> Consulter > Environnement & Technique n°292 - Decembre 2009
Soit dit en passant / Mais quel chantier
Bruno MORTGAT,
Rédacteur en chef
Tous les alpinistes ne le savent pas, mais le Danemark est une terre de sommets. Ses villes ont le privilège d’avoir l’eau la plus chère d’Europe, et ses citoyens sont aussi les plus gros producteurs de déchets du Vieux Continent. Et c’est là, à Copenhague, que se tiendra la semaine prochaine le plus haut sommet de l’année, censé donner une suite au Protocole de Kyoto.
Il est bien connu que les montagnes accouchent généralement de souris. On pourra toujours essayer de se rassurer en pensant qu’on a aussi choisi Copenhague parce qu’on compte beaucoup sur la Petite Sirène… d’alarme, pour rappeler à toutes les parties l’urgence de la situation. Et aussi parce qu’il s’agit d’un sommet sur le climat et qu’en la matière, à Copenhague, on s’y connaît : en décembre, les nuits sont longues et créent les conditions idéales pour la réussite des négociations. C’est bien connu : la nuit porte conseil.
Et puis, ce n’est sans doute pas un hasard si quinze jours plus tôt s’est tenu dans la même ville un sommet un peu moins relevé, le Forum Eco-ETAP. Organisé par la Commission européenne, il avait pour but de faire le point sur l’éco-innovation en Europe. Histoire de se mettre en jambes. De rappeler que quels que soient les résultats des négociations au sommet, il y a des entreprises qui sont prêtes et créent déjà les outils qui permettront la transformation dont le monde à besoin. Elles n’attendent que ça et plus les signaux donnés par les dirigeants du monde seront forts, mieux elles se porteront.
Un message qui passe plutôt bien tant il est vrai qu’en ces temps difficiles, on n’a jamais autant fait confiance à l’éco-innovation et aux « clean techs ». A force de dire que la crise écologique et la crise économique ne font qu’une, comment ne pas s’imaginer que des entreprises et des politiques combattant les deux simultanément pourront aussi les surmonter ? Créer de la richesse en rendant le monde vivable, le « double dividende » dans toute sa splendeur…
Seulement voilà : tout comme l’argent qui ne fait pas le bonheur, même s’il y contribue, l’éco-innovation n’est qu’un outil pour construire ce nouveau monde. Un bon outil, certes, encore faut-il que les architectes, les chefs d’Etat qui se réuniront la semaine prochaine, se mettent d’accord sur le plan. Et quand bien même il y aurait un plan, fût-il bon lui aussi, on en reviendra toujours à ceci : les belles maisons sont construites par de bons ouvriers. Or être de bons ouvriers, c’est la responsabilité de chacun d’entre nous.
Ah ! Je n’ai pas parlé de la maîtrise d’ouvrage… Il faudrait que l’Humanité parle d’une seule voix pour définir
la maison qu’elle souhaite… Encore de belles réunions de chantier en perspective !