> Consulter > Vertitude n° 28 - Octobre-Novembre-Décembre 2007

Les cartes du DD



La 1/2 de la population mondiale est urbaine



























Les plus grandes villes du Monde


1 Tokyo Japon 33 413 000 M d’Hbts
2 New York Etats-Unis 24 112 176 M d’Hbts
3 Mexico Mexique 22 414 319 M d’Hbts
4 Séoul Corée du Sud 22 173 711 M d’Hbts
5 Sao Paulo Brésil 19 357 485 M d’Hbts
6 Los Angeles Etats-Unis 18 425 713 M d’Hbts
7 Djakarta Indonésie 18 206 700 M d’Hbts
8 Osaka - Kyoto - Kobé Japon 17 646 900 M d’Hbts
9 Delhi Inde 17 367 300 M d’Hbts
10 Bombay (Mumbai) Inde 17 340 900 M d’Hbts

Variation de la population mondiale urbaine et rurale de 1950 à 2030

Depuis 2007 pour la première fois de l’histoire de l’humanité, plus de la moitié de la population du globe, soit 3,3 milliards d’habitants vit, en milieu urbain, selon le rapport du FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population de juin 2007). D’ici 2030, ce chiffre devrait avoisiner les 5 milliards, soit 61% de la population mondiale. En l’espace d’une génération, la population urbaine des pays en développement aura ainsi doublé, générant des problématiques et des défis importants à relever.

Population mondiale en milliards d’habitants Taux de variation annuel moyen (%)







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Le monde est une ville

Au XXème siècle, la population urbaine a été multipliée par 101. Longtemps ignorée par les pouvoirs publics, cette démographie galopante est pourtant une des principales causes du mal-être planétaire. Congestion urbaine, étalement urbain, dégradation de nos écosystèmes, gaz à effet de serre, insalubrité, pauvreté… Le diagnostic est connu ; les risques sont avérés. Ce phénomène est d’autant plus inquiétant que cette démographie urbaine s’opérera principalement en Afrique et en Asie où la population urbaine doublera de 2000 à 20302, accueillant plus de 80 % de la population mondiale.

Creusets du développement économique, des échanges et du métissage culturel, les villes composent depuis longtemps le principal revenu des pays en développement. Et l’accès aux biens essentiels (santé, éducation, eau, assainissement) y est généralement plus favorable !

Mais le paysage évolue. Les villes deviennent progressivement génératrices d'exclusion, d'inégalités, de pollutions. La plupart d'entre elles sont aujourd’hui des condensés de maux engendrés par un développement incontrôlé : accumulations d'immondices, congestion urbaine, transports, pollution de l'air, insalubrité, mal-être, insécurité…

La pauvreté est sans conteste le plus grand fléau des villes pour les décennies à venir. “Bien que la majorité des pauvres de la planète réside encore dans des régions rurales, la pauvreté se transforme rapidement en un phénomène urbain”, affirmait Robert M. Buckley, conseiller aux questions de logement à la Division du développement urbain de la Banque mondiale. “Aujourd'hui, la plupart des pauvres d'un grand nombre de pays emprunteurs de la Banque, en Russie, au Brésil et au Mexique, vit déjà en ville”. Le mal-logement est l’une des conséquences les plus visibles de la pauvreté. Actuellement, un milliard de personnes ne disposent pas d'un logement convenable, et on estime à plus de 100 millions le nombre de sans abris3. La situation en France est tout aussi alarmante : 5,9 millions de personnes sont actuellement en situation de fragilité face au logement, dont 3,2 millions vivant dans des conditions très difficiles4.

Une cascade de risques
Autre phénomène alarmant : les changements climatiques. La température moyenne globale s’est élevée de 0,5°C au cours du XXe siècle, et selon les experts, une augmentation de 2 à 6°C est à envisager au cours du siècle. Les transports constituent une des causes principales de ce bouleversement. En un siècle les déplacements motorisés de personnes et de marchandises ont centuplé. Confrontées au phénomène de l'étalement et de la fragmentation urbaine, les villes sont fortement génératrices de déplacements. Elles doivent aujourd’hui prendre conscience de leurs impacts et développer l’offre en transports publics “propres”.

La communauté internationale prend conscience de plus en plus des risques humains, sociaux et politiques engendrés par les concentrations urbaines auxquelles ni les populations, ni les villes ne sont préparées. Dans de nombreux pays en développement, les maigres moyens, tant politiques que financiers, des autorités locales ne permettent pas d'assurer les besoins élémentaires : eau potable, assainissement, énergie…

Pour répondre à ces défis et prévenir les tensions sociales et environnementales liées à l’urbanisation, les collectivités décident de s’engager dans un Agenda 21 local, en mobilisant l’ensemble des acteurs du territoire urbain sur des objectifs partagés, comme la lutte contre les exclusions par exemple. A l'heure actuelle, plus de 7 000 Agenda 21 ont été mis en place dans le monde. A Maribor, une ville industrielle slovène très polluée jusque dans les années 90, la mise en place d'un Agenda 21 en 2001, a permis à cette ville de devenir un exemple pour son programme de protection de l'environnement. Si les Agenda 21 se situent à 80 % en Europe, certaines initiatives sont particulièrement intéressantes dans les pays en développement. En Afrique, la priorité est donnée au soulagement de la pauvreté, dans la région Asie-Pacifique, c'est à la protection de l'environnement et en Amérique Latine, au développement de la collectivité.

