Responsabilité des entreprises et environnement
B eaucoup de progrès ont été accomplis au
cours des 30 dernières années pour restaurer la
qualité de l'environnement, mais ce n'est pas assez pour
répondre aux problèmes auxquels nous sommes
confrontés. Nous devons faire plus, nous devons faire mieux.
Le quadruplement de la population mondiale, et la multiplication
par 18 de la production industrielle au cours du 20ème
siècle, ont mis en danger les écosystèmes dont
la vie sur la planète dépend. L'avenir de
l'environnement mondial, récemment publié par le
Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), montre
l'ampleur et la complexité des problèmes à
résoudre à l'heure de la mondialisation : changement
de climat, pénurie et contamination des ressources en eau,
dégradation des sols, désertification, perte de
biodiversité biologique, pollution
généralisée par des produits chimiques
toxiques et bioaccumulatifs. L'industrie est au coeur des
transformations que nous connaissons. Aujourd'hui le chiffre
d'affaires des 10 premières entreprises mondiales est
supérieur à la somme des produits nationaux bruts des
100 pays les plus petits. La privatisation de nombreux services
publics tels que adduction et traitement de l'eau, collecte et
traitement des déchets, production et distribution
d'électricité, contribue au rôle accru du
secteur privé. C'est aussi l'industrie qui est à
l'origine des innovations technologiques spectaculaires que nous
connaissons, en particulier dans les domaines de l'énergie,
des biotechnologies, des technologies de l'information ; mais les
impacts sur l'environnement, à moyen ou long terme, de ces
innovations majeures n'ont pas, ou ont été mal
évalués.

Les décisions des chefs d'entreprises ont une influence
déterminante non seulement sur les perspectives
économiques des peuples et pays de notre planète,
mais aussi sur le devenir des écosystèmes qui
sous-tendent les activités humaines.

Dans ce contexte, de plus en plus de questions sont posées
sur le rôle et les responsibilités du secteur
privé dans nos sociétés contemporaines. Ce
sont ces problèmes dont ont débattu en juin dernier
plus de 100 ministres de l'environnement du monde entier,
réunis par le PNUE à Malmö, à
l'invitation du gouvernement suédois, pour le premier forum
ministériel mondial de l'environnement. Dans leur
déclaration finale, les ministres de l'Environnement
reconnaissent le rôle fondamental des gouvernements pour
créer un cadre législatif et institutionnel, pour que
les responsables industriels, quel que soit leur secteur -
finances, services, production de biens manufacturés -
intègrent dans leurs prises de décisions la dimension
environnement. Au niveau international, l'idée d'une
convention mondiale sur la responsabilité environnementale
et la compensation des dommages commence à voir le jour. Des
réformes de la fiscalité, la mise en oeuvre
d'incitations économiques sont aussi
nécessaires.

Mais les industriels eux-mêmes doivent s'engager plus
vigoureusement et développer une nouvelle culture de
responsabilité et de transparence. Ils doivent inclure dans
leurs choix financiers et technologiques la mise en oeuvre du
principe de précaution. Ils doivent orienter leurs
recherches et innovations pour développer des technologies
plus propres, plus sûres, plus économes, contribuant
à une amélioration de la productivité, de
l'utilisation des ressources naturelles par un facteur de 10. Ils
doivent mesurer leurs progrès et publier des rapports
d'environnement quantifiés, utilisant le format et les
indicateurs actuellement recommandés au niveau international
par la « Global Reporting Initiative » (GRI), promue
par le PNUE. Ils doivent s'engager dans des accords volontaires
avec leurs gouvernements, ou en partenariat avec les Nations Unies
: le PNUE, par exemple, a lancé différentes
initiatives volontaires avec les banques, les assureurs, les
voyagistes, le secteur automobile et le secteur des
télécommunications, répondant ainsi à
l'appel du Secrétaire général des Nations
Unies, qui a demandé aux capitaines de l'industrie d'adopter
et de mettre en oeuvre un ensemble de principes universels
concernant les droits de l'homme, les droits du travail, et la
protection de l'environnement. Comme l'a rappelé
récemment Klaus Töpfer, directeur
éxécutif du PNUE, il s'agit "de promouvoir une
mondialisation à visage humain".

Par J. Aloisi de Larderel
Pour un supplément d'information:
et 