Marée noire et tempête : deux catastrophes, deux raisons d’appliquer des idées neuves
L'Erika transportait du fuel lourd. Ce combustible est un
déchet. Après raffinage du pétrole brut, il
reste 10 à 15 % du tonnage sous forme de produits
très lourds et visqueux, dont la combustion est difficile
puisque les chauffagistes doivent le réchauffer à
plus de 100 degrés pour pouvoir le brûler. Ce
déchet est très polluant puisqu'il contient de 3
à 4 % de soufre.
Que faisons-nous du fioul lourd issu de nos raffineries (environ
10 millions de tonnes) ? Nous en consommons (de moins en moins)
dans l'industrie et le chauffage urbain, et nous en exportons de
plus en plus (déjà plus de la moitié) dans des
pays comme l'Italie, ou en Asie ou en Afrique peu exigeantes en
matière d'environnement. Bref, nous nous débarrassons
chez les autres du rebut de notre mode de vie. Et cela ne peut
qu'augmenter.
En effet, les quantités de fioul lourd iront croissant.
Le développement massif du trafic routier augmente la
demande d'essence et de gazole, donc la quantité de
résidus du raffinage. Parallèlement, le
surdimensionnement de la production d'électricité
nucléaire et des contrats gaziers entraîne la
disparition progressive du fioul lourd comme combustible. Par
ailleurs, nous voulons, avec raison, un air de moins en moins
pollué, et les réglementations européennes
imposent des fumées de moins en moins soufrées.
À défaut d'une réflexion urgente et de
propositions alternatives, cela conduira inéluctablement au
quasi-abandon de l'usage du fioul lourd en France. Allons-nous
continuer à l'expédier purement et simplement chez
les autres et dans des conditions inacceptables
?
Une des règles de base d'un développement durable
et solidaire devrait être pour le fioul lourd, comme pour les
déchets ménagers, l'application du principe de
proximité : « ce que je produis, je m'en occupe chez
moi, je n'envoie pas mes poubelles ailleurs ».
Une solution existe : brûler le fioul lourd chez nous en
le dépolluant (ce qui écartera les risques de
marée noire, au moins celles provoquées par ce type
de produit). Des chaufferies industrielles et urbaines peuvent
assurer cette combustion, mais elles doivent être
équipées de traitement de fumées. Pour le
chauffage urbain, le coût des équipements de
désulfuration n'a pas à être
répercuté dans les charges de chauffage de l'habitat
social des quartiers défavorisés
: les carburants pour
les voitures et les camions doivent donc assumer le coût de
leurs déchets, par une extension de la taxe
générale sur les activités polluantes, dont le
produit devra financer le traitement des fumées du fioul
lourd.
Ces chaufferies urbaines peuvent utiliser aussi d'autres
combustibles comme le bois, disponible en grandes quantités,
même lorsque les tempêtes n'abattent pas des millions
d'arbres. Plusieurs villes (Grenoble, Autun, Dole, Sedan) ont
récemment adopté cette énergie renouvelable
pour leurs chaufferies urbaines. Enfin, les chaufferies de forte
puissance peuvent produire, par cogénération, de
l'électricité et de la chaleur avec un excellent
rendement énergétique. Une décentralisation de
la production d'électricité est de nature à
réduire la fragilité de notre réseau de
distribution électrique, beaucoup trop centralisé et,
comme on vient de le voir, particulièrement
vulnérable aux tempêtes.
En assurant la promotion de centrales électriques
décentralisée et de réseaux de chaleur
utilisant du fioul lourd désulfuré et des
sous-produits forestiers ou de l'industrie du bois, on contribue
à résoudre deux questions environnementales :
l'élimination de nos déchets pétroliers dans
des conditions environnementales convenables et une
exploitation/entretien plus réguliers de nos forêts
limitant ainsi les dégâts provoqués par les
accidents climatiques.
Liliane Battais et Serge Defaye, Débat
Alain Cabanes, Délégué
général d'Amorce
Marc
Lassus, Consultant
Jean-Pierre Viaud, conseiller municipal de Caen,
conseiller régional Basse-Normandie