1-La population mondiale urbaine passant de 220 millions à 2,8 milliards d'habitants en un siècle
2-Selon le Fonds des Nations Unies pour la Population, entre 2000 et 2030, la population urbaine passera de 1,36 milliard à 2,64 milliards en Asie et 294 millions à 742 millions en Afrique.
3-ONU Habitat 2006
4-www.fondation-abbe-pierre.fr/_pdf/rml_chiffres.pdf

En partenariat avec le comité 21

Tendances et conséquences de l’urbanisation dans le Sud

Imperceptiblement, l’humanité vient de franchir un cap historique. Désormais une personne sur deux dans le monde vit en ville. Et d’ici 2030, le nombre de citadins devrait avoisiner les 5 milliards, soit 2/3 de la population mondiale ! C’est dire que la future croissance démographique mondiale sera presque exclusivement urbaine. Au rythme actuel, les villes accueilleront encore chaque jour pas moins de 180 000 nouveaux citadins : migrants ruraux bien entendu, en quête d’une “vie meilleure” en ville, mais aussi et surtout nouveaux-nés, l’accroissement naturel ayant pris la relève des processus migratoires dans la croissance des villes. Les campagnes, quant à elles, ne pèseront bientôt plus très lourd dans cette évolution démographique et verront même leurs populations décliner en l’espace d’une ou deux décennies.

Les villes du Sud, moteur de l’explosion urbaine

Ce boom urbain, sans précédent dans l’histoire de l’humanité, aura lieu presque exclusivement dans les villes des pays en développement qui absorberont près de 95 % de cette ultime poussée démographique. En 2030, environ 4 milliards de personnes dans le Sud vivront en villes, soit 81 % de la population urbaine de la planète ! Certes, ce déchaînement démographique est surtout rendu visible par la croissance continue et débridée de gigantesques villes telles Mexico, São Paulo, Bombay ou encore Djakarta. Mais qu’on ne s’y trompe pas! Ces mégapoles ne contribueront que très peu dans l’augmentation vertigineuse de la population urbaine. Les trois quarts de cette croissance seront en réalité le fait d’agglomérations moyennes ou secondaires de moins de 500 000 habitants voire de bourgades peu peuplées, la plupart de très faible visibilité, et – avertit l’ONU – dépourvues de services et d’équipements suffisants pour faire face à cette vague démographique. De même, contrairement à certaines idées reçues, c’est l’Afrique qui connaîtra – et connaît d’ores et déjà – la croissance urbaine la plus spectaculaire. Sa population urbaine, à l’instar de celle de l’Asie, doublera vraisemblablement en l’espace d’une génération, et d’aucuns estiment qu’en 2050, 87 % de la population
africaine – aujourd’hui encore majoritairement rurale – vivra en ville.

Un bidonville global ?

Comment les villes du Sud – et en particulier les moins dotées en ressources, celles-là mêmes qui auront à subir les plus fortes pressions démographiques – pourront-elles tenir le coup face à un tel déferlement alors qu’elles connaissent déjà d’insurmontables problèmes en termes de logement, d’infrastructures
sanitaires, d’accès à l’eau, de pollution, etc. ? L’évolution en cours n’incite guère à l’optimisme. Révélateurs d’une forme d’”urbanisation sans développement”, partout, les bidonvilles n’ont cessé de croître. En Afrique, l’habitat informel représente déjà l’univers quotidien de plus de 70 % de la population urbaine. Et à l’échelle globale, pas moins de 1 milliard de personnes vivent désormais dans des bidonvilles, et ce chiffre pourrait doubler tous les 15 ans ! De plus en plus, il semble que l’ancienne ligne de fracture entre villes et campagne, en termes de différentiel de conditions de vie, se soit transportée au cœur des cités, la ville
assumant de moins en moins bien ses fonctions productrices de bien-être.
A l’évidence, les solutions à l’emporte pièces proposées jusqu’à présent par les institutions internationales ne suffiront pas à freiner ou inverser la tendance. Sans aucun doute, la problématique de l’urbanisation est appelée à devenir, avec le changement climatique, l’enjeu majeur du 21e siècle.

Laurent Delcourt
Chercheur au Centre tricontinental (Louvain-la-Neuve, Belgique)

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