La direction du DD, un moteur pour l’entreprise

Aujourd’hui, la quasi totalité des entreprises du CAC 40 et des grandes entreprises publiques se sont dotées d’une direction DD.
À la Poste, la création d’une direction de ce type date de janvier 2003. Elle coïncide avec l’arrivée aux commandes de l’entreprise de Jean-Paul Bailly, un “militant de la première heure” de la cause durable. La première mission confiée à cette direction, outre de construire une stratégie ad hoc et un plan d’actions afférent, a été, au fond, de faire passer le développement durable d’une démarche empirique à une démarche organisée. Avec la réussite qu’on connaît, cinq ans plus tard : pour la période 2008-2012, le développement durable, appelé aussi développement responsable, sera le fil rouge de toute la stratégie de La Poste.
Le développement durable étant moins un changement technique qu’un changement de comportement –un changement culturel en quelque sorte–, la direction du développement durable du Groupe a ciblé, dès le départ, ses efforts en direction des managers, notamment ceux de proximité, en menant auprès d’eux une bataille de conviction visant à leur faire partager l’idée qu’ils ne doivent pas considérer le développement durable comme une tâche supplémentaire dans une journée déjà bien remplie, mais plutôt comme un moyen efficace d’atteindre plus vite et dans de meilleures conditions leurs objectifs professionnels.
Tout simplement parce que le développement durable est facteur de réduction des coûts, d’innovation, de motivation du personnel, de consensus interne. C’est aussi, de plus en plus, un atout concurrentiel pour le business et le recrutement. Et il peut, pour certaines entreprises, c’est le cas pour La Poste, être un facteur de rapprochement avec les territoires.
Pas seulement les écolos
Ayant basé le développement durable sur l’idée qu’il est un levier de performance pour l’entreprise, “pour améliorer l’efficacité économique de La Poste” écrivait le premier draft stratégique, toute l’entreprise a pu ainsi être mobilisée, et pas seulement les
“écolos” ou les défenseurs de la cause humanitaire. Un sondage effectué auprès d’un échantillon représentatif du personnel de La Poste, interrogé par téléphone à son domicile, indique en mai 2007 que près de 90 % des postières et postiers se déclarent prêts à s’investir ou à prendre des initiatives dans le développement durable. Par ailleurs, plus de 70 % estiment que le développement durable va améliorer les résultats économiques de l’entreprise.
Quel formidable terreau pour l’action et pour le nourrissement de la culture d’entreprise que de permettre à ses employés de prolonger sur leurs lieux de travail les comportements éco-citoyens qu’ils ont adoptés dans leur vie personnelle ! Par exemple, je trie les déchets dans ma cuisine, je veux aussi pouvoir les trier dans mon entreprise, d’ailleurs le contraire m’exaspérerait. Voilà assurément une nouvelle donne qui va re-rapprocher les personnels de leur entreprise et leur permettre de retisser des liens forts avec elle, liens souvent distendus ces vingt ou trente dernières années, conséquence des différents soubresauts qu’a connus notre économie : restructurations, fusions-acquisitions, fermetures d’entreprises, délocalisations, chômage, etc.
Un moteur transverse
En jouant par ses campagnes de sensibilisation (information, communication, formation) un rôle de transformateur de la prise de conscience (déjà là) en actions (ce n’est malheureusement
pas automatique), la direction du développement durable est le moteur transverse du développement responsable de l’entreprise.
Pour ce faire, cette direction doit savoir cultiver ses fondamentaux, c’est-à-dire ce pour quoi elle existe d’abord : la veille, le benchmark, la stratégie, le reporting, la sensibilisation avec l’aide des structures internes de communication et de formation, et la valorisation à l’externe des actions exemplaires (pour l’image mais aussi pour alimenter le partage d’expériences) de ce qui a été fait et bien fait dans le domaine du développement responsable. Pour réussir cette démarche, on utilisera cinq leviers : des actions internes de sensibilisation au développement durable, un outil de reporting dédié fiable et "auditable" par l’externe – car qui ne mesure pas n’avance pas –, tous les grands projets passés au tamis d’une grille d’analyse développement durable, des managers qui disposent de feuilles de route intégrant des objectifs de développement durable et qui sont chaque année évalués sur leur degré d’atteinte. Enfin, on demandera des engagements en matière de responsabilité sociale à ses fournisseurs et sous-traitants à travers les cahiers des charges et autres appels d’offres. Idem pour les produits et services vendus par l’entreprise : elle se doit d’y intégrer la problématique du durable notamment à travers l’exercice de l’éco-conception.
À tous ces titres et aux résultats, on pourra mesurer assez vite que, pour l’entreprise, le développement durable, ce n’est au fond que du bonheur.
Patrick WIDLOECHER,
Directeur du développement durable du groupe La Poste,
Administrateur du Comité 21.