> Consulter > Environnement & Technique n°270 - Octobre 2007

SOIT DIT EN PASSANT : Grenelle, un mot lourd de sens

Bruno Mortgat,
Rédacteur en chef

Grenelle, Grenelle… En voilà un mot qui sonne bien ! Dans l’esprit de ses organisateurs, il renvoie sans doute aux accords salariaux du même nom, signés en plein mai 1968. Mais bien que passés à la postérité, ce ne sont pas eux qui mirent fin à la crise politique : ils furent d’abord refusés par la base et la grève ne s’acheva qu’à l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, trois jours plus tard.
Le Grenelle de l’environnement hérite de son aïeul une formule multipartite, réunissant des représentants du gouvernement, d’associations professionnelles et d’ONG, en vue de prendre position et de définir la politique environnementale de la France. Mais produira-t-il un accord satisfaisant, à la hauteur des enjeux planétaires, un accord acceptable par tous ? On peut le souhaiter, mais rien n’est moins sûr, tant le terme « Grenelle » sera lourd à porter !
Qu’on en juge : Grenelle, aujourd’hui quartier parisien, tient son nom du latin Garanella, petite garenne. Un terrain de chasse au lapin… Mais qui donc seront les chasseurs et les lapins autour de la table des négociations ?

Un peu d’Histoire, maintenant : en 52 avant Jésus Christ, la plaine de Garanella fut le lieu d’une bataille entre les troupes du chef gaulois Camulogène et du général romain Labienus. Les Gaulois furent défaits et passés par les armes. Garanella fut un petit Alesia. Le Grenelle de l’environnement sera-t-il un Waterloo ?

Grenelle fut aussi un lointain parent d’AZF. Le 31 Août 1794, l’explosion de la poudrerie de Grenelle fit un millier de victimes. Quel genre d’explosion nous réserve le Grenelle de l’environnement ?

En 1796, des jacobins partisans de Babeuf, un précurseur du mouvement communiste, tentèrent de rallier à la cause des « Egaux » les militaires installés au camp de Grenelle pour renverser le Directoire. Peine perdue : au terme d’un procès expéditif et anticonstitutionnel, 33 d’entre eux furent fusillés, à Grenelle, au cri de « Vive la République ! » Espérons que le Grenelle de l’environnement donnera de meilleures raisons de crier « Vive la République ! »

Enfin, il n’est pas inutile de nous remémorer les raisons qui conduisirent à la création de la commune de Grenelle, en 1830. Celle-ci était auparavant rattachée à la commune de Vaugirard. Mais à partir de 1824, un nouveau quartier, confortable et moderne (pour l’époque) s’y développa, suscitant la jalousie et l’hostilité des habitants du vieux Vaugirard, qui lui refusèrent en 1829 l’installation de réverbères à huile. Les beaugrenellois demandèrent alors la séparation d’avec la commune de Vaugirard, qui fut effective l’année suivante. Grenelle était née… de la division !

Essayons de nous rassurer : l’histoire se repète, mais on peut aussi en tirer des leçons. Et parfois, un lapin tue un chasseur… Mais ça, c’est dans les chansons de Chantal Goya !
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