> Consulter > Vertitude n°21 - Janvier-Février-Mars 2006

Pandémies et développement : comment répondre au fléau ?




par Caroline Dangléant



Pandémies et développement : comment répondre au fléau ?


Chaque année, 17 millions d’hommes meurent de maladies infectieuses : paludisme, sida, tuberculose…, dont 90 % dans les pays en développement. Combattre le VIH/sida, le paludisme et autres maladies est ainsi un des huit Objectifs du Millénaire. Les chiffres sont alarmants : plus de 20 millions de personnes sont mortes depuis le début de l’épidémie du sida il y a 25 ans ; le paludisme tue 1 million de personnes par an et a, selon le rapport de l’ONU, amputé de 1,3 % le taux annuel de croissance économique des pays africains ; la tuberculose tue 1,7 million de personnes par an …
Les chiffres illustrent l’accès inégal à la santé et aux médicaments. En témoigne le développement des maladies infectieuses qui affectent essentiellement les régions tropicales et subtropicales, pour la plupart insolvables. En raison de leur faible rentabilité, les laboratoires pharmaceutiques occidentaux ont abandonné peu à peu les recherches sur les maladies tropicales, pourtant banales et curables pour la plupart.
Ces pandémies entravent grandement le développement des pays qui en ont le plus besoin. Le rapport mondial sur le développement humain 2005 montre que le VIH/sida entraîne un recul du développement humain dans toutes ses dimensions : la propagation du sida est une conséquence, mais aussi une cause de vulnérabilité. Faut-il rappeler que le développement humain doit progresser sur plusieurs fronts et que le déclin du bien-être humain ne saurait être compensé par des avancées dans d’autres domaines, tels que le revenu ou l’éducation ?
Ce fléau des pandémies pose le défi de la régulation du marché des médicaments par les politiques publiques de santé et de développement. Le développement des pays les plus pauvres passe par un accès des pays aux médicaments. Et la situation actuelle laisse à désirer, avec 82,6 % du marché mondial des médicaments qui se partagent entre l’Amérique du Nord (40,2 %), l’Europe (26,6 %) et le Japon (15,8 %).
Sous l’impulsion de l’ONU et d’ONG telles que Médecins sans frontières, des démarches ont été entreprises pour adapter la législation des brevets pharmaceutiques à la situation des pays les plus démunis. Certains pays africains peuvent désormais produire des médicaments sous brevet sans avoir à acquitter les droits de propriété intellectuelle. Toutefois, les facteurs qui rendent difficile l’endiguement de la pandémie du sida en Afrique restent nombreux : insuffisance de structures de dépistage et de soins, inertie dans la mise en œuvre des programmes de financement des organisations internationales, résistance des groupes pharmaceutiques à l’évolution des règles du marché de la santé…
La prévention reste un des éléments clés de réponse face au développement de ces pandémies : en Afrique subsaharienne, seulement 21 % des jeunes femmes et 30 % des jeunes hommes connaissent les rudiments de la prévention, les chiffres étant encore plus faibles pour les jeunes femmes de l’Asie du Sud-Est. Plus généralement la problématique des pandémies appelle à une éducation de l’ensemble des acteurs sociaux, et notamment les femmes : victimes de l’inégalité des sexes, elles font face à un asservissement qui accroît le risque de contracter une pandémie telle que le sida.

Sources : Atlas Mondial du développement durable (Edition Autrement-Comité 21 - 2004) ; PNUD : rapport mondial sur le développement humain 2005 ; ONU : rapport 2005 sur les Objectifs du Millénaire



Le Comité 21





La grippe aviaire, pandémie ou pas ?

La grippe aviaire va-t-elle se transformer en pandémie humaine ? La question est sur toutes les lèvres depuis plusieurs mois déjà. Quant à la réponse, c’est l’avenir qui nous le dira. À l’heure actuelle, on ne peut que conjecturer sur les risques. Mais d’abord, pourquoi ce virus-là fait-il si peur, alors que depuis son apparition (le premier est apparu à Hong Kong en 1997) la grippe aviaire aura fait à peine plus d'une centaine de cas humains, certes avec une mortalité exceptionnelle de plus de 50 % : 122 cas dont 62 mortels tous en Asie du Sud-Est ?

La grippe aviaire est une maladie très ancienne qui peut prend deux formes: une forme faiblement pathogène se traduisant dans les élevages par une baisse significative de la ponte ou une forme fulgurante entraînant une mortalité de 100% des volailles infectées. C'est ce que nous observons actuellement avec le virus H5N1. Le virus influenza aviaire infecte parfois d'autres espèces animales, notamment le porc, et peut exceptionnellement être transmis à l'homme. C’est ce qui s’est passé pour les 122 cas humains détectés à ce jour. Risque majeur : que ce virus A (H5N1) s'adapte à l'homme et qu'une transmission inter-humaine s'installe. Il pourrait le faire de deux façons : soit en mutant progressivement, soit en se recombinant -le terme exact est réassortant- avec une souche virale humaine comme la grippe qui sévit chez nous chaque hiver. Cette recombinaison pourrait survenir chez un hôte intermédiaire (porc) ou chez l'homme à l'occasion d'une co-infection. Une souche recombinée ou qui aurait muté pourrait acquérir une capacité de transmission interhumaine. Le risque de dissémination deviendrait alors important.

Mais aujourd’hui, chez nous, pas de panique. Jean-François Saluzzo, spécialiste des virus et expert de l’OMS assure qu’ “une pandémie ne peut pas émerger en Europe. Si elle apparaît, ce qui n’est pas improbable, ce sera en Asie.” Pour le scientifique, “le problème de fond d’une pandémie de grippe aviaire c’est la pauvreté. Les pays d’Asie du Sud-Est n’ont pas nos moyens financiers pour appliquer les mesures d'abattage suivi de l'indemnisation des fermiers comme cela est le cas dans les pays industrialisés. Par exemple, en 2003, une épizootie du virus A H7N7 a immédiatement été contenue aux Pays-Bas grâce à l’abattage massif de 30 millions de volailles en seulement une semaine !
“89 personnes ont été infectées, mais comme l’épizootie a été contrôlée, il n’était plus question de pandémie.”

Source : Institut de Veille Sanitaire, point du 2 novembre 2005.

Qu’est-ce qu’une pandémie ?
Une pandémie est la contagion d'une maladie qui s'étend à la quasi-totalité d'une population d'un continent ou de plusieurs continents, voire dans certains cas de la planète. Le terme pandémie vient du grec pan (qui signifie tout) et demos (qui signifie le peuple). Plusieurs pandémies ont touché et touchent même encore l'humanité : La peste noire en Europe, entre 1346 et 1350 a causé plusieurs millions de morts. Une épidémie catastrophique de grippe de 1889 jusqu'en 1894, s'est répandue en Russie et en Europe occidentale. La grippe espagnole de 1918 à 1920 a été l'une des pandémies les plus mortelles de l'histoire de l'humanité, avec 15 millions de morts.



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