> Consulter > Environnement & Technique n°175 - Avril 1997

Vents et contrevents

Vents et contrevents

Le repli des géants américains du déchet sur leur continent marque l'échec de leur stratégie de conquête du marché européen : WMI (Waste Management Inc.) se désengage progressivement et BFI (Browning Ferris Industries) a cédé ses activités hors Amérique du Nord à Sita, qui devient numéro1 européen ; son volume d'activités dépasse désormais celui de CGEA-Onyx. Il reste toutefois à assimiler ces nouvelles acquisitions.

La géopolitique mondiale a également été marquée par la crise financière en Asie, tétanisant les dragons et conduisant à un gel des projets.

L'Europe constitue en fait actuellement le plus important marché du déchet, devant celui de l'Amérique du Nord. Au demeurant, il tend à s'élargir vers l'Est (l'Europe, de l'Atlantique à l'Oural ?). Les pays de l'Est représentent un potentiel intéressant, ne serait-ce que pour les marchés de la décontamination. Certes, ces pays sont financièrement exsangues, mais des groupes sont prêts à financer les investissements, suivant la formule du « build and operate» ; s'y ajoutent les aides de la Communauté Européenne et de la Berd (Banque européenne de reconstruction et de développement).

Le jeu de construction européen se poursuit, même si le processus de convergence accuse des lenteurs. L'Europe du Nord devra tempérer ses ardeurs, tandis que l'Europe du Sud devra mettre en oeuvre des politiques environnementales plus consistantes. C'est aussi un jeu à répartition, à rebondissements, suivant un équilibre fuyant.

Ainsi, la directive sur les emballages renvoie à des exigences essentielles, à définir plus avant par les États-membres, les analystes de cycles de vie (ACV) n'apportent pas de réponse, du moins dans la plupart des cas, les règles en matière de marquage font figure de coup d'épée dans l'eau et la priorité de principe accordée à la prévention devra trouver un contenu plus tangible.

Cependant, la volonté d'harmonisation n'est remise en cause ni par les politiques, ni par les firmes (surtout les entreprises exportatrices et multinationales), pour qui les pires ennemis sont d'une part l'incertitude, d'autre part la fragmentation ou la balkanisation des marchés. Dès lors, la constitution du Grand Marché se poursuit.

La pression sociale en faveur de l'environnement est relayée par les élus et les groupes du déchet, qui trouvent là les points d'appui à leur marketing de l'offre de services et d'équipements.Toutefois, le marché de la valorisation des déchets industriels banals (DIB) ne décolle guère en France, et celui de la décontamination des sols reste à l'état de portion congrue.

Les polémiques les plus vives concernent l'incinération des ordures ménagères. En France, les plans départementaux devront à ce sujet réviser à la baisse leurs velléités premières ; et la mise en décharge, après avoir été bannie, pourrait être réhabilitée, sous réserve de répondre à de nouvelles règles.

L'incinération elle-même oppose, en son sein, les anciens et les modernes. Alors que d'autres pays, comme les USA, les Pays-Bas, l'Italie, ont, par le passé, fermé des incinérateurs vétustes en raison de leurs émissions de dioxines, on parlait en France de dioxinophobie ; puis, à son tour, bien tardivement (il en fut de même pour le nuage radioactif de Tchernobyl), la France découvre les dioxines. Perrette et le pot au lait ? La Communauté urbaine de Lille est ainsi passée sous les feux de l'actualité ; elle a été contrainte d'arrêter le fonctionnement de ses incinérateurs vétustes, en attendant une nouvelle usine moderne (un investissement de l'ordre de 800 millions de francs). Misère du présent et grandeur du futur?

Gérard Bertolini
Économiste, directeur de recherche au CNRS

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