> Consulter > Environnement & Technique n° 285 - Avril 2009
Soit dit en passant / Pour qui sonne le congre ?
Bruno MORTGAT,
Rédacteur en chef
Il est bien loin, le temps où, le premier avril, Degrémont se fendait d’un communiqué de presse annonçant la construction de la première station d’épuration sur la Lune, suivi quelques heures plus tard d’un erratum à l’adresse des marchés financiers leur précisant que ce n’était qu’une blague…
Aujourd’hui, il ne nous reste plus que la semaine du développement durable pour rigoler… et encore rit on plus jaune que vert ! Cette fameuse semaine s’apparente de plus en plus à un concours pour services marketing. Distribution du sujet : la consommation durable. Et tous de s’interroger : « Comment faire consommer durablement nos produits ? Et comment convaincre le consommateur qu’il participe au développement durable en les achetant ? »
Apparemment, l’exercice est facile : il n’y a qu’à voir la foison de communiqués de presse que nous recevons. Il n’y a d’ailleurs pas grand-chose à redire lorsqu’il s’agit du marché « bio » alimentaire, ou du commerce « équitable » (quoique la présence de ce type de labels ne doive pas exonérer de toute réflexion, notamment sur la proximité). En revanche, ça se corse quand il s’agit de faire l’apologie d’un produit de seconde, voire troisième nécessité, qu’il soit jetable (le rasoir biodégradable), consommateur de ressources (la piscine « naturelle »), ou d’énergie (un 4X4 dont le constructeur compense les émissions de CO2)… S’interroge-t-on pour savoir s’il est « durable » de pousser à la consommation ? Certes, nous traversons une crise économique, et il y va de la survie de beaucoup d’entreprises. Mais le concept de « faire plus avec moins » serait peut-être plus adapté à la situation.
Dieu merci, certaines entreprises préfèrent jouer de leur image sans nécessairement impliquer leurs produits. Leur logo peut leur suffire. Le gouvernement leur donne actuellement un coup de pouce avec la campagne « Save your logo », en leur proposant de financer la protection de l’espèce en danger qui leur sert d’emblème. Ainsi, Lacoste paiera pour sauver les crocodiles, Maaf pour les dauphins et… c’est tout pour l’instant. Mais gageons que Peugeot deviendra très bientôt l’ami officiel des lions, Nestlé celui des oiseaux, et Jaguar, Puma, Aigle et j’en passe, ceux de leurs totems respectifs. Plus rigolo, il est aussi proposé aux entreprises qui n’en ont pas encore d’adopter un animal
« orphelin », ne figurant sur aucun logo… Pour qui l’oryctérope ? ... Et le poisson d’avril ?