> Consulter > Environnement & Technique n° 278 - Juillet/Août 2008
Soit dit en passant / Juillet sous le signe du Cancer
Que l’on me pardonne ce raccourci astrologique un peu scabreux, mais il se trouve que ce numéro de juillet me permet d’attirer l’attention sur le récent rapport sur les causes du cancer en France, coécrit par l’Académie nationale de médecine et cinq autres institutions nationales et internationales en pointe sur cette maladie(1). Alors que les médias, des associations et des scientifiques ne cessent d’alerter la population sur les risques supposés de cancer liés à l’environnement (dioxines, téléphonie mobile, antennes relais, etc.), ce rapport expose des faits qui permettent de relativiser leur importance.
Bruno Mortgat,
Rédacteur en chef
Si le nombre de décès dus au cancer augmente en France depuis le début du XXe siècle, c’est d’abord parce que la population française a aussi beaucoup augmenté. De même, si la proportion de décès dus au cancer s’est également accrue, c’est que la fréquence des cancers s’élève avec l’âge et que l’espérance de vie s’est beaucoup allongée.
En revanche, pour une population dans laquelle la proportion d’habitants dans chaque tranche d’âge serait restée constante, on constate que la mortalité par cancer a diminué de 24 % entre 1950 et 2004, alors que chez les hommes elle a augmenté de 47 % de 1950 à 1985, puis a diminué de 21 % de 1986 à 2004. Pour les deux sexes réunis, elle a baissé de 13 % depuis 1968.
Du côté des causes démontrées, les expositions professionnelles sont à l’origine de 3,7 % des cancers chez l’homme et de 0,5 % chez la femme, avec une tendance à la baisse. L’exposition prolongée aux rayons solaires cause environ 1 % des décès par cancer dans les deux sexes. Enfin, la proportion de cancers liés à la pollution de l’eau, de l’air et de l’alimentation est faible en France, vraisemblablement voisine de 0,85 % en tenant compte des effets de la pollution de l’air atmosphérique récemment confirmés par l’INVS (voir les actus de ce numéro).
Globalement, les expositions professionnelles et environnementales induisent chacune une mortalité par cancer moindre que le tabac et l’alcool (31 % des décès par cancer), l’excès de poids, l’absence d’exercice physique, ou encore les traitements hormonaux de la ménopause chez la femme.
Habiter près de sources de pollution industrielles, d’une décharge ou d’un incinérateur, ou encore les causes évoquées en introduction ne peuvent pas être considérés comme des cancérogènes avérés, souvent malgré des études épidémiologiques de grande ampleur. Des doutes subsistent cependant et les recherches doivent se poursuivre. La lutte contre la pollution aussi, notamment pour l’air atmosphérique, d’autant que celle-ci a d’autres effets nocifs sur la santé. Mais que cela ne fasse pas oublier, d’une part, les actions et la prévention sur les causes premières, là où l’investissement sera indubitablement le plus efficace, et d’autre part la recherche des autres causes, puisque près de 60 % des cancers n’ont pas de cause établie.
Note : 1. Académie des sciences, Centre international de recherche sur le cancer (CIRC – OMS Lyon), Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer, Institut national du cancer, Institut national de veille sanitaire (INVS).