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Climat

L’adaptation au changement climatique : terreau fertile pour les écotechnologies

Bruno Mortgat
Rédacteur en chef d'Environnement & Technique

Le Plan d’action européen pour les éco-technologies (ETAP) cherche à mobiliser l’ensemble des parties prenantes européennes autour de la thématique de l’adaptation au changement climatique.

Six mois après la publication par la Commission européenne d’un livre blanc sur l’adaptation climatique, le 7e forum européen sur l’éco-innovation, qui s’est tenu fin novembre à Copenhague à l’initiative du Plan européen d’action pour les éco-technologies (ETAP), est venu concrétiser un premier pas dans le rééquilibrage de la politique européenne en faveur de l’adaptation au changement climatique. Les actions dans ce domaine sont en effet désormais considérées comme au moins aussi importantes que celles de lutte contre l’effet de serre.
Organisé de façon très participative, ce forum a permis de dresser un cadre pour des discussions grâce à l’exposé d’une vingtaine d’actions déjà engagées à différents niveaux (du niveau local au niveau européen), et destinées à provoquer la réflexion. Cet accent mis sur des retours d’expérience concrets a permis aux 200 participants venus de toute l’Europe (secteur privé, R&D, élus et ONG) d’échanger leurs vues par petits groupes, et de faire remonter une série de recommandations à la Commission européenne. On peut citer parmi celles-ci :
- le besoin de développer de nouvelles technologies, mais aussi de supprimer de nombreuses barrières faisant obstacle à l’exploitation de technologies déjà existantes ;
- recenser les contraintes réglementaires existantes,
- l’urgente nécessité pour les décideurs politiques d’engager des actions de plus long terme ;
- améliorer la communication et la coordination entre les différent groupes politiques ;
- se concentrer davantage sur les fossés existant entre la recherche, le déploiement des nouvelles technologies et les aides financières pour changer les comportements, y compris ceux des citoyens.

Les principaux défis de l’adaptation relevés sont :
- de réduire la vulnérabilité au changement climatique qui affecte aussi bien la population que l’économie, du fait de leurs liens inhérents ;
- de développer des infrastructures plus vertes, telles que des plaines inondables, des réseaux d’assainissement pluvial séparatifs permettant de limiter le ruissellement, des toitures végétalisées pour limiter les îlots de chaleur urbains, et - d’une manière générale utiliser la nature dans une perspective de réduction de l’exposition ;
- exploiter les synergies entre adaptation et lutte contre le changement climatique notamment par l’utilisation des terres, la rétention d’eau, la prévention de l’érosion des sols qui aide également à prévenir les émissions de CO2.

Pour les participants, l’adaptation au changement climatique doit être une priorité pour faire face à ses effets désormais inévitables. Des mesures doivent être prises aux niveaux planétaire, national, régional et local, en vue d’une utilisation plus efficace des rares ressources en eau, d’une meilleure planification urbaine pour atténuer les effets du réchauffement, ou encore d’assurer que la biodiversité est en mesure de survivre. Comme l’adaptation prendra du temps, une action immédiate est nécessaire. « Nous manquons encore d’une vision cohérente pour nous attaquer à ce défi », souligne Timo Mäkelä, directeur du développement durable à la DG Environnement de la Commission européenne. « L’innovation est nécessaire aussi bien dans les produits, les systèmes que dans les business models. Nous devons encourager la dissémination des résultats de la R&D, assurer un financement durable des initiatives et inciter le secteur public à jouer son rôle de mobilisation du secteur privé par la réduction des barrières réglementaires et l’ouverture de nouveaux marchés. » Une stratégie européenne intégrée sur l’adaptation sera élaborée au cours des trois prochaines années et devrait être mise en œuvre à partir de 2013.


Plus d’infos :
- 7e Forum Eco-ETAP
- Stratégie européenne d’adaptation au changement climatique

Adaptation au changement climatique : les Pays-Bas en première ligne

Le changement climatique contraint les Pays-Bas à réviser leur politique de protection du littoral.

Le principal risque que fait courir le changement climatique aux Pays-Bas est celui d’inondations majeures : 27 % du territoire est situé sous le niveau de la mer. Or l’élévation de celui-ci, la multiplication et le renforcement prévisible des tempêtes, l’augmentation du débit de crue du Rhin amènent le pays à reconsidérer sa politique de prévention des inondations et de protection du littoral. Trois stratégies sont actuellement étudiées :
la première, offensive, consisterait à élever une nouvelle digue de protection au large, sur 250 à 300 km de long. Très coûteuse, cette solution impliquerait en outre de pomper en permanence le débit du Rhin et de la Meuse vers l’extérieur de la digue.
La seconde vise à surélever les protections existantes dans leurs contours actuels, en remontant éventuellement davantage le long des principaux cours d’eau, de façon à laisser les estuaires ouverts. Plusieurs variantes de cette stratégie sont à l’étude : multiplication du nombre et réduction de la taille des compartiments, surélévation de l’ensemble du territoire avec des sédiments marins, élargissement des digues de façon à les rendre complètement résistantes à l’effondrement et aptes à accueillir des activités ou logements.



Le nouveau concept de digue « Delta », avec une base très large et une surface aménageable.©Kennis voor klimaat

La troisième consisterait à retirer progressivement les activités humaines des zones inondables pour les relocaliser sur des terres plus élevées, ce qui implique une remise en cause complète de l’occupation du territoire.
Quoi qu’il en soit, les experts mandatés pour conseiller le gouvernement hollandais estiment déjà que pour une élévation du niveau de la mer de 1 à 1,5 m en 2100, la dépense annuelle du pays pour la protection contre les inondations devra au plus vite passer de 0,2 à 0,4 % du PIB (soit de 2 à 4 milliards d’euros). Des recherches sont diligentées en vue d’améliorer la protection contre les inondations et la disponibilité en eau douce (les eaux souterraines sont de plus en plus salées), de penser la gestion de l’agriculture et de la biodiversité, l’aménagement des villes et des réseaux d’infrastructures, d’élaborer des scénarios et des outils politiques pour répondre au changement climatique.

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