> Consulter > Environnement & Technique n°267-Juin 2007

TRIBUNE : Vers des systèmes durables de gestion des eaux pluviales urbaines


Pendant de très nombreuses décennies, en France comme dans la plupart des pays développés, l’assainissement pluvial a été considéré comme une simple technique de voirie. La construction de vastes réseaux souterrains de conduites paraissait apporter une réponse satisfaisante à l’ensemble des problèmes.

Bernard Chocat
Professeur INSA de Lyon
Président du comité scientifique de NOVATECH

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Au début des années 1970 les premiers dysfonctionnements commencent à apparaître. L’imperméabilisation de surfaces considérables à la périphérie des villes limite l’infiltration et accélère les écoulements. La structure ramifiée des réseaux concentre vers les centres des villes, souvent situés dans les points bas, près du pont ou du port, les flots générés par ces nouveaux quartiers. Les conduites existantes, construites depuis plusieurs décennies, voire davantage, sont incapables de transporter ces flux qui débordent alors en surface, provoquant des inondations parfois dramatiques.
Les techniciens prennent alors conscience de la nécessité d’une approche hydraulique plus cohérente du fonctionnement des réseaux. Les renforcements locaux des conduites, la construction d’immenses bassins de retenue destinés à stocker les pointes de débit et la mise en place de systèmes de gestion dynamique visant à tirer le meilleur parti des ouvrages existants s’avèrent cependant insuffisants.
Il apparaît en effet que c’est le concept même d’évacuation au plus vite des eaux pluviales qui doit être remis en cause. Emerge alors le concept de technique alternative qui réhabilite le stockage local et l’infiltration comme moyen de gestion des eaux pluviales urbaines. Certaines agglomérations françaises jouent un rôle majeur dans cette évolution, comme par exemple la Communauté urbaine de Bordeaux.
En 1991, la directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines, suivie par la loi sur l’eau de 1992 et ses documents d’application, introduisent une nouvelle contrainte : les effluents urbains de temps de pluie sont pollués et doivent être traités avant leur rejet, sauf circonstances exceptionnelles. Cette avancée réglementaire conduit à donner une dimension supplémentaire aux techniques alternatives. Au-delà de la lutte contre les inondations elles apparaissent alors comme un moyen efficace pour diminuer les rejets d’eaux polluées.
Ce point de vue se généralise partout dans le monde et la montée en puissance des courants de pensée associés au développement durable amène à poser de façon radicalement différente la question de la gestion des eaux pluviales urbaines.
Il ne s’agit plus seulement de viabiliser et d’assainir un territoire mais plutôt de le développer de façon durable, c’est-à-dire en
préservant autant que possible ses qualités écologiques et environnementales originelles. L’évolution du vocabulaire anglo-saxon est à cet égard significatif puisque l’on passe de la notion de best management practices (BMPs) à celles de Low Impact Development (LID) et de Sustainable Urban Drainage Systems (SUDS). Les eaux pluviales elles-mêmes passent du statut de déchet dont il faut se débarrasser au plus vite à celui de ressource qu’il faut récupérer, statut confirmé par la loi sur l’eau de décembre 2006.
Les conférences Novatech sur les techniques innovantes de gestion des eaux urbaines par temps de pluie, organisées tous les trois ans à Lyon depuis 1992, ont joué un rôle important dans cette évolution. Elles ont permis de bien mettre en évidence la montée en puissance de ce nouveau courant de pensée. La prochaine édition qui aura lieu du 25 au 28 juin accueillera en effet plus de 600 congressistes qui feront le point sur les avancées les plus significatives observées dans le monde depuis 3 ans. Espérons que cette manifestation et toutes les actions qui peuvent l’accompagner, participent à faire évoluer rapidement les pratiques dans ce domaine.
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