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Catastrophes : peut-on vraiment les prévenir ?


Vertitude n° 18 - Avril 2005

Le tsunami de décembre 2004 dans l’Océan Indien a montré au monde entier, encore une fois, l’importance de se préparer face aux catastrophes. Si une telle sensibilisation est nécessaire, la question qui se pose est le pourquoi du manque de préparation que l’on déplore toujours après ce type d’événement. On sait pourtant qu’un désastre se prépare, dans l’invisibilité du quotidien, par la gestion du risque majeur. Quelle gestion de ce risque fait-on? Les points qui suivent constituent des pistes de réflexion sur ce qui peut empêcher les sociétés de prévoir qu’une catastrophe peut les frapper.

Hélène Denis, Professeure titulaire, École Polytechnique, Université de Montréal


La cécité face au risque majeur
Perçoit-on vraiment les risques qui nous entourent? Les risques majeurs sont si nombreux et leurs interdépendances tellement étroites qu’une vision d’ensemble est bien difficile. Ils peuvent aussi avoir une probabilité si faible qu’on ne juge pas nécessaire d’y accorder de l’importance : qui se soucie actuellement d’un séisme majeur dans l’Est de l’Amérique du Nord ? Enfin, même connus des experts, ils sont bien peu diffusés aux populations appelées à en subir les conséquences. Tous ces éléments contribuent à un phénomène de cécité généralisée face à ce type de risques, sans compter la tentation de jouer à l’autruche dans ce domaine.

Une définition laxiste du risque acceptable
La cécité face au risque majeur est d’autant plus grande que, pour y faire face, des mesures d’atténuation concrètes seront nécessaires. D’où la tendance à définir comme acceptables - et donc à ne rien faire pour les prévenir - des risques qui, au lendemain d’une catastrophe, seront jugés inacceptables. On est horrifié par les pertes suscitées par ce tsunami de 2004 mais il faut rappeler que, avant l’événement, le risque avait été jugé, consciemment ou non, acceptable. Il est vrai que dans certains cas – une météorite frappant la Terre - il n’existe pas de mesures concrètes de prévention, mais la plupart du temps de telles mesures sont possibles, seulement elles ont un coût, en concurrence avec des besoins plus immédiats. Cette étape qui consiste à définir un risque comme acceptable est souvent oubliée. Elle pose en fait la question de qui définit l’acceptabilité.

Une perception de la technologie comme panacée universelle
Les mesures d’atténuation, dans la prévention, peuvent être qualifiées sommairement de structurelles – le plus souvent technologiques - et non-structurelles, tenant notamment à l’organisation et à la culture, telles les législations. Nos sociétés modernes ont une très grande confiance dans les premières. Ainsi, la mesure envisagée actuellement suite au tsunami de 2004 et qui fait consensus, est une système d’alerte. Le projet est certes louable, puisqu’il permettra de sauver des vies, mais il reste incomplet si l’on ne tient pas compte des acteurs sociaux et de leur culture ainsi que des composantes de gestion au sens large. Par exemple, qui communiquera quoi et à qui? Comment le contenu de la communication sera-t-il reçu? Quelles actions vont suivre? On se souvient du cas tragique de la non-évacuation suite à l’éruption du Nevado del Ruiz. Faire confiance aux données communiquées, croire que l’impossible peut survenir – autant d’éléments tenant à la culture – doivent nécessairement accompagner le système technique de l’alerte.

Une gestion du risque majeur isolée d'un projet de société
Un parallèle intéressant peut être fait entre le développement durable et la gestion des risques majeurs. L’un et l’autre en effet constituent des projets de société. Veut-on en tenir compte dans des actions concrètes ? Et de quelle façon ? Un système d’alerte, par exemple, n’est pas une panacée si de l’autre côté on continue à construire dans des zones à risque. Un écueil, ici, outre les intérêts en jeu, est l’interdépendance de plus en plus étroite entre les nations et la nécessité qui en découle de coordonner les mesures de prévention. Déjà, à l’intérieur d’un état-nation, la coordination interrégionale pose souvent un certain nombre de difficultés, alors qu’en est-il de la même coordination entre pays souverains?

En conclusion, la complexité des risques auxquels nos sociétés sont confrontées oblige à repenser fondamentalement nos approches. Et cela, pas seulement aux lendemains d’une catastrophe mais tous les jours, dans nos actions concrètes.


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