> Consulter > Environnement & Technique n°282 - Décembre 2008 - Pollutec 2008
Tribune / Eco-Entreprendre, moteur de la nouvelle économie durable
Jean-Michel MONDOT,
président de l’APPEL, Réseau d’Eco-Entreprises Rhône Alpes

Dans notre société française très bureaucratique, Entreprendre ne fait pas rêver. La reconnaissance passe encore par le statut (fonctionnaire, patron, cadre, médecin, enseignant…) plus que par les compétences ou la capacité à prendre des risques. Beaucoup considèrent qu’entreprendre relève exclusivement de l’entreprise.
Entreprendre, c’est « commencer à exécuter » dit le Larousse, c’est chercher pour trouver, c’est oser, inventer, innover, prendre des risques, aller jusqu’au bout de ses convictions jusqu’à l’action, faire ensemble, travailler en réseau, développer un projet commun, être acteur, être entrepreneur de sa vie, prendre du plaisir à travailler. C’est un état d’esprit, un vecteur de sens à la notion de responsabilité individuelle, un principe de cohérence pour un projet collectif.
Il existe une manière d’entreprendre respectueuse de l’environnement, prudente financièrement, à la recherche des meilleurs équilibres entre social, économie et environnement : appelons cela Eco-entreprendre.
Car la nouveauté historique en ce début de XXIème siècle, c’est la prise de conscience par un grand nombre d’individus pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, que les excès du modèle de démocratie occidentale à l’origine de l’avènement de l’ère industrielle et de la mondialisation, ne peuvent pas se poursuivre sans risque pour la survie de l’Humanité. La conscience de la finitude du monde, des ressources à l’échelle planétaire, bouleverse notre façon de croire, de produire, de travailler, de consommer, de nous déplacer.
Contrairement aux populations qui sont prêtes pour de tels changements, les décideurs d’aujourd’hui sont très attachés à leurs statuts et avantages personnels, acquis sur les bases d’une société industrielle et financière dépassée. La crise actuelle est très révélatrice de cette période transitoire vertigineuse. Elle traduit la fin d’une escroquerie au niveau mondial qui a exigé une rentabilité de 15 % des capitaux investis dans les entreprises, a proposé du crédit à des gens insolvables et a utilisé l’instantanéité des réseaux informatiques pour faire des flux financiers internationaux un casino mondial ! Tout le monde s’accorde aujourd’hui pour dire qu’il s’agit là d’excès et qu’une régulation du dispositif est nécessaire.
Passer, de l’ère industrielle à l’ère du savoir au service du développement durable, relève d’une période de changement, y compris de nos élites. C’est le passage délicat d’un état stable ancien à un nouvel état stable plus durable. Eco-Entreprendre, c’est être acteur de ce changement. Osons dire que l’on peut Eco-entreprendre en étant chercheur, en travaillant dans une collectivité, dans une administration, en étant élu puisqu’il s’agit avant tout d’une façon d’être, de travailler. Eco-manager, Eco-produire, Eco-construire, Eco-aménager, Eco-financer, Eco-éduquer, Eco-soigner, Eco-chercher, chacun peut innover, participer, agir dans cette direction quelque soit sa position dans la société.
Lorsque la période de changement entre l’ordre ancien et l’ordre nouveau sera consommée, le préfixe Eco disparaîtra de lui-même et tout le monde aura oublié les valeurs qui caractérisaient l’ordre ancien. Nous aurons harmonisé les deux mots « éco-nomie » et « éco-logie ».