> Consulter > Vertitude n° 20 - Octobre-Novembre-Décembre 2005

Crise du textile ou développement durable ?

Le textile français va mal. Et le récent dépôt de bilan de Tissage de Picardie, PME de 85 personnes spécialisée dans les tissus d'ameublement de luxe - et dont le président n’est autre que Guillaume Sarkozy (également président de l’Union des industries textiles) - n’est que le dernier avatar en lice d’une sombre actualité.
Une raison est avancée : la levée des quotas protectionnistes au 1er janvier dernier et l’explosion des importations de textile chinois. Pourtant, le scénario était prévisible. Pays développés et pays en développement s’étaient, en effet, mis d’accord sur la suppression des restrictions à l'exportation dans le secteur du textile lors de l’Uruguay Round. Il y a dix ans, déjà !
Deux autres sont passées sous silence : notre manque de réalisme économique et surtout notre manque d’anticipation. Et contrairement à ce que veulent nous faire croire les Etats-Unis et l’Union Européenne, il est trop tard pour tenter de rétablir des barrières au commerce international dans ce secteur.
Libre concurrence oblige…


par Christian Veyre, rédacteur en chef - Vertitude magazine

Sortir de l’impasse
Alors que faire ? L’UIT* vient de donner une nouvelle orientation à sa stratégie. Elle préconise “face au durcissement de la concurrence internationale, encore aiguisée par la disparition des quotas, la valorisation de la mode et de la création, l’amélioration continue de ses outils de promotion, les salons professionnels ainsi que la mise au point de biens et de services textile-habillement respectant les critères du développement durable.” Elle n’est pas la seule. La DIES (Délégation interministérielle à l’Innovation Sociale et l’Economie Sociale) vient ainsi à l’occasion de la seconde édition de l’Ethical Fashion Show (salon de la mode éthique), de publier un Mémento de la mode éthique. Lequel permettra “(…) à l’heure des grands débats internationaux sur les quotas textiles (…), à tous, spécialistes ou profanes, un tour d’horizon des grands enjeux économiques, sociaux et environnementaux liés à cette approche nouvelle du secteur”, comme le souligne Gérard Sarracanie, Délégué Interministériel à l’innovation sociale et l’économie sociale.

Pour se projeter dans l’avenir
Voilà une tendance qui pourrait être exploitée par les professionnels du textile en France comme en Europe. À condition toutefois de ne pas « trop » se couper de ce qui se fait à l’international. Et donc – pourquoi pas ! – de profiter du 1er salon africain organisé pour les professionnels de la mode éthique et dénommé “Fibres et matières d’Afrique pour une mode équitable”, organisé par la DIES, le gouvernement du Burkina Faso et le MAE** en Avril 2006 à Ouagadougou. Un bon début pour “sentir” ce marché émergent, identifier acteurs et partenaires potentiels, s’enquérir des pratiques existantes, amorcer des contacts en vue de constituer un réseau solide, et mettre en place une veille « un peu poussée ».
Le besoin lui existe. Ce qu’ont bien compris les Autrichiens en lançant le label écologique du textile Oeko Tex (présent depuis 1993 sur le territoire français). Ou encore les Suisses avec notamment la marque Switcher. En France, Modetic se positionne sur la mouvance “mode, bio, équitable”, Natures et découvertes lance la gamme EkyoG, etc.
Un choix est offert aux professionnels du textile : refuser le protectionnisme et s’ouvrir à un commerce plus équitable, plus durable ! Mais sauront-ils profiter de cette opportunité ?

* Union des Industries Textiles.
** Ministère des Affaires Etrangères.

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