> Consulter > Vertitude n° 20 - Octobre-Novembre-Décembre 2005

Les 42 pays pauvres très endettés (PPTE)


































Décrypter les annonces mirobolantes sur la dette des pays pauvres

Par Damien Millet

Les années 1980-90 ont vu se multiplier les difficultés du tiers-monde pour rembourser sa dette. Les grands argentiers ont alors conçu, en 1996 puis en 1999, l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés). Concernant seulement 42 pays (sur 165 en développement), elle vise à alléger leur dette afin de la rendre juste “soutenable “. Problème : elle ne tient aucun compte des besoins sociaux sur place.

Pendant trois ans, le pays doit d’abord appliquer des réformes économiques draconiennes exigées par le FMI 2 et la Banque mondiale : réduction des budgets sociaux, suppression des subventions aux produits de base, libéralisation, ouverture des marchés, privatisations… Afin de faire accepter cette potion amère, l'initiative prévoit une consultation avec la société civile qui est en fait un alibi. Toute remise en cause du modèle économique néolibéral y est impossible.
A l'issue, arrive le “point de décision” où, par un calcul discutable, il est estimé si le pays peut faire face aux remboursements futurs. Quatre pays ont ainsi été exclus, et le Laos a même refusé d’être PPTE. Les 37 pays restants doivent poursuivre les réformes économiques pour parvenir au “point d’achèvement”. Selon le discours officiel, le problème de leur dette est alors réglé.

Mais le bilan dressé par la Cnuced 3 est un vrai missile : “Selon la propre analyse du FMI et de la Banque mondiale, certains pays arrivés au point d'achèvement (notamment l'Ouganda) affichent actuellement des ratios d'endettement insoutenables tels que définis au titre de l'initiative PPTE. Cela s'explique par diverses raisons, notamment par la chute brutale des prix des produits de base depuis la fin des années 90 jusqu'au début 2002, par des hypothèses trop optimistes en matière de croissance économique et d'exportations et, dans certains cas, par de nouveaux emprunts 4.” Pis, les pays ayant atteint le point de décision rembourseront davantage en 2005 qu’en 2003.
Dans ce contexte, l’annonce fort médiatisée, le 11 juin dernier, par les ministres des Finances du G8, de l’effacement de 40 milliards de dollars de dette 5 des 18 PPTE ayant achevé l’initiative, n’a rien de généreux : après les lourdes contraintes néolibérales de l’initiative PPTE, un maigre allégement supplémentaire de dette vient consacrer son fiasco.
Pour le CADTM, l’annulation totale et inconditionnelle de la dette des pays en développement et l’abandon des politiques imposées par le FMI sont seuls à même de briser cette domination implacable.

1 - Président du CADTM France (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org), Auteur du livre “L’Afrique sans dette”, éd. CADTM/Syllepse, 2005.
2 - Fonds monétaire international
3- Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
4 - Cnuced, Le développement économique en Afrique. Endettement viable : Oasis ou mirage ?, 2004.
5 - Envers le FMI, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement.


Endettement des pays pauvres, comment sortir de l'impasse

Les emprunts pour financer l’investissement, contractés auprès des banques privées et des institutions financières internationales (Banque mondiale, Fonds Monétaire International…), doivent permettre de financer les projets de développement des pays.
Toutefois, l’endettement, comme la pauvreté, engendre un véritable cercle vicieux lorsque le montant des investissements dépasse
largement les revenus disponibles. C’est le cas d’environ deux tiers des pays les moins avancés (PMA) qui supportent une charge de la dette irréaliste au vu de leurs capacités de financement.
Accumulation des arriérés, contraction de nouveaux emprunts pour rembourser les intérêts de leurs dettes….la plupart y engloutissent leurs ressources au détriment de dépenses essentielles pour la santé, l’éducation, la lutte contre la pauvreté…
Et les inégalités s’accentuent : aujourd’hui, 49 pays ont un PNB par habitant inférieur à 900 dollars par an !

La recherche de l’autonomie des pays actuellement endettés en appelle à la responsabilité individuelle et collective, nationale et internationale, à celle des institutions financières internationales et des gouvernements.

Responsabilité qui s’incarne tout d’abord dans une évolution des politiques agricoles afin de permettre un accès aux marchés
mondiaux des denrées alimentaires pour l’ensemble des pays. Selon le rapport mondial sur le développement humain 2005 du PNUD, les pays donateurs dépensent un milliard de dollars par an pour l’aide agricole aux pays en développement et un milliard de dollars par jour pour des subventions nationales qui mettent en danger les agriculteurs les plus pauvres du monde ! Le commerce équitable, qui fait vivre aujourd’hui près de 5 millions de personnes, apporte des éléments de réponse . En France, le chiffre d’affaires du commerce équitable est estimé aujourd’hui entre 35 et 40 millions d’euros, contre 6 millions d’euros en l’an 2000.

Un second axe de travail est le progrès technique : l’exportation de l’industrie clés en main ne suffit plus ; l’éducation au progrès technique passe par la concentration sur les compétences et les savoir-faire locaux. Le Bureau de l’UNESCO de Bangkok privilégie ainsi la qualité de l’éducation par son projet « renforcer l’usage des TIC dans les écoles et SchoolNet » à destination des professeurs du Cambodge, du Myanmar, de la République démocratique populaire du Lao, et du Vietnam (sciences, mathématiques et langues).

Le tourisme peut être un levier stratégique de lutte contre la pauvreté à condition d’un partage équitable des revenus locaux du tourisme et d’une optimisation des retombées économiques et financières locales. La responsabilisation des acteurs du tourisme est d’autant plus urgente que les recettes touristiques des pays en développement représentent 43,3% des recettes de l'ensemble des services et 70,6% des recettes dans les Pays les Moins Avancés.

Sources : Banque Mondiale, OMT (Organisation Mondiale du Tourisme), PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), Max Havelaar France.



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