> Consulter > Environnement & Technique n°235 - Avril 2004

Responsabilité mondiale : se fixer de vrais objectifs

Responsabilité mondiale : se fixer de vrais objectifs

Le développement durable n’a pas pour seul cadre ce que l’on fait à l’échelle de sa ville - les agendas 21 - ou de son pays. Notre responsabilité se décline aussi, de plus en plus, avec ce que nous faisons pour le monde. Notre citoyenneté est désormais multiple. La lutte contre l’effet de serre est aussi locale et nos maires ne peuvent plus renvoyer à l’ONU le soin de traiter des climats.
Les préfets que le Conseil national du développement durable aide actuellement à préparer à leur rôle en la matière ont compris que le contrôle de légalité ne se limiterait plus à la bonne application des lois mais concernerait aussi les directives européennes et les engagements internationaux auxquels la France a souscrit. Cela nous conduit à être bons élèves et plus attentifs à la manière dont se bâtit la gouvernance mondiale. Elle est, il faut le dire, bien critiquable.
Le bilan du Sommet de Johannesburg est peu reluisant ; on n’a pas profité de la venue de 180 chefs d’État ou de Gouvernement pour leur faire dire ce qu’ils allaient faire dans leur pays. Et l’enregistrer par greffier sur le procès verbal. On s’est contenté de dégager un consensus mou sur des objectifs mondiaux pour 2015 ; par exemple, réduire de moitié le nombre d’habitants qui n’ont aucun accès à l’assainissement de l’eau ou encore ceux qui ont moins d’un dollar pour vivre par jour. Qui va les tenir ? l’Autre.
Autre ombre : Johannesburg après Monterrey, a été plus que chiche en solidarité : le 0,7 % du PNB de chaque pays riche à l’APD ne sera pas respecté et la création d’une redevance mondiale pour le développement, la santé ou la faim n’a pas été discutée. Quant aux opérations de partenariat dites « Initiatives de type 2 » le bilan de leur mise en œuvre est  affligeant ; elles étaient pourtant le « must » de ce Sommet.
Un apport de Johannesburg qu’on a peu entendu est que le Développement durable doit se mettre en œuvre et s’évaluer à l’échelle d’ensembles de pays comme l’Europe, l’Amérique Latine, l’Afrique sub-saharienne ou la Méditerranée. Prenons le cas de cette « éco-région » des 20 États riverains de cette mer, de tailles et de revenus très divers (un grand écart entre la France et l’Albanie ou l’Egypte) de 30 à 1 de PNB par tête. Il faut tenir compte des possibilités de chacun et de leur diversité culturelle aussi ; heureusement on vient d’ajouter le culturel aux trois piliers du développement durable : le social, l’écologie l’économique. Mais qui s’y réfère vraiment ?
Les 20 États, habitués depuis plus de 25 ans à travailler ensemble dans le cadre du plan d’action pour la Méditerranée (PAM) et du Plan Bleu ont à bâtir une stratégie globale, mais, là encore, ne faut-il pas leur faire afficher des objectifs nationaux clairs avec les moyens qu’ils veulent y mettre ? Il faudra alors renforcer la solidarité et ne pas se contenter d’ici 2010 de la zone de libre-échange acceptée comme un pari pour les produits industriels et les échanges commerciaux, agriculture non comprise. Il faut enfin mieux faire connaître les bonnes pratiques qui tracent les voies. Et constater que 6 % seulement des entreprises certifiées ISO 14001 viennent des pays du Sud. Qui les encourage vraiment ?
La gouvernance mondiale appelle une nouvelle manière de travailler en international. Les quelque 50 pays francophones de la planète qui ouvriront en 2004 leur Sommet du développement durable à Ouagadougou devront s’en inspirer.

Par Serge Antoine
Fondateur et Président d’honneur du Comité 21
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