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Ecotourisme
Finlande : l’exemple parfait d’écotourisme bien compris
Gabriel ULLMANN
La Finlande, de par sa localisation, sa couverture forestière dense, sa politique de sauvegarde des habitats et de leur faune et flore alliée à un mode de vie et à un tourisme résolument tournés vers la nature, est devenue le pays de l’écotourisme par excellence. Pourtant cette réalité, quasi unique en Europe, est encore largement méconnue.
La Finlande a su intelligemment et efficacement mettre en place un ensemble d’infrastructures et d’activités entièrement inscrites au contact de la nature et de sa préservation, ce qui en fait un modèle pour l’écotourisme notamment pour les régions les plus socialement et économiquement défavorisées. En résumé, ce merveilleux pays a su peu à peu conjuguer la protection et la découverte de la nature avec l’économie locale, voire, osons prononcer le mot : avec un véritable business dans le sens le plus noble du terme en fournissant de l’emploi tout en restant au pays.
La Finlande

La Finlande est ainsi le pays d’Europe qui possède proportionnellement le plus de lacs.
La Finlande occupe une superficie égale aux trois cinquièmes de la France (soit environ 338 000 km²), pour une population d’à peine plus de 5 millions d’habitants. C’est dire les surfaces laissées libres pour la nature. L’eau, à commencer par les quelque 200 000 lacs (alors que le pays est surnommé le pays « au mille lacs »…), couvre près de 10 % du territoire, la forêt 70 % et les terres cultivées à peine 8 %. Il importe aussi de mentionner les quelque 40 000 îles qui peuplent, dans le sud-ouest, au sein de la mer Baltique, l’archipel au large de la ville de Turku, ancienne capitale du pays du temps de la domination suédoise, classée au patrimoine mondial par l’Unesco.
La Finlande est ainsi le pays d’Europe qui possède proportionnellement le plus de lacs, auxquels s’ajoutent les innombrables cours d’eau et canaux, le plus de forêts, le plus d’îles, le plus de grande faune, tant en quantité qu’en diversité, mais qui est aussi le plus septentrional avec un tiers de sa surface au-delà du cercle polaire. C’est un pays au patrimoine naturel exceptionnel auquel répond un patrimoine culturel bien vivant, souvent bien différent d’une région à une autre, sans oublier, bien sûr, l’âme sâme (ou laponne) encore bien présente et si envoutante. La culture finlandaise, à commencer par sa langue unique, le finnois (dont le hongrois est un dérivé lointain), est très bien conservée et mise en valeur.
La Finlande a mis en place tout un réseau de parcs nationaux qui trament tout le pays, avec pas moins de 35 parcs dont la superficie totale est d’environ 9 000 km². De par leur richesse naturelle et leur beauté paysagère, plusieurs de ces parcs sont même inscrits au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco : il est ainsi possible d’y faire des randonnées durant de nombreux jours sans voir une seule habitation, une seul route. Parfois même sans voir personne. Où peut-on encore avoir la chance d’un tel luxe ?
A ces parcs s’ajoute une fabuleuse « réserve », qui ne dit pas son nom et qui explique bien des choses : toute la zone frontalière interdite à toute activité et pénétration (sauf forestière) le long des quelque 1 200 km qui sépare la Finlande de la Russie, sur une largeur d’environ 5 km. C’est en définitive 4 000 à 5 000 km² supplémentaires (autant que la moitié de l’ensemble des parcs nationaux) qui est préservée et qui héberge une abondante faune de grands prédateurs : ours bruns, loups, lynx, gloutons. Zone naturelle qui bénéficie, de surcroît, de l’apport constant de ce vivier de faune en provenance de cette portion de Russie encore reculée et dépeuplée.
La région du Kainuu a su préserver et valoriser cette manne naturelle extraordinaire pour en faire une activité lucrative d’excellence, grâce notamment à la structure commerciale spécifiquement mise en œuvre par un ensemble d’entreprises d’eco-tourisme : Wild Taïga.
La Région du Kainuu
Le Kainuu, au Sud-Est du pays et au contact de la Russie (Carélie), comprend notamment les villes de Kuhmo et de Suomussalmi et offre la plus grande densité et diversité de faune remarquable : les grands prédateurs précités, mais aussi la loutre, plusieurs espèces de chouettes arctiques, des rapaces comme l’aigle royal, le pygargue à queue blanche ou le balbuzard pêcheur, le castor, le polatouche ou « écureuil volant », l’élan, le renne sauvage, etc., bien que représentant moins de 10 % du territoire finlandais.
C’est là ou règne l’esprit du Kalevala, épopée épique qui baigne la culture finlandaise, et aussi et surtout là qu’abondent les grands mammifères prédateurs avec une densité unique en Europe.
C’est enfin là où l’écotourisme prend tout son sens et est devenu un modèle du genre. Grâce à la faune, mais aussi à la flore, remarquable et diversifiée, aux facilités d’observations mises en place et au dynamisme de structures touristiques spécifiques, cette région, défavorisée sur le plan social et économique (absence de grands centres économiques ou de décision, absence de grandes voies de communication, taux de chômage très élevé pour le pays : près de 18 % pour une moyenne nationale proche de 6 %), a su faire de ses faiblesses un formidable atout.
Non seulement une partie de la population a pu se reconvertir sur place, à la suite du désemploi dans certains secteurs industriels comme la papeterie, mais grâce à cette activité touristique en pleine croissance elle a renoué avec certaines pratiques ancestrales (élevage de rennes, artisanat, métiers de guide…).
C’est d’ailleurs dans cette optique qu’a été créé le centre d’information sur les grands mammifères carnivores de Petola(1) (près de Kuhmo), unique en Europe, dont l’entrée gratuite offre aux visiteurs, qui s’y pressent, une très abondante documentation scientifique et pédagogique, ainsi que des illustrations sur ces prédateurs, des films, une librairie, des animations, etc. Ce centre est ainsi devenu un pôle d’attraction touristique.
L’Ecotourisme et Wild Taïga

