Eco-Entreprendre, moteur de la nouvelle économie durable
Jean-Michel MONDOT,
président de l’APPEL, Réseau d’Eco-Entreprises Rhône Alpes

Dans
notre société française très bureaucratique, Entreprendre ne fait pas
rêver. La reconnaissance passe encore par le statut fonctionnaire,
patron, cadre, médecin, enseignant…) plus que par les compétences ou la
capacité à prendre des risques. Beaucoup considèrent qu’entreprendre
relève exclusivement de l’entreprise.
Entreprendre, c’est
« commencer à exécuter » dit le Larousse, c’est chercher pour trouver,
c’est oser, inventer, innover, prendre des risques, aller jusqu’au bout
de ses convictions jusqu’à l’action, faire ensemble, travailler en
réseau, développer un projet commun, être acteur, être entrepreneur de
sa vie, prendre du plaisir à travailler. C’est un état d’esprit, un
vecteur de sens à la notion de responsabilité individuelle, un principe
de cohérence pour un projet collectif.
Il existe une manière
d’entreprendre respectueuse de l’environnement, prudente
financièrement, à la recherche des meilleurs équilibres entre social,
économie et environnement : appelons cela Eco-entreprendre.
Car
la nouveauté historique en ce début de XXIème siècle, c’est la prise de
conscience par un grand nombre d’individus pour la première fois dans
l’histoire de l’humanité, que les excès du modèle de démocratie
occidentale à l’origine de l’avènement de l’ère industrielle et de la
mondialisation, ne peuvent pas se poursuivre sans risque pour la survie
de l’Humanité. La conscience de la finitude du monde, des ressources à
l’échelle planétaire, bouleverse notre façon de croire, de produire, de
travailler, de consommer, de nous déplacer.
Contrairement aux
populations qui sont prêtes pour de tels changements, les décideurs
d’aujourd’hui sont très attachés à leurs statuts et avantages
personnels, acquis sur les bases d’une société industrielle et
financière dépassée. La crise actuelle est très révélatrice de cette
période transitoire vertigineuse. Elle traduit la fin d’une escroquerie
au niveau mondial qui a exigé une rentabilité de 15 % des capitaux
investis dans les entreprises, a proposé du crédit à des gens
insolvables et a utilisé l’instantanéité des réseaux informatiques pour
faire des flux financiers internationaux un casino mondial ! Tout le
monde s’accorde aujourd’hui pour dire qu’il s’agit là d’excès et qu’une
régulation du dispositif est nécessaire.
Passer, de l’ère
industrielle à l’ère du savoir au service du développement durable,
relève d’une période de changement, y compris de nos élites. C’est le
passage délicat d’un état stable ancien à un nouvel état stable plus
durable. Eco-Entreprendre, c’est être acteur de ce changement. Osons
dire que l’on peut Eco-entreprendre en étant chercheur, en travaillant
dans une collectivité, dans une administration, en étant élu puisqu’il
s’agit avant tout d’une façon d’être, de travailler. Eco-manager,
Eco-produire, Eco-construire, Eco-aménager, Eco-financer, Eco-éduquer,
Eco-soigner, Eco-chercher, chacun peut innover, participer, agir dans
cette direction quelque soit sa position dans la société.
Lorsque
la période de changement entre l’ordre ancien et l’ordre nouveau sera
consommée, le préfixe Eco disparaîtra de lui-même et tout le monde aura
oublié les valeurs qui caractérisaient l’ordre ancien. Nous aurons
harmonisé les deux mots "économie" et "écologie".