> Consulter > Environnement & Technique n°298 - Juillet - Aout 2010
Soit dit en passant / D’une catastrophe à l’autre
Bruno MORTGAT,
Rédacteur en chef
Pendant que la marée noire n’en finit plus de s’étendre dans le Golfe du Mexique, des entreprises françaises se mobilisent avec l’aide d’Ubifrance pour constituer une filière capable d’apporter un mille-feuilles de solutions, produits et services aux acteurs en charge de la gestion de cette crise, à savoir BP, Transocean et les autorités locales et fédérales américaines. Il faut dire qu’à défaut de produire des résultats convaincants, du moins jusqu’ici, les moyens mis en œuvre et mobilisés pour venir à bout de cette catastrophe n’en sont pas moins exceptionnels et l’on ne peut que s’en réjouir pour les Américains : quoi qu’il puisse en coûter au final à BP, aux Etats-Unis, à l’Angleterre ou au monde entier, nous avons déjà quasiment la certitude que la fuite sous-marine sera colmatée, et que les côtes américaines seront nettoyées.
On aimerait pouvoir en dire autant pour le Delta du Niger. Plusieurs journaux américains et anglais ont rappelé début juin que dans cette zone terrestre et sur les côtes du Nigeria se déversent chaque mois l’équivalent de ce qui s’était écoulé à cette date dans le Golfe du Mexique, et ce depuis des années. Les niveaux de pollution atteints sont surréalistes. L’espérance de vie des habitants qui vivent dans cet environnement ne dépasse pas 40 ans.
Il faut dire que là-bas, c’est l’Afrique. Déjà, c’est un handicap : pour que l’on parle de l’Afrique tous les jours dans les médias pendant un mois, il faut au moins une coupe du monde de football.
Et puis là-bas, il ne viendrait à l’idée de personne de payer pour réparer les dégâts : c’est la guerre civile, et les marées noires sont souvent le résultat d’attentats ou de piratages sur des pipelines. Pas la peine de réparer les fuites quand on sait qu’il faudra recommencer dès le lendemain. Alors pour ce qui est de nettoyer…
Et puis là-bas, dans un tel contexte, les responsabilités des compagnies, des rebelles, de l’Etat sont plus difficiles à établir, et comme de toute façon aucune pression étrangère significative ne vient s’exercer, les responsabilités, personne ne les prend… Dommage pour les 15 millions d’habitants de la région.
On se prend à faire le rêve d’une gouvernance mondiale pour la gestion des graves crises écologiques, où qu’elles se produisent dans le monde. Puis d’une mobilisation internationale des éco-entreprises pour y apporter leurs solutions. Et pourquoi pas, d’une certitude que tous les moyens seront toujours mis en œuvre pour venir à bout des pollutions. Après tout, l’éternité devrait y suffire…