Chine : Ren Guanping pointe les priorités environnementales

La Chine a inscrit parmi ses priorités de limiter les impacts environnementaux de sa rapide croissance. A l'occasion du salon EPTEE, qui s'est déroulé à Shanghai fin avril, Ren Guanping, secrétaire général de la Société chinoise des sciences de l’environnement, a fait pour nous le point sur les besoins du pays.
La Société chinoise des sciences de l’environnement (CSES) regroupe environ 400 000 professeurs et chercheurs œuvrant pour le développement des écotechnologies et des éco-industries en Chine. Les besoins du pays en la matière sont immenses, et la coopération internationale bienvenue. Ren Guanping, secrétaire général de l’association, nous a indiqué quelles étaient les priorités actuelles.
Dans le cadre de la fin du plan quinquennal 2006 - 2010, quelles sont les priorités d’investissement de la Chine dans le domaine de l’environnement ?
Ren Guanping : D’ici 2010, la Chine veut baisser de 20 % sa consommation d’électricité et de 10 % ses émissions de polluants. Dans cette optique, les industries devront rapidement adopter les meilleures techniques disponibles sur les plans de l’énergie et de l’environnement.
Une nouvelle loi sur les économies d’énergie encourage le développement des énergies renouvelables, qui ont de ce fait le vent en poupe. La Chine entre parallèlement progressivement dans la société de consommation, avec pour conséquence une production croissante de déchets qu’il faut traiter et valoriser. La protection des ressources en eau (fleuves, plans d’eau, eaux souterraines) est aussi une priorité. La Chine a notamment beaucoup construit de stations d’épuration récemment, mais les boues restent encore peu valorisées. C’est pourquoi d’ici la fin du plan, le gouvernement prévoit de dépenser environ 30 Md € dans les domaines du traitement des déchets, de l’eau et des économies d’énergie.
Il y a aussi un gros besoin de développer l’évaluation, le diagnostic et la métrologie. L’évaluation environnementale se fait principalement dans le domaine de la construction et des travaux, du fait de l’existence depuis une dizaine d’années d’une loi sur l’impact des constructions sur l’environnement. Prochainement, cela deviendra obligatoire pour l’ensemble des projets d’activités humaines relevant de la planification urbaine. Le contrôle des émissions de polluants dans l’air ne cesse de se renforcer, avec là aussi, des besoins importants en termes de mesure.
Au niveau de votre association, comment voyez-vous la coopération internationale en matière de R&D dans le domaine des écotechnologies ?
La coopération dans la recherche commence le plus souvent par une coopération entre chercheurs. De fait, les chercheurs chinois entretiennent d’intenses relations avec des homologues et des universités de nombreux pays (USA, Canada, Europe). Les échanges avec les chercheurs français restent cependant faibles. La France a pourtant de bonnes technologies et la Chine serait désireuse de développer des partenariats avec des chercheurs et des universités françaises.
A titre d’exemple, notre association a développé un partenariat fort avec l’université de Stanford aux Etats-Unis, nous organisons ensemble une conférence officielle sur l’intégration des services environnementaux, qui est un axe de développement fort pour le marché éco-industriel. Nous serions ravis de pouvoir développer des échanges similaires avec des universités françaises.
Quand pensez-vous que les écotechnologies chinoises seront suffisamment matures pour être exportables ?
Actuellement, les technologies chinoises de l’environnement, sont plutôt en retard par rapport à celles qui sont développées dans les pays occidentaux. Mais d’ici une dizaine d’année, il faut s’attendre à les voir se répandre dans le monde entier. Les Chinois sont intelligents, ils apprennent vite et quand ils font des erreurs, ils les corrigent et continuent d’avancer. Il faut comprendre que la Chine investit en masse dans l’innovation et qu’elle rattrape son retard à grande vitesse. La seule Université Qinghua à Pékin bénéficie par exemple d’un budget de l’ordre de 140 M€, soit 2 M€ par professeur ! Par ailleurs, la Chine a des capitaux et commence aussi à racheter des entreprises et des technologies à l’étranger.
Propos recueillis par Bruno Mortgat et Frédéric Chateauvieux
Crédit photo : Bruno Queyrel