> Consulter > Environnement & Technique n° 199 - Septembre 2000

Responsabilité des entreprises et environnement

Responsabilité des entreprises et environnement

B eaucoup de progrès ont été accomplis au cours des 30 dernières années pour restaurer la qualité de l'environnement, mais ce n'est pas assez pour répondre aux problèmes auxquels nous sommes confrontés. Nous devons faire plus, nous devons faire mieux. Le quadruplement de la population mondiale, et la multiplication par 18 de la production industrielle au cours du 20ème siècle, ont mis en danger les écosystèmes dont la vie sur la planète dépend. L'avenir de l'environnement mondial, récemment publié par le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), montre l'ampleur et la complexité des problèmes à résoudre à l'heure de la mondialisation : changement de climat, pénurie et contamination des ressources en eau, dégradation des sols, désertification, perte de biodiversité biologique, pollution généralisée par des produits chimiques toxiques et bioaccumulatifs. L'industrie est au coeur des transformations que nous connaissons. Aujourd'hui le chiffre d'affaires des 10 premières entreprises mondiales est supérieur à la somme des produits nationaux bruts des 100 pays les plus petits. La privatisation de nombreux services publics tels que adduction et traitement de l'eau, collecte et traitement des déchets, production et distribution d'électricité, contribue au rôle accru du secteur privé. C'est aussi l'industrie qui est à l'origine des innovations technologiques spectaculaires que nous connaissons, en particulier dans les domaines de l'énergie, des biotechnologies, des technologies de l'information ; mais les impacts sur l'environnement, à moyen ou long terme, de ces innovations majeures n'ont pas, ou ont été mal évalués.

Les décisions des chefs d'entreprises ont une influence déterminante non seulement sur les perspectives économiques des peuples et pays de notre planète, mais aussi sur le devenir des écosystèmes qui sous-tendent les activités humaines.

Dans ce contexte, de plus en plus de questions sont posées sur le rôle et les responsibilités du secteur privé dans nos sociétés contemporaines. Ce sont ces problèmes dont ont débattu en juin dernier plus de 100 ministres de l'environnement du monde entier, réunis par le PNUE à Malmö, à l'invitation du gouvernement suédois, pour le premier forum ministériel mondial de l'environnement. Dans leur déclaration finale, les ministres de l'Environnement reconnaissent le rôle fondamental des gouvernements pour créer un cadre législatif et institutionnel, pour que les responsables industriels, quel que soit leur secteur - finances, services, production de biens manufacturés - intègrent dans leurs prises de décisions la dimension environnement. Au niveau international, l'idée d'une convention mondiale sur la responsabilité environnementale et la compensation des dommages commence à voir le jour. Des réformes de la fiscalité, la mise en oeuvre d'incitations économiques sont aussi nécessaires.

Mais les industriels eux-mêmes doivent s'engager plus vigoureusement et développer une nouvelle culture de responsabilité et de transparence. Ils doivent inclure dans leurs choix financiers et technologiques la mise en oeuvre du principe de précaution. Ils doivent orienter leurs recherches et innovations pour développer des technologies plus propres, plus sûres, plus économes, contribuant à une amélioration de la productivité, de l'utilisation des ressources naturelles par un facteur de 10. Ils doivent mesurer leurs progrès et publier des rapports d'environnement quantifiés, utilisant le format et les indicateurs actuellement recommandés au niveau international par la « Global Reporting Initiative » (GRI), promue par le PNUE. Ils doivent s'engager dans des accords volontaires avec leurs gouvernements, ou en partenariat avec les Nations Unies : le PNUE, par exemple, a lancé différentes initiatives volontaires avec les banques, les assureurs, les voyagistes, le secteur automobile et le secteur des télécommunications, répondant ainsi à l'appel du Secrétaire général des Nations Unies, qui a demandé aux capitaines de l'industrie d'adopter et de mettre en oeuvre un ensemble de principes universels concernant les droits de l'homme, les droits du travail, et la protection de l'environnement. Comme l'a rappelé récemment Klaus Töpfer, directeur éxécutif du PNUE, il s'agit "de promouvoir une mondialisation à visage humain".

Par J. Aloisi de Larderel

Pour un supplément d'information: IMAGE imgs/r1_n199_a101.gif et IMAGE imgs/r1_n199_a102.gif

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