> Consulter > Vertitude n°21 - Janvier-Février-Mars 2006
Plan climat : quel bilan ?
1997. KYOTO
Les pays industrialisés s’engagent à réduire leurs émissions de GES* d’au moins 5 %, sur la période 2008/2012 par rapport à leur niveau de 1990. Une première étape.
D’ici à 2050, la communauté internationale ambitionne en effet de réduire de moitié ses émissions. Et pour y parvenir, les pays industrialisés devront diviser par 4 leurs propres émissions. Objectif avoué : non pas lutter contre, mais contenir le réchauffement mondial à moins de 2 °C. Un programme à la fois “humble et ambitieux".
par Christian veyre, redacteur en chef - Vertitude magazine
Alors que fait la France ?
La stratégie française repose essentiellement sur le Plan Climat 2004**. Concrètement, il s’agit d’un programme d’actions (dans tous les secteurs de l’économie et de la vie quotidienne des français) qui doit permettre de stabiliser les émissions de GES en 2010 à leur niveau de 1990 soit 564 MteCO2***. L’”économie” escomptée est donc de 54 MteCO2 par an.
Pour y parvenir 8 axes ont été développés : la poursuite de la campagne nationale sur le changement climatique ; la promotion des transports durables (28 % des réductions totales d’émissions) ; de l’écohabitat résidentiel et tertiaire (23 % des réductions totales d’émissions) ; des volets spécifiques sont consacrés à l’industrie, l’énergie et les déchets ; ainsi qu’à l’agriculture durable et aux forêts ; à la climatisation durable ; aux Plans Climat territoriaux et à l’Etat exemplaire.
La dernière piste concerne plus directement la recherche, l’international et la prospective après 2010.
Pour autant, si la France veut réduire par 4 ses émissions à l’horizon 2050, il lui faudra afficher une réduction totale de 73 MteCO2 par an. Autant dire que pour les associations : on est encore bien loin du compte…
“Des mesurettes…”
C’est en tout cas l’avis du Réseau Action Climat**** qui stigmatise le fait qu’: “en se contentant de “mesurettes”, au lieu d’impulser les changements structurels nécessaires, le plan d’action gouvernemental n’a toujours ni cohérence, ni ambition.” Affirmant par ailleurs que : “La France risque de ne même pas tenir son engagement au titre du protocole de Kyoto. Quant à l’objectif proclamé de diviser par 4 les émissions nationales de GES d’ici 2050, il semble, purement et simplement hors d’atteinte”.
S’il loue les effets de la campagne de sensibilisation, le RAC regrette néanmoins les coupes dans les budgets du MEDD et de l’ADEME, ainsi que la baisse des subventions destinées aux associations de protection de l’environnement. Sans parler du retard français en matière d’écohabitat (les crédits d’impôts pour les travaux de maîtrise d’énergie sont jugés satisfaisants mais bien tardifs), des blocages qui freinent encore et toujours l’éclosion des marchés des énergies vertes, et, en matière de transport, l’abandon du fameux « bonus-malus ».
“La vitesse supérieure”
De son côté, Dominique de Villepin a insisté sur le fait que, depuis septembre : “nous avons pris les mesures nécessaires pour diversifier davantage nos sources d’électricité, grâce au développement des éoliennes ou de la biomasse” ;
décidé “d’accélérer massivement le développement des biocarburants en France, en y consacrant un effort fiscal (…) de 290 millions d’euros en 2006” ; de soutenir “à hauteur de 100 millions d’euros un projet de voiture familiale
qui consomme moins de 3 litres et demi au cent kilomètres”. Sans oublier le développement des transports collectifs, de l’offre de transports complémentaires à la route pour les marchandises, etc.
Au bout d’un an, les jugements des uns et les annonces des autres ne peuvent être que partiaux et incomplets.
Seule certitude, l’OCDE vient de faire 49 recommandations à la France sur ses performances environnementales. Parmis lesquelles : renforcer les mesures concernant les émissions de NOx dans le secteur des transports, renforcer les mesures visant à limiter les émissions de toutes les particules, renforcer l’utilisation du rail, mettre en œuvre des plans de déplacement urbains, continuer à réformer les taxes environnementales existantes pour mieux prendre en compte les externalités
environnementales, poursuivre les efforts visant à réduire les subventions préjudiciables à l’environnement, renforcer les efforts d’économie d’énergie, etc.
Et si c’était enfin l’occasion de travailler ensemble. Et s’il y avait là, matière à construire un partenariat pérenne entre Etat et ONG !
Et pourquoi pas !
Pour en savoir plus : www.effet-de-serre.gouv.fr / www.rac-f.org *Gaz à effet de serre. ** Relais du Programme national de lutte contre le changement climatique (PNLCC). *** Million de tonnes équivalent CO2. *** Association spécialisée sur le thème de l’effet de serre et du changement climatique. Représentant français du réseau mondial d’ONG concernées par les changements climatiques, le “CAN : Climate Action Network “.