nos forêts limitant ainsi les dégâts provoqués par les accidents climatiques.

Liliane Battais et Serge Defaye, Débat

Alain Cabanes, Délégué général d'Amorce

MarcLassus, Consultant

Jean-Pierre Viaud, conseiller municipal de Caen, conseiller régional Basse-Normandie

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