Chambre d’hôte et de restauration près d’un affut.
Il est estimé en Finlande entre 800 et 900 ours, 1 000 à 1 200 lynx, 200 à 240 loups, 120 à 150 gloutons, environ 10 000 castors, 1 700 rennes sauvages auxquels s’ajoutent des milliers d’élans, de loutres, d’écureuils volants (espèce classée en danger). Aucun pays d’Europe ne comprend une telle diversité et densité de faune remarquable. Sans doute même aucun pays au monde (hors pays tropicaux), proportionnellement à sa superficie.
C’est de cette réalité que le concept exemplaire Wild Taïga(2) a pris forme et regroupe maintenant près de 80 différents structures et entreprises touristiques qui concourent à l’écotourisme dans la région du Kainuu essentiellement. Il organise de nombreuses activités de nature, en fonction des saisons, comme des randonnées sauvages, de la pêche à la ligne, du ski nordique, du canoë, visite de fermes, etc. Mais surtout, il permet d’observer et de photographier, dans des conditions exceptionnelles à la fois d’observation et de confort, de nombreux animaux, dont les grands prédateurs, à l’aide d’affûts (adossés à tout une offre commerciale de chambres d’hôtes, de restauration, de ventes de produits dérivés) placés dans les meilleurs endroits, souvent très proches de la frontière russe.

Loup et ours observés ensemble : une situation unique propre à la Finlande
Ainsi, il est très aisé de contempler et d’étudier la nuit durant (et ce en plein jour : autre condition exceptionnelle d’observation de ces mammifères nocturnes) jusqu’à une dizaine d’ours, plusieurs gloutons et, de façon plus aléatoire mais avec une bonne probabilité, un ou plusieurs loups. L’observation du lynx reste par contre assez exceptionnelle.

Affut au glouton - Les activités d’observations de la faune génèrent une activité rentable et fournissent de nombreux emplois.
L’ensemble des activités qui tournent autour des observations de cette faune exceptionnelle, et principalement le « Bear watching », génère maintenant une activité à la fois rentable (sur la base moyenne de 150 euros/personne la nuit), occupant de nombreux emplois, tout en participant à la fois à une meilleure connaissance et protection de ces espèces et de leur milieu. Au fil des années, toute une structure hôtelière, légère mais qui va se multipliant, s’est créée à chaque fois afin de loger, nourrir, documenter et guider les touristes venus observer et photographier les ours dans les affûts.
Autour de ces activités, d’autres centres d’attraction se sont développées, comme les fermes d’élevage de rennes (et tous leurs produits dérivés), dont une des plus anciennes est la ferme des Rennes près de Hossa(3) avec plusieurs activités touristiques et une table d’hôtes associées.
Elles attirent même des étrangers qui se sont installés pour profiter pleinement de cette nature en y exerçant leur métier, comme Sabrina Langeais une naturaliste française établie dans la région Kainuu, à Lantiira (petit village perdu dans les bois), depuis bientôt 10 ans, qui dirige actuellement l’agence Taïga Spirit(4). Comme Sabrina l’explique « c’est une merveilleuse chance de pouvoir vivre au sein de cette nature aussi prodigue, riche et exceptionnelle, baignée dans une culture humaine tout aussi remarquable, et d’en faire profiter les autres, nos clients qui viennent découvrir toute cette vie et qui, finalement, en reviennent à la fois émerveillés et enrichis ». En sus de toutes les espèces précitées, elle entreprend actuellement les démarches pour faciliter l’observation du chien viverrin (autre particularité de la Finlande) suite à la demande croissante de sa clientèle européenne.
Autre richesse naturelle spécifique, la Finlande héberge le seul phoque endémique mais aussi d’eau douce au monde : le phoque de saimaa (sous-espèce du phoque marbré, qui s’est détaché de la population mère depuis 8 000 ans). Il en subsiste moins de 300 de nos jours, ce qui en fait l’un des mammifères les plus menacés de la planète. Il vit essentiellement dans les lacs autour du parc national de Linnansaari (près de Savonlinna, au sud-est du pays) où il fait l’objet de suivis approfondis et de mesures de protection particulières, mais aussi d’un business tout aussi intensif (expositions, croisières pour l’observation et la photographie, vente de produits dérivés, etc.).
La Finlande se présente ainsi comme l’archétype d’une nature encore bien préservée, aimée mais aussi exploitée, dans la meilleure acception du terme, et de ce point de vue représente un formidable exemple de développement durable, notamment pour notre propre pays, où les trois fameuses composantes –l’environnement, l’économique et le social- se retrouvent pleinement ici dans l’éco-tourisme tel que ce pays l’organise, notamment à l’aide de structures privées mais collectives et assises dans le terroir comme Wild Taïga.
Notes :
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