> Consulter > Environnement & Technique n°236 - Mai 2004

Participation du public : procédure administrative ou démarche de progrès ?

Participation du public : procédure

administrative ou démarche de progrès ?


Les maîtres d’ouvrage et décideurs publics et privés ont l’obligation de faire participer le public à l’élaboration de leurs politiques, programmes et projets en matière d’environnement.
De nombreux textes y font référence, comme la Convention d’Aarhus qui parle de « donner la possibilité au public d’exprimer ses préoccupations, aider les autorités à tenir dûment compte de celles-ci, permettre de prendre de meilleures décisions et de les appliquer plus efficacement ». Elle précise le moment du débat : « lorsque toutes les options et solutions sont encore possibles et que le public peut exercer une réelle influence »
La loi « relative à la démocratie de proximité » de février 2002 charge la Commission nationale du débat public (CNDP), autorité administrative indépendante, de « veiller au respect de la participation du public à l’élaboration des projets d’aménagement du territoire d’intérêt national ». Pour ce faire, la CNDP organise des débats publics sur l’opportunité, les objectifs et caractéristiques de ces projets.
Enfin le projet de Charte de l’Environnement souligne que « toute personne a le droit de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement ».
Ces textes devraient inciter les décideurs à prendre de meilleures décisions en adéquation avec les avis et propositions ainsi exprimés. Pour autant, ils sont encore nombreux à ne pas voir dans ces procédures, l’occasion de mettre en place une démarche de progrès afin d’améliorer leur projet.
En effet, les maîtres d’ouvrage et décideurs peuvent toujours considérer ce temps du débat comme une obligation, d’un point de vue réglementaire. Ils recherchent dans cette procédure une sécurité juridique afin d’éviter d’éventuels recours, sources de multiples retards.
Tout le monde s’accorde à dire qu’avant le temps du débat, une phase d’information est essentielle à la bonne compréhension des enjeux et problématiques en question.
Mais cette information doit-elle prendre la forme d’une communication promotionnelle cherchant à « faire passer le projet » ou au contraire être présentée de manière objective, argumentée et compréhensible par tous ? Dans les débats publics CNDP, les commissions qui les animent veillent scrupuleusement à ce que tous les documents, études et informations nécessaires soient diffusés : c’est le principe de transparence.
Qui peut mieux garantir ce principe qu’un organisme indépendant du maître d’ouvrage et du projet ? La tentation est forte de mettre en doute l’application de ce principe si le porteur du projet en est le seul garant.
D’autre part, celui-ci aura-t-il mis en place tous les moyens de diffusion nécessaires afin de toucher tous les publics concernés et donc risquer de réveiller des velléités d’opposition ?
De même au cours des réunions publiques, l’attitude du porteur de projet pourra être défensive en cas de critiques avérées. Il est évidemment difficile pour lui de voir son projet ainsi mis à nu et critiqué ; de même que de prendre en considération des solutions alternatives issues de cette « expertise d’usage » qui se développe avec la mobilisation de compétences citoyennes, notamment dans les associations.
Dans le cas d’une véritable démarche de progrès, il doit au contraire avoir une attitude d’écoute et un comportement d’ouverture face aux arguments de chacun. La force des arguments développés fait progresser ainsi la compréhension réciproque des différents avis et propositions, et peut aboutir à une solution plus acceptable par tous. C’est le respect de ce principe d’argumentation qui est demandé aux participants des débats publics organisés par la CNDP. De même pour le principe d’équivalence qui garantit à chacun de pouvoir s’exprimer, quelle que soit sa représentativité et par tous les moyens disponibles.
Ces autres participants aux débats doivent également évoluer d’une position d’opposition systématique vers un échange constructif. Cela ne pourra se faire que s’ils ont l’impression d’être reconnus dans leurs expressions au cours du débat et si leurs avis sont pris en considération dans la décision finale.
Ces changements d’attitudes et de comportements progressent au rythme des débats mais cela prend du temps. La CNDP, en tant qu’autorité indépendante, œuvre de façon pédagogique dans ce sens en faisant respecter les trois principes fondamentaux d’un débat constructif que sont la transparence, l’équivalence et l’argumentation.

Par Philippe MARZOLF
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