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Quelques bouleversements dans le métier de la dépollution des sols
Environnement & Technique N° 266 - Mai 2006
Le marché français de la dépollution des sols aborde une nouvelle ère de croissance, mais avec de profondes mutations. L’activité a démarré dans les années 90, pour véritablement décoller au début des années 2000, parallèlement au développement de l’activité immobilière.
Hubert Bonin,
Gérant de HUB EnvironnementRécemment ont été créés de nombreux biocentres et plateformes de désorption thermique ; près de 1 Mt de terres seraient ainsi traitées en France pour un chiffre d’affaires voisin de 500 M€. Le marché et les clients ont également évolué, avec moins de dépollution chez les industriels en activité, mais plus avec les collectivités, SEM, promoteurs et constructeurs. Toutefois, la dépollution ne se fait réellement que lorsque le site est une ancienne installation classée (ICPE) : or les pollutions, notamment en milieu urbain, ne sont pas toutes situées sur d’anciennes ICPE ; dans ce cas, aucun cadre règlementaire ne s’applique. Il y aurait pourtant nécessité à faire des analyses de sols lors de la demande du permis de construire, surtout lorsque des excavations de sols sont prévues (c’est le cas dans d’autres pays européens, comme la Belgique) ; de telles mesures fiabiliseraient la reconversion des sols urbains et éviteraient de nombreuses affaires, comme celles du Stade de France, de Kodak, ou plus récemment, d’Amiens, où une dizaine de maisons neuves ont du être rasées. Il devenait urgent que le métier s’ouvre à de nouveaux acteurs et à de nouvelles technologies pour se « libérer du monde du déchet », détenu et (trop) contrôlé par les deux grands groupes français Veolia et Sita, qui pratiquent un lobbying quelque peu dérangeant pour diriger les terres polluées vers leurs décharges. En effet, une terre polluée n’est pas tout à fait un déchet comme les autres et les entreprises du BTP sont souvent mieux placées, voire plus compétentes, pour dépolluer des sites, généralement en association avec de grands bureaux d’études spécialisés : ce n’est pas un hasard si Solétanche a gagné la dernière tranche du projet de dépollution des usines Renault à Boulogne Billancourt, et d’autres, comme Spie Fondations, (groupe Spie Batignolles), disposent également de solides compétences. Les maîtres d’ouvrage ont vraiment à gagner à l’arrivée de ces grands du BTP, les coûts des travaux n’étant plus liés à ceux de la mise en décharge des terres polluées, comme on l’a trop souvent vu dans le passé ; et surtout la construction n’étant plus tributaire de la fin des travaux de dépollution réalisée par une entreprise spécialisée, d’où réduction des délais de chantier.Le développement de l’activité dépollution des sols va donc continuer : la marge de développement par rapport à nos voisins européens est encore énorme, mais les techniques vont inévitablement progresser, vers davantage de traitement sur site, de plus en plus souvent anticipé par les aménageurs et les maîtres d’ouvrage. Les pouvoirs publics ont compris cette mutation et ont remis les outils méthodologiques à l’ordre du jour(1). Tous les candidats à l’élection présidentielle et de nombreux élus régionaux et locaux prônent désormais la « densification urbaine », la reconstruction de la ville sur la ville, de façon à accroître notamment l’offre en logements et limiter les surcoûts en termes d’extension des réseaux de transport, ou de viabilisation du foncier.Cette évolution s’accompagnera d’un besoin accru de conseil des collectivités, notamment en consultants indépendants, véritables ingénieurs du sol, en collaboration étroite avec l’architecte des projets immobiliers. Un architecte pour le dessus, et un pour le dessous, en quelque sorte !Note : 1. Cf E&T n°264 p.14 et 258 pp.43 ou www.pro-environnement.com